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Discoveryland : Génèse, Gloire, et Futur – Partie 2

1987, la convention qui lie Disney à l’Etat français est signée. Et il faut dire que l’arrivée d’un Royaume enchanté en France ne plaît pas à tout le monde. « Tchernobyl culturel », « invasion américaine »… La presse et une partie des français ne tarissent pas de sobriquets dégradants pour la future destination de la firme aux grandes oreilles. Il faut donc trouver une solution, et adapter la formule éprouvée des Royaumes enchantés, et l’adapter au public européen. Pour cela, Michael Eisner (encore lui) va confier ce projet à une équipe talentueuse, dirigée par Tony Baxter, qui en enchaîne les succès depuis Big Thunder Mountain Railroad. L’une des réponses à ce problème sera Discoveryland.

Poignée de main Chirac Eisner
Signature de la convention entre Disney et l’Etat français pour la construction d’EuroDisney (1987)

Comment satisfaire le public européen, jugé très exigeant ? À l’époque, Disney ne s’était pas encore rendu compte qu’il suffisait de mettre « Star Wars » sur le fronton d’un coaster pour satisfaire cette clientèle. Non. Pour Eisner, la solution était la suivante, et il en fit part à son équipe d’Imagineers. « Construisez moi le plus beau parc que nous ayons jamais construit ». Et sans aucun doute, ce fut le cas. Euro Disneyland était, et reste à ce jour, le plus beau des royaumes enchantés.

« Construisez moi le plus beau parc que nous ayons jamais construit. » Michael Eisner

Imagination rime avec Innovation !

Construire un beau parc, oui, c’était à la portée de Tony Baxter et de son équipe. Mais il fallait également faire allusion à la culture Française, et Européenne. C’est majoritairement à Discoveryland qu’incombera cette tache. La problématique de cet univers est double. En effet, en plus des préoccupations culturelles précédemment abordées, Discoveryland se doit d’être intemporel, afin d’éviter les multiples réhabilitations qui sont nécessaires, années après années à Tomorrowland. Il fallait donc créer un futur qui ne viendrait jamais. Et pour cela, les Imagineers s’inspirèrent des travaux de plusieurs grand visionnaires, et notamment, Jules Verne.

De cette conception nouvelle, vont naître diverses idées, figurant un projet titanesque, presque irréalisable. Discoveryland sera la cité des visionnaires de tous bords, adoptant une imagerie résolument steampunk, composée de structures mêlant rochers et armatures métalliques rivetées. Au fur et à mesure de l’avancement de la conception d’EuroDisney, la raison, et surtout, la réalité des finances, vont rattraper notre équipe d’Imagineers. Il est en effet bien beau d’imaginer des projets impossibles, mais voilà. Les coûts de construction d’EuroDisney sont faramineux. La direction fait alors le choix d’opérer des coupures dans diverses parties du Resort. Ainsi, de nombreux projets seront reportés, et la plupart ne verront jamais le jour. A Discoveryland, cela s’illustre par l’apparition d’une version de l’attraction culte Autopia, et surtout, par le report du cœur vital du land, ce qui fera sa force : Discovery Mountain !

 

Un projet irréalisable ?

Cette montagne de la découverte devait prendre place au milieu du Land, et être un immense complexe intérieur. Ce dernier devait comporter des boutiques, des restaurants, et diverses attractions, telles qu’une visite du Nautilus, une tour de chute sur le thème du roman Voyage au Centre de la Terre, et des montagnes russes sur le thème du voyage lunaire tel qu’imaginé par Jules Verne. Le complexe aurait également du comporter des toilettes… Ce qui explique le nombre ridiculement petit de sanitaires dans le land, malgré sa taille imposante, ainsi que leurs positions respectives, opposés l’un à l’autre ! Le choix est donc fait de reporter la construction de cette immense dôme à la phase d’extension suivant l’ouverture du Resort. Personne ne s’en doute encore, pas même Michael Eisner, mais il ne sera jamais réalisé sous sa forme initialement prévue.

CA Discoveryland
Concept Art de Discoveryland (Disneyandmore)

Discoveryland accueille donc le 12 Avril 1992 ses premiers visiteurs. Et malgré un résultat assez brouillon, et un immense trou de verdure au milieu de la zone, le public est bluffé par cette représentation alors inédite du futur. Les deux expériences phares du land sont Le Visionarium : Un Voyage à Travers le Temps, un cinéma à 360° nous faisant partager les aventures temporelles de Timekeeper en 9-Eyes, deux robots, en compagnie desquels nous allons rencontrer Jules Verne et H.G. Wells, et Star Tours, qui propose d’embarquer à bord d’un Starspeeder 3000 de la compagnie Star Tours, à destination de la lune forestière d’Endor ! En parallèle, sont également présents Orbitron – Machines Volantes, Autopia, et Captain E.O., ainsi que Videopolis, un immense bâtiment contenant une salle de théâtre, ainsi qu’un restaurant de type service au comptoir, le café Hypérion.

CA Discovery Mountain
Concept art de Discovery Mountain (Disneyandmore)

 

Savoir s’adapter pour préserver le futur

En 1992, EuroDisneyland ouvre ses portes. C’est un fiasco. Les coûts faramineux de construction, un modèle économique peu viable, et un public européen qui n’a pas la culture des parcs à thèmes vont mettre le Resort européen dans une situation très délicate. On stoppe les investissements, le temps de trouver une solution, et les projets qui devaient voir le jour sont mis en pause. De plus, un PDG français, Philippe Bourguignon, fait son entrée à la tête du complexe. Il faut trouver quelque-chose… Quelque-chose qui relancerait l’intérêt du public, qui permettrait de sortir la tête de l’eau. Indiana Jones ? Oui, mais pour pas trop cher. Hors de question de construire un gros Dark Ride à 200 millions d’euros…

C’est ainsi qu’en 1994, ouvre Indiana Jones et le temple du péril, première attraction Disney à comporter une inversion. C’est un succès, à tel point qu’encore aujourd’hui, cette attraction qui devait être temporaire est encore debout, avec une capacité augmentée par rapport à celle de son ouverture. Cette réussite conforte la direction dans le choix qu’elle a fait. Discovery Mountain sauvera le Resort, ou ce dernier périra.

« Si le moteur d’un avion s’arrête en plein vol, quelles sont les options ? Tout est possible, y-compris la fermeture. »

La citation présente ci-dessus, a été prononcée par Michael Eisner lors d’une interview pour Le Point, en 1994. Elle est symptomatique de l’état critique dans lequel se trouvait la destination dans ses débuts. C’est donc à Tim Delaney et à ses équipes que revient la lourde charge de sauver le Resort, qui, entre temps, est devenu Disneyland Paris. Le projet Discovery Mountain est grandement dégraissé. Exit le grand complexe intérieur communiquant avec Videopolis, Star Tours, et Cinémagique. Place à un « simple » coaster sur le roman « De la Terre à la Lune », accompagné d’un parcours scénique : « Les Mystères du Nautilus ». Le coût de l’opération, bien plus modeste que prévu, s’élève environ à 100 millions d’euros, en tenant compte de l’inflation.

Outre l’attraction, qui, avec son catapultage à 75 Km/h, et son audio embarqué, est une véritable prouesse, aussi bien aux niveaux techniques qu’artistiques, le marketing qui entoure celle-ci est très bien huilé. Adieu le nom « Discovery Mountain », et bonjour à « Space Mountain – De la Terre à la Lune », plus évocateur pour le grand public. De nombreux spots publicitaires d’une efficacité redoutable passent à la TV, sur les VHS, au cinéma… Disneyland Paris devient LA destination à la mode. Tout le monde veut embarquer à bord des trains lunaires de Space Mountain.

Un univers à son apogée…

Nous sommes en 1995. Space Mountain – De la Terre à la Lune vient d’ouvrir ses portes. C’est comme nous l’avons vu, un succès monumental. Le Resort, lui, se porte mieux, et enregistre même des profits. Ce sera le cas pour les 7 années à venir. Jusqu’à-ce-que survienne un événement qui va chambouler cette mécanique fragile, et dont Disneyland Paris paye encore aujourd’hui le prix. Rendez-vous dans la dernière partie de ce dossier pour connaître la fin de cette épopée. Et oui, encore une fois, nous allons parler de Michael Eisner, et de la façon dont Disneyland Paris s’est écroulé.

 

En savoir plus :

Pour connaître la suite de cette aventure, c’est par là : Partie 3

Pour retrouver la première partie de ce dossier, c’est par ici : Partie 1

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