Comment Bambi a tué le Chasseur ? est un livre du jeune écrivain Damien Bridonneau publié aux Éditions de l’Opportun. L’auteur se donne le défi d’analyser les films d’animations Disney (et Pixar, même si cela n’est pas précisé explicitement) sous le prisme de la philosophie écologique. Ce défi est-il réussi ? Notre critique détaillée dans cet article.
Notre critique du livre Comment Bambi a tué le chasseur ? de Damien Bridonneau
Damien Bridonneau n’en est pas à son coup d’essai. Il a déjà publié avec les éditions Opportun le livre Harry Potter et l’Histoire (2021). Dans Comment Bambi a tué le Chasseur ?, il s’attaque cette fois à l’univers Disney, et tente une analyse des messages écologiques des films d’animation de la firme aux grandes oreilles. Il définit l’écologie dans son sens strico-scientifique, c’est-à-dire l’étude de la relation des êtres vivants avec leur environnement. Toutefois, le mot sera parfois utilisé dans son sens plus contemporain en lien avec le respect de la planète.

À première vue, la méthodologie du livre est bien construite. La bibliographie, tout d’abord, est assez riche : diversifiée dans ses formes et dans ses thèmes, elle assure un écrit qui s’appuie sur de solides connaissances. La construction du livre, elle, paraît intéressante. Chaque chapitre a pour objectif d’analyser un film d’animation Disney (ou Pixar) et d’en tirer une réflexion écologique. Tout au long des pages, des encadrés présentent des concepts scientifiques (économiques, sociologiques, biologiques etc) qui permettent de mieux comprendre les propos de l’auteur et apportent un intérêt pédagogique indéniable à l’essai. Ces concepts peuvent toutefois parfois être simplifiés à l’excès pour les rendre assez courts pour le format, ce qui pose un problème de rigueur et d’exactitude scientifique.
Une méthodologie réfléchie mais contestable
Cependant, le plan du livre se révèle finalement assez flou. En effet, l’auteur fait régulièrement des passerelles entre les différents films d’animation des chapitres précédents ou suivants. C’est le premier point réellement négatif de notre critique de Comment Bambi a tué le Chasseur ? : la thèse de l’auteur paraît peu claire. Sa séparation des différents concepts fonctionne assez mal, et il est donc difficile de comprendre chaque point que Damien Bridonneau souhaite éclaircir dans ses différents chapitres.
Cette sensation de flou est accentuée par les nombreuses allitérations, énumérations et descriptions extrêmement longues qui noient le propos scientifique dans des formulations littéraires trop lourdes pour un essai destiné au grand public. Certaines affirmations présentées comme des faits sont aussi contestables. Par exemple, l’auteur affirme que l’ours est un animal bipède, alors qu’il n’a qu’une station bipède, et pas une locomotion (la plupart du temps). Il estime aussi que Bambi est le premier film à traiter de la relation entre l’animal et l’humain, alors que nous estimons que Dumbo abordait déjà ce thème (dans une moindre mesure, Pinocchio (les ânes, Monstro, les animaux domestiques…) et Blanche Neige et les Sept Nains (les animaux de la forêt, le chasseur) également). Ces exemples ne sont qu’une petite partie d’une longue liste d’approximations.
La difficulté d’analyser les Disney sans tomber dans la surinterprétation
Nous avons remarqué une véritable volonté d’analyser des films issus de différentes époques et aux thématiques variées. Toutefois, nous avons trouvé que cette démonstration restait souvent trop superficielle. Plus qu’une vraie analyse de fond pour faire ressortir des concepts intéressants, Comment Bambi a tué le Chasseur ? se contente souvent de décrire les histoires et d’en faire ressortir les enjeux les plus évidents, sans chercher à les décortiquer et les approfondir et sans les faire confronter à d’autres concepts. S’il avait été simplifié pour des enfants, qui n’auraient pas encore un niveau de réflexion suffisant pour remarquer ces enjeux, cela aurait pu être très intéressant. Pour des adultes, toutefois, le livre paraît souvent assez plat.
Cependant, lorsque l’auteur tente d’analyser plus en profondeur les histoires qu’il met en avant, il tombe souvent dans le piège de la surinterprétation ou de l’extrapolation. Il est en effet difficile de ne pas tomber dans ce piège. En bon comportementaliste animalier, l’auteur tente d’étudier la vie de certains animaux de films d’animation en les considérants comme de vrais animaux pour en tirer des conclusions scientifiques, sans prendre en compte le fait que ces histoires, aussi belles et réfléchies qu’elles soient, restent des œuvres fictives écrites par des êtres humains et non des documentaires animaliers. Damien Bridonneau donne aussi beaucoup de poids à ces œuvres. Il accuse par exemple Bambi d’être la cause de la sensibilité anti-chasse des générations actuelles. Tout en étant potentiellement un vecteur de cette sensibilité, il est difficile d’affirmer que Bambi est la cause première de ce nouveau mouvement. Il serait tout aussi possible d’avancer que c’est le travail d’associations antispéciste ou la montée en puissance de militants pour le droit aux animaux qui a participé à cette montée.
À la vue de ces images, comment peut-on blâmer la sensibilité des nouvelles générations qui découvrirent la nature et les animaux par le prisme de bambi ?
Comment Bambi a tué le Chasseur ? : un essai d’opinion plus qu’une réelle analyse philosophique
Finalement, force est de constater dans cette critique que Comment Bambi a tué le Chasseur ? de Damien Bridonneau, est en réalité plus un essai d’opinion qu’une analyse des films d’animation Disney sous l’angle de la philosophie écologique. En démontre tout d’abord le grand nombre d’exemples tirés de la vie personnelle de l’auteur, ou de celle de son grand-père. Souvenirs d’enfance, anecdotes de soirées, histoire rapportées par des collègues… Quoiqu’ils soient intéressants en eux-mêmes, ces exemples ne sont pas réellement valides sur un plan scientifique. Des formulations comme « Comme je le dis souvent… », ou encore « Aristote a tort » tendent à nous laisser penser qu’il s’agit là davantage d’un texte d’opinion plutôt qu’une analyse se voulant un tant soi peu objective et rigoureuse.
Mais c’est sur le sujet de la chasse que l’exemple est le plus fragrant. Selon Babelio, Damien Bridonneau est originaire de Fontenay-le-Comte, en Vendée. C’est donc un jeune ayant grandi en zone rurale, qui avoue être très proche des traditions et de la ruralité. Lorsqu’il parle de la chasse, il est donc loin d’être objectif. Il va présenter la chasse non pas comme un loisir issu de traditions (comme c’est le cas dans de nombreuses campagnes), mais comme un besoin de l’Homme de retourner à ses racines de prédateur. Il va défendre et même promouvoir ce mode de vie, en allant même jusqu’à expliquer que les problèmes qui peuvent en découler ne proviennent pas du chasseur, mais du randonneur. Le propos manque cruellement de nuance. Il est en effet certain que des chasseurs pratiquent leur activité pour se nourrir, que la chasse est nécessaire à la régulation de certaines espèces, et que certains randonneurs sont une vraie nuisance à l’environnement.
Mais il est assez malhonnête intellectuellement de ne pas mentionner les nombreux accidents liés à la pratique chasse (depuis 2000, 421 personnes sont mortes dans ces accidents), les élevages intensifs de certaines espèces simplement pour les chasser, et le fait qu’aujourd’hui, en France, la chasse reste en majorité un loisir et non un besoin primaire qui articulerait la vie de ruraux. La Fédération Nationale des Chasseurs la décrit d’ailleurs ainsi sur son site : « Loisir, art de vivre, passion dévorante, sport, espace de liberté, héritage familial […] ». Le mot « loisir » vient en premier. Et que faire de toutes ces personnes vivant aussi dans ces zones qui s’opposent aujourd’hui la pratique de la chasse ou du moins aimeraient qu’elle soit un peu plus contrôlée ? Le propos sur ce thème est totalement partial. Est-ce grave ? Non, mais l’analyse est dès lors orientée, basée sur un jugement personnel et perd toute sa valeur synoptique pourtant promue au départ. L’auteur y perd aussi vite de vue l’objectif d’analyser nos films d’animation préférés, et se laisser aller à des divagations sur la chasse et les traditions sans rapport avec l’objectif de l’ouvrage.

C’est en réalité le gros problème de ce livre, et le point noir de notre critique. Ce livre, vendu comme une analyse philosophique de films d’animation, est en réalité un essai d’opinion sur la ruralité, les traditions, notre époque, la chasse et bien d’autres domaines. Les exemples tirés des histoires Disney ne sont en fait utilisés que pour arranger les propos de l’auteur, sans pour autant être regardés dans leur globalité et avec un regard objectif. Ainsi, par rigueur journalistique et transparence envers nos lecteurs, nous ne pouvons pas accorder énormément de crédit à cet ouvrage. Notre note aurait cependant pu être différente s’il avait été présenté tel qu’il est réellement : un état des lieux de l’opinion d’un jeune ayant grandi en zone rural sur de nombreux aspects de la vie d’aujourd’hui. Il offre des réflexions intéressantes sur l’opposition grandissante entre ruralité et urbanité, entre tradition et modernité. Par ses positions fortes et faiblement nuancées, il peut lancer des conversations et des débats enrichissants, mais n’apporte en aucun cas une analyse objective des films Disney.
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