Par une matinée d’octobre où les tensions entre presse et pouvoir refont surface, un front uni se forme dans les rédactions américaines. Le 14 octobre 2025, ABC News, propriété de The Walt Disney Company, a cosigné une déclaration conjointe avec CBS News, NBC News, CNN et Fox News, rejetant fermement les nouvelles règles imposées par le Pentagone. Ces restrictions, qualifiées d’inédites, visent à limiter l’accès des journalistes au siège du Département de la Défense pour ceux qui ne signent pas un accord interdisant l’utilisation de matériaux non autorisés. Cette prise de position collective souligne les enjeux persistants de la liberté de la presse face aux contraintes gouvernementales.
Des règles imposées et un ultimatum
Le Pentagone, quartier général du Département de la Défense des États-Unis – parfois qualifié de Département de la Guerre sous l’influence du président Trump, a exigé que les médias signent un engagement formel pour respecter ces nouvelles directives. En cas de non-conformité, les journalistes risquent de perdre leur accès physique au bâtiment, un outil essentiel pour couvrir les questions de sécurité nationale. La date limite pour cette signature était fixée au 14 octobre 2025, transformant cette mesure en un ultimatum perçu comme une entrave directe à l’indépendance journalistique.
Ces règles ciblent spécifiquement l’utilisation de matériaux non autorisés, sans que les détails précis ne soient explicités dans la déclaration. Elles représentent, selon les signataires, une menace pour les protections fondamentales du journalisme, en limitant la capacité des médias à informer le public sur des sujets cruciaux comme la défense et les affaires internationales.
Une déclaration conjointe pour défendre l’indépendance
Plutôt que de céder, les cinq grandes chaînes de télévision de l’espace médiatique américain ont publié un communiqué unifié : « Aujourd’hui, nous rejoignons virtuellement toutes les autres organisations de presse en refusant d’accepter les nouvelles exigences du Pentagone, qui restreindraient la capacité des journalistes à informer la nation et le monde sur d’importantes questions de sécurité nationale. Cette politique est sans précédent et menace les protections journalistiques essentielles. Nous continuerons à couvrir l’armée américaine comme chacune de nos organisations l’a fait depuis de nombreuses décennies, en respectant les principes d’une presse libre et indépendante. »
Joint statement from ABC News, CBS News, CNN, Fox News Media, NBC News pic.twitter.com/H9nvDdjmSa
— ABC News PR (@ABCNewsPR) October 14, 2025
Cette réponse collective met l’accent sur une tradition de couverture médiatique indépendante, affirmant que les médias persisteront dans leur mission malgré les obstacles. ABC News, en tant que membre de ce groupe, réaffirme ainsi son engagement envers une information impartiale, aligné sur les valeurs de sa maison mère Disney.
Un front élargi au-delà des signataires
ABC News n’est pas isolée dans ce refus. D’autres médias influents, tels que Reuters, The Associated Press, The New York Times, The Washington Post, The Atlantic et NPR, ont également décliné l’accord du Pentagone. Cette coalition large témoigne d’une solidarité rare dans le paysage médiatique américain, où les rivalités habituelles cèdent le pas à la défense commune des droits de la presse.
Ces organisations, couvrant un spectre idéologique varié – de Fox News à NPR, soulignent par leur unité que la question transcende les clivages partisans. Ensemble, elles représentent une voix puissante pour préserver l’accès à l’information publique. Même en France, certains médias comme l’AFP, qui couvrent chaque semaine la politique américaine, ont rejoint les rangs.
Enjeux pour la liberté de l’information
Cette controverse intervient dans un contexte où les relations entre médias et institutions fédérales sont souvent tendues. En refusant ces restrictions, les signataires défendent non seulement leur accès, mais aussi le droit du public à une information transparente sur les affaires militaires. Sans précédent historique clair, cette politique pourrait ouvrir la porte à d’autres limitations, menaçant l’équilibre démocratique fondé sur une presse vigilante.
Pour l’instant, les médias concernés affirment qu’ils maintiendront leur couverture habituelle, ancrée dans des décennies de pratique. Cette affaire rappelle les défis persistants pour le journalisme en période de polarisation, où l’accès à la source reste un pilier incontournable.

