Tim Curry s’est éteint le 25 août 2026 à son domicile de Los Angeles. Il avait 80 ans. La police n’évoque aucune intervention criminelle. La cause exacte n’a pas été rendue publique. Depuis un AVC majeur en 2012, l’acteur britannique vivait en fauteuil roulant et travaillait surtout en voix. Son agent a confirmé le décès. Variety, The Hollywood Reporter et CBS ont repris l’information ce mercredi.
Le titre qui circule en France accroche le clown. C’est juste : Pennywise, dans la mini-série Ça de 1990, a traumatisé une génération de téléspectateurs. Mais le catalogue qui relie vraiment Curry au présent de Hollywood, c’est celui de 20th Century Fox et de Disney — deux maisons devenues le même groupe après le rachat de 2019. Frank-N-Furter, le concierge du Plaza, Hexxus, le cardinal de Richelieu, Long John Silver, Forte et même Palpatine : autant de visages qui, désormais, appartiennent à la même constellation.
Comment la Fox a inventé Tim Curry, un soir de 1975
Timothy James Curry naît le 19 avril 1946 à Grappenhall, dans le Cheshire. Fils d’un aumônier méthodiste de la Royal Navy, mort alors que l’enfant n’a que douze ans, il étudie à Birmingham puis gagne le West End, où il apparaît dès 1968 dans la production londonienne de Hair. C’est dans ce milieu qu’il croise Richard O’Brien, auteur d’une comédie musicale loufoque destinée d’abord à une petite salle du Royal Court Theatre. Curry y crée le Dr Frank-N-Furter, savant travesti venu de « Transsexual Transylvania », avant de reprendre le rôle à Los Angeles, à Broadway, puis à l’écran.

The Rocky Horror Picture Show, sorti en 1975 sous la bannière de 20th Century Fox, échoue d’abord dans le circuit traditionnel. Il survit grâce aux séances de minuit, aux répliques criées depuis la salle et à une fidélité de public que peu de films américains ont égale. Curry n’accompagne pas seulement le phénomène : il le porte. Le maquillage, la démarche, la voix chantée et parlée, cette manière de rendre le grotesque désirable, tout cela fixe pour un demi-siècle l’image d’un acteur capable de basculer du cabaret à la menace. Cinquante ans plus tard, le long métrage demeure l’un des plus longs succès de reprise de l’histoire du cinéma américain. La Fox l’avait produit. Disney, depuis l’absorption de 21st Century Fox, en détient le catalogue. Sans cette prise de risque éditoriale, il est difficile d’imaginer la suite.

Des familles de Noël aux dessins animés
Le studio le rappelle au début des années 1990, dans un registre plus large et plus commercial. Dans Maman, J’ai Encore Raté l’Avion !, en 1992, Curry incarne M. Hector, concierge soupçonneux du Plaza Hotel face au Kevin de Macaulay Culkin. Il n’est pas le bandit principal, mais il laisse une empreinte nette : le sourire trop poli, l’adulte qui sent le mensonge et s’en amuse à demi. Des millions de spectateurs revoient chaque hiver cette silhouette, souvent sans la relier au savant de Rocky Horror. Sur ce tournage, Curry a raconté plus tard avoir croisé Donald Trump, alors propriétaire de l’hôtel, et n’avoir guère apprécié la chambre qu’on lui avait attribuée.

La même année, toujours chez Fox, il prête sa voix à Hexxus dans FernGully, Les Aventures de Zak et Crysta, esprit de la pollution qui chante « Toxic Love » avec une intensité de scène plutôt que de dessin animé pour enfants. Entre ces deux titres, Fox Kids lui confie le Capitaine Crochet de Peter Pan and the Pirates. Quarante-six épisodes plus tard, la performance lui vaut un Daytime Emmy, en 1991. La chaîne n’existe plus. Le rôle, lui, reste l’un des plus solides Crochet de l’animation télévisée.

En 2006, le studio à la célèbre fanfare revient le chercher pour Garfield 2, suite du film de 2004. Curry y prête sa voix au Prince XII, chat d’une aristocrate britannique récemment disparue, sosie presque parfait du lasagne-lover incarné par Bill Murray. Lord Dargis, neveu cupide interprété par Billy Connolly, espère l’héritage ; le testament le lui refuse tant que le Prince est vivant. Garfield, arrivé à Londres en cachette dans les bagages de Jon (Breckin Meyer), déclenche une comédie de quiproquos dont Curry est le pôle félin, compassé et britannique.
Chez Disney, le pirate qu’il préférait à presque tout le reste
Walt Disney Pictures le fait entrer dans son propre univers en 1993, lorsqu’il incarne le cardinal de Richelieu dans Les Trois Mousquetaires, aux côtés de Charlie Sheen et de Kiefer Sutherland. Le méchant y est d’opérette, cape et calcul compris, et Curry s’y installe sans forcer.

Trois ans plus tard, Brian Henson lui offre Long John Silver dans L’Île au Trésor des Muppets. Jusqu’à l’automne 2025, dans un entretien au Guardian donné pour la parution de ses mémoires Vagabond, l’acteur répétait que ce tournage demeurait l’un de ceux dont il garderait le souvenir le plus vif. Il disait vouloir retravailler avec les Muppets, traitait Miss Piggy et Kermit comme des partenaires de plateau et s’amusait encore d’une réplique improvisée sur Piggy, écartée au montage.

Disney le sollicite de nouveau en 1997 pour La Belle et la Bête 2 : Le Noël Enchanté, où il devient Maestro Forte, l’orgue jaloux : une nomination aux Annie Awards vient saluer cette voix.

Côté petit écran disneyen, sa carrière fut prolifique. Entre 1991 et 1994, ABC diffuse Dinosaurs, série de Jim Henson pour Disney Television Animation, qui suit la famille Sinclair — Earl, Fran, leurs trois enfants Robbie, Charlene et Baby, ainsi qu’Ethyl, la mère de Fran — dans un quotidien contemporain transplanté à la préhistoire. La voix de Curry s’entend dans sept épisodes, notamment celle du chef Elder, dinosaure qui préside le gouvernement de Pangaea. C’est un travail de second plan, mais il ancre déjà l’acteur dans l’écosystème télévisé du groupe.

Il fut aussi Thaddeus E. Klang dans Super Baloo et Taurus Bulba dans Myster Mask. Plus tard encore, on l’entend dans Mighty Ducks : Les Canards de l’Exploit et dans Couacs en Vrac, sur Toon Disney. Il a aussi prêté sa voix au Dr. Anton Sevarius dans Les Gargoyles : Les Anges de la Nuit. Il fut aussi envisagé pour Scar dans Le Roi Lion et pour Jafar dans Aladdin, sans obtenir ces rôles.

Il a toutefois pénétré les parcs Disney. De 1995 à 2003, au Magic Kingdom de Walt Disney World, sa voix se faisait entendre dans le pré-show d’ExtraTERRORestrial Alien Encounter : celle d’un robot X-S baptisé Simulated Intelligence Robotics, ou S.I.R. Ce n’est pas un rôle de tête d’affiche. C’est une présence concrète, dans Tomorrowland, pour des millions de visiteurs qui n’associaient pas forcément ce timbre à Frank-N-Furter.

Après son AVC, Lucasfilm lui confie le rôle de Palpatine / Dark Sidious dans les saisons 5 et 6 de Star Wars : The Clone Wars, une dizaine d’épisodes en relais d’Ian Abercrombie. La voix n’a plus la même amplitude physique. Elle conserve l’autorité.
Pennywise, et ce qui déborde le catalogue commun
Le titre français qui circule ce mercredi accroche à raison le clown de Ça. La mini-série, adaptée de Stephen King en 1990, n’appartient ni à Fox ni à Disney. Elle a pourtant fixé, pour une partie du public, le visage définitif de Curry : maquillage blanc, dents, « Hiya, Georgie », et cette formule qu’il avait lui-même retenue, celle d’« un sourire devenu mauvais ». Il n’aimait pas les clowns. Il a accepté le rôle malgré cela, au point d’intimider volontairement certains enfants du plateau pour que leur peur reste vraie. Bill Skarsgård a repris le personnage au cinéma ; une fraction des spectateurs continue de trouver l’original plus troublant, parce qu’il ressemble encore à un animateur de goûter.
Ailleurs, sa filmographie déborde largement le groupe : Cluedo, Legend de Ridley Scott, Annie, Amadeus à Broadway, Spamalot, Nigel Thornberry chez Nickelodeon. Trois nominations aux Tony, une carrière de chanteur, trois albums. Il ne s’était jamais marié et n’avait pas d’enfants.
Ce que change sa disparition, pour le catalogue Disney-Fox, c’est moins une statistique qu’une lecture. Le studio qui a pris le risque du Rocky Horror est devenu, par acquisitions successives, le même que celui qui possède Maman, J’ai Encore raté l’Avion !, FernGully, les Muppets et The Clone Wars. Curry a travaillé sur les deux rives avant qu’elles ne fusionnent. Il a été le savant des séances de minuit et le pirate qui chante avec Kermit, le concierge de Noël et l’esprit toxique d’une forêt dessinée. Peu d’interprètes ont habité, d’un même souffle, le film-culte que l’on chuchote et le film que l’on met en famille le 25 décembre. Les hommages de ce mercredi soir sortiront Frank-N-Furter et Pennywise. Il faudrait aussi laisser une place à Silver, à Hector et à Hexxus. C’est là que Tim Curry a le plus durablement travaillé pour ce qui est devenu, sans qu’il l’ait choisi, une seule et même maison.

