Ă lâoccasion de lâĂ©dition 2023 du Festival LumiĂšre, de nombreux invitĂ©s de marque sont venus enrichir la programmation grĂące Ă leurs films mais Ă©galement leur prĂ©sence sur les terres lyonnaises. Wes Anderson, dĂ©jĂ habituĂ© du Festival de Cannes, est cette fois-ci venu assister au Festival du CinĂ©ma Classique Ă Lyon, oĂč il nous a notamment offert au publix une merveilleuse master-class, suivie de la projection de ses films Ă diffĂ©rents moments de la semaine.Â
Un cinéaste qui enchante Lyon
PrĂ©sent dĂ©jĂ pendant la cĂ©rĂ©monie dâouverture du Festival Ă la Halle Tony Garnier le samedi 14 octobre, le rĂ©alisateur a Ă©galement dispensĂ© une master-class le lundi soir suivant Ă lâAuditorium de Lyon. Ses films se retrouvent Ă©galement tout le au long du festival Ă l’instar de :
- Rushmore,
- Ă Bord du Darjeeling Limited,
- Moonrise Kingdom,
- The Grand Budapest Hotel,
- LâĂle aux Chiens,
- La Merveilleuse Histoire de Henry Sugar.

Le rĂ©alisateur prendra Ă©galement le temps de prĂ©senter chaque film sur au moins une de ses sĂ©ances Ă lâimage de la sĂ©ance de Ă Bord du Darjeeling Limited du dimanche 15 ou de LâĂle aux Chiens du lundi 16.
Une soirée avec Wes Anderson
Lâun des temps forts de ce festival reste toutefois la master-class donnĂ©e par le rĂ©alisateur ce lundi 16 octobre Ă 19h30 Ă lâauditorium de Lyon. Ă cette occasion, le rĂ©alisateur est venu rĂ©pondre Ă plusieurs questions posĂ©es par Thierry FrĂ©meaux (directeur de lâinstitut LumiĂšre) et Didier Allouch (journaliste et correspondant français notamment des Oscars). Wes a Ă©galement insistĂ©, mĂȘme si cela ne semblait pas avoir Ă©tĂ© prĂ©vu au dĂ©part, pour rĂ©pondre Ă des questions des spectateurs prĂ©sents.Â

Cette master -class avait Ă©galement pour but de permettre aux spectateurs prĂ©sents de dĂ©couvrir sur grand Ă©cran le moyen-mĂ©trage La Merveilleuse Histoire de Henry Sugar, rĂ©alisĂ© pour Netflix, et le classique dâAnderson : Le Grand Budapest Hotel de Searchlight Pictures. Wes Anderson a rĂ©pondu dans un premier temps Ă des questions avant la projection du moyen-mĂ©trage, puis est revenu aprĂšs la projection pour discuter de cette production avant de quitter lâauditorium et de laisser les spectateurs avec son film probablement le plus cĂ©lĂšbre.Â
Durant ce temps dâĂ©changes, le rĂ©alisateur nous a ainsi appris que chaque expĂ©rience de tournage Ă©tait pour lui diffĂ©rente, et que mĂȘme si cela engendre un stress Ă©norme avec la peur chaque jour de ne pas rĂ©ussir Ă tirer les bons plans, il se passe toujours quelque chose de magnifique qui rend les tournages magiques. Il nous dit ainsi : « Dans la vie on vit des moments magiques en famille, entre amis⊠Quand on fait un film on sait quâon vit des moments quâon vivra plus jamais dans notre vie et ça câest magique ». Il nous a expliquĂ© aussi quâil a parfois des idĂ©es pour les tournages quâil ne peut expliquer. Ainsi, pour Asteroid City, le film se situe dans un dĂ©sert amĂ©ricain mais les Ă©quipes ont tournĂ© les plans Ă lâextĂ©rieur de Madrid. Wes Anderson savait quâil voulait faire ce film en Europe mais lui-mĂȘme n’a pas su nous dire pourquoi. Ses Ă©quipes se sont donc installĂ©es aux abords de Madrid et ont transformĂ© des champs en un dĂ©sert amĂ©ricain totalement artificiel avec des dĂ©cors.
Un autre point qui semblait important pour le rĂ©alisateur est la maniĂšre dont il sâentoure malgrĂ© lui dâune troupe dâacteurs assez fidĂšle. Wes nous a racontĂ© que câest quelque chose quâil nâa jamais planifiĂ© mais qui sâest faite naturellement. Il sâestime chanceux dâavoir pu tourner avec des acteurs quâil admire Ă©normĂ©ment. De plus, quand il fait un film, il apprĂ©cie lâexpĂ©rience dâavoir des acteurs travaillant comme dans une vraie compagnie soudĂ©e. Lors dâun tournage, « on travaille ensemble, on vit ensemble, on dĂźne ensemble. LâexpĂ©rience est plus Ă©motionnelle comme ça pour moi et les acteurs lâapprĂ©cient aussi ».

Le rĂ©alisateur est Ă©galement particuliĂšrement reconnaissable pour la spĂ©cificitĂ© de sa mise en scĂšne. Ă ce sujet, il lui a Ă©tĂ© demandĂ© comment il envisageait le tandem histoire et mise en scĂšne et Ă quel moment de lâĂ©criture envisageait-il la mise en scĂšne. Wes Anderson a dĂ©crit son processus dâĂ©criture de lâhistoire comme la premiĂšre chose Ă laquelle il pense. Lâhistoire est ce quâil y a de plus important, mais malgrĂ© cela et mĂȘme si il veut se consacrer uniquement Ă lâhistoire, il ne peut sâempĂȘcher de se demander assez tĂŽt de quelle maniĂšre il pourra la faire exister. Comment faire en sorte de la rendre claire pour que les spectateurs la comprennent. Il a ajoutĂ© que lâanimation lâa aidĂ© Ă prĂ©parer un peu mieux ses plans pour la mise en scĂšne, notamment avec la construction des dĂ©cors.
Wes Anderson nous a expliquĂ© que faire des films est en fait quelque chose de lâordre du besoin mais quâil est toujours en anticipation sur le processus. « Quand je finis un film, la premiĂšre chose que je veux faire ensuite câest en refaire un. Quand je suis Ă lâĂ©criture je pense au tournage, au tournage je pense au montage etc. Mais par contre je nâarrive pas Ă faire un autre film tant que je nâai pas fini le prĂ©cĂ©dent ».
Enfin, le rĂ©alisateur a Ă©tĂ© interrogĂ© sur la radicalitĂ© esthĂ©tique de ses films, ce Ă quoi il a rĂ©pondu que pour chaque film, il a lâimpression dâaller trop loin. Pour lui, la chose la plus importante, câest de communiquer avec le public, il essaie toujours de rester en contact avec lui. De mĂȘme, le rĂ©alisateur nous a expliquĂ© quâil aime revoir plusieurs fois des films. Et câest ce quâil apprĂ©cie notamment avec le Festival LumiĂšre, pouvoir redĂ©couvrir des classiques, notamment des films restaurĂ©s pour le festival, qui reviennent Ă la vie. Dans son propre cinĂ©ma, il aime lâidĂ©e de faire des films sur lesquels on peut revenir. Il nous apprend ainsi que quand quelquâun lui dit aprĂšs le visionnage dâun de ses films quâil nâa pas trop aimĂ©, il aime bien lui rĂ©pondre « et bien regarde le une nouvelle fois ».Â
Le rĂ©alisateur a ensuite abordĂ© ses inspirations et le traitement qu’il a apportĂ© pour La Merveilleuse Histoire de Henry Sugar avant de se voir poser la traditionnelle question Ă©tudiante des master-class : « Quel conseil donneriez-vous a un Ă©tudiant en cinĂ©ma ? » Ă cela, le rĂ©alisateur a rĂ©pondu que lui-mĂȘme a Ă©tĂ© Ă©tudiant en cinĂ©ma Ă 19 ans et que cela nâĂ©tait pas Ă©vident mais quâil a eu la chance dâavoir rencontrĂ© son ami Owen Wilson. Ensemble, ils ont commencĂ© Ă travailler et se challenger pour se pousser toujours plus loin. Wes nous a ainsi expliquĂ© que son chemin a pris un vĂ©ritable virage avec Owen. Pourtant, lorsquâils ont rĂ©ussi a terminer leur premier film et Ă le projeter, ce dernier a Ă©tĂ© un total Ă©chec, les spectateurs ne lâont pas aimĂ©. Et ce qui lâa poussĂ© Ă continuer, câest la confiance aveugle et lâobsession que lâon peut avoir quand on est jeune. Pour Wes, câest de ça que doivent se nourrir les jeunes Ă©tudiants.

Il a conclu ainsi :
« Vous devez trouver votre voix, il faut prendre les conseils des autres. Mais ne perdez jamais la fĂ©rocitĂ© que vous avez en vous ».Â
Un réalisateur de légende présent durant cette édition 2023 du Festival LumiÚre
Wes Anderson est de loin lâun des rĂ©alisateurs les plus emblĂ©matiques de notre gĂ©nĂ©ration. Sa prĂ©sence au Festival LumiĂšre enchantĂ© les festivaliers venus rencontrer un homme aussi talentueux quâhumble et bienveillant. La master-class nous a permis de dĂ©couvrir un homme passionnant et de mieux apprĂ©hender sa filmographie. Plusieurs de ses films phares sont diffusĂ©s toute la semaine jusquâĂ la clĂŽture du Festival et nous ne pouvons que vous encourager Ă les dĂ©couvrir ou redĂ©couvrir sur grand Ă©cran.Â
