Le 18 juin 2025, Elio, le dernier film original de Pixar, a fait ses débuts dans les salles de France et de Navarre, marquant un record peu enviable : le pire démarrage en termes d’entrées pour un film du studio à la lampe de bureau en France. Avec seulement 28 403 entrées récoltées lors de son premier jour, dont 6 224 à Paris (chiffres incluant les avant-premières), le film réalisé par Domee Shi, Madeline Sharafian et Adrian Molina s’inscrit comme un échec retentissant au box-office hexagonal, suscitant des interrogations sur l’avenir des films originaux de Pixar dans un marché de plus en plus dominé par les suites et les franchises établies.
Un lancement catastrophique en chiffres
Selon les données que nous avons enregistré, Elio a attiré moins de 30 000 spectateurs à l’échelle nationale lors de sa première journée d’exploitation, un chiffre qui le place loin derrière les performances habituelles de Pixar. À Paris, où les films d’animation bénéficient généralement d’une forte affluence, les quelques 6 224 entrées enregistrées reflètent un désintérêt notable du public. À titre de comparaison, Vice-Versa 2, une suite très attendue, avait démarré il y a un an avec 297 681 entrées (hors avant-premières) lors de son premier jour en France, soit plus de dix fois le score d’Elio. Même Élémentaire, autre film original de Pixar ayant connu un démarrage difficile, avait attiré 62 996 spectateurs (hors avant-premières) lors de son premier jour, plus du double d’Elio donc.

Ce démarrage historiquement bas dépasse même les pires performances précédentes du studio. Par exemple, Buzz l’Éclair le fameux film dérivé (et tant décrié) de la saga Toy Story qui avait déçu, avait tout de même cumulé 71 360 entrées pour son premier jour en France. Son univers était peu ou prou dans la même lignée qu’Elio au passage : un héros et l’espace intersidéral pour l’accompagner, le tout baignant dans une multitude de références à la science-fiction moderne. Mais le film avait un avantage non négligeable : il s’appuyait sur un personnage Pixar très connu et sans aucun doute l’un des plus populaires. Elio (sorte de remake de Lilo & Stitch quand on y repense et qui le concurrence d’ailleurs dans les salles – un comble) se retrouve donc isolé au bas du classement des lancements Pixar, un signal inquiétant pour un film qui portait les espoirs du studio de renouer avec le succès des récits originaux.
Elio n’a pas grandement attiré en France pour le moment
Pour mieux contextualiser l’échec d’Elio, il est pertinent de le comparer à d’autres films originaux de Pixar sortis à la même période de l’année, notamment en juin ou juillet, où les films familiaux bénéficient souvent des vacances scolaires imminentes. Voici quelques exemples significatifs :
- Élémentaire (2023) : Sorti mi-juin, Élémentaire avait également connu un démarrage poussif, avec 62 996 entrées en France pour son premier jour et un total de $29,6 millions au box-office nord-américain pour son week-end d’ouverture. Malgré ce départ difficile, le film avait bénéficié d’un excellent bouche-à-oreille, atteignant $496,4 millions à l’échelle mondiale, dont environ 3,3 millions d’entrées en France sur l’ensemble de son exploitation. Elio, avec des critiques positives (82 % sur Rotten Tomatoes contre 73 % pour Élémentaire), pourrait espérer un rebond similaire, mais son démarrage bien plus faible rend cette hypothèse incertaine.
- Vice-Versa (2015) : Sorti il y a dix ans à la même période de l’année, ce film original avait marqué les esprits avec un démarrage de $90,4 millions aux États-Unis et au Canada pour son premier week-end et environ 150 000 entrées en France pour son premier jour. Avec un total mondial de $858 millions, Vice-Versa illustre l’âge d’or des films originaux Pixar, capables d’attirer les foules dès leur sortie grâce à des concepts audacieux et une forte campagne marketing.
- Ratatouille (2007) : Sorti fin juin, ce film situé à Paris avait démarré modestement avec $47 millions aux États-Unis et au Canada pour son premier week-end, mais avait attiré environ 100 000 spectateurs en France lors de son premier jour, grâce à l’attrait de son scénario aux yeux des gaulois. Grâce à un excellent maintien, Ratatouille a cumulé $623 millions mondialement, dont plus de 7 millions d’entrées en France. La connexion culturelle avec Paris avait boosté son succès local, un avantage qu’Elio n’a pas su exploiter malgré son thème universel.

Ces comparaisons montrent que, même pour des films originaux, Pixar a historiquement réussi à générer un engouement initial bien supérieur à celui d’Elio. Le contexte post-pandémique, où les films originaux peinent à attirer face aux franchises établies, semble amplifier cette difficulté.
Plusieurs facteurs expliquent ce démarrage catastrophique. Tout d’abord, la stratégie marketing de Disney en France est à pointer du doigt. Pixar et Disney n’ont pas suffisamment mis en avant Elio sur le marché français, se reposant sur des influenceurs plutôt que sur une campagne presse traditionnelle. Cette approche est finalement assez discutable et désormais la filiale hexagonale de Mickey ne cache plus de négliger les critiques en ligne au profit de partenariats moins efficaces, pensant malgré tout attirer davantage en ciblant le monde tiktokien. De plus, la critique française n’a pas forcément été tendre avec le film lui reprochant un manque d’originalité cruel (c’est drôle).
Erreur de stratégie ET désintérêt du public
Ensuite, la concurrence au box-office a joué un rôle. Elio doit affronter le remake en prises de vues réelles Dragons, qui domine le marché familial avec un second week-end projeté à $40 millions aux États-Unis et une forte popularité en France. De plus, le film d’horreur 28 Ans Plus Tard attire un public différent mais contribue à fragmenter l’audience. N’omettons pas le succès fulgurant de Lilo & Stitch, qui surfe finalement sur la même base de spectateurs mais a un atout supplémentaire (outre la licence), cette ambiance estivale qui sent bon les vacances.
Enfin, le positionnement d’Elio comme film original constitue un défi dans un marché où les suites comme Vice-Versa 2 ou Toy Story 4 garantissent une reconnaissance immédiate. La production tumultueuse d’Elio, marquée par des réécritures et un changement de ton (passant d’un récit émotionnel à une aventure plus légère), pourrait également avoir brouillé son identité auprès du public. Avec un budget estimé à $150 millions (hors marketing), le film doit atteindre environ $700 millions mondialement pour être rentable, un objectif qui semble hors de portée avec un démarrage global projeté entre $50 et $60 millions.

Malgré ce départ désastreux, Elio n’est pas forcément condamné. Comme Élémentaire, qui avait rebondi grâce à un bouche-à-oreille positif et une absence de concurrence animée en juillet, le film pourrait être davantage aidé par ses critiques élogieuses outre-Atlantique (82 % sur Rotten Tomatoes) et son score CinemaScore favorable. En France, les vacances scolaires pourraient également prolonger son exploitation. Cependant, avec des films comme Jurassic World : Renaissance (2 juillet) et Superman (8 juillet) en approche, la fenêtre pour attirer les familles est étroite.
Le démarrage d’Elio marque un tournant préoccupant pour Pixar, dont la capacité à imposer des récits originaux semble s’éroder dans un marché saturé de franchises. Si un rebond reste possible, Elio devra compter sur un bouche-à-oreille exceptionnel pour éviter de rejoindre Buzz l’Éclair et Le Voyage d’Arlo dans la liste des échecs commerciaux du studio. L’avenir des projets originaux comme Hoppers (2026) ou Gatto (2027) pourrait dépendre de la capacité du studio de Pete Docter à tirer les leçons de cet échec.
