C’est désormais la fin d’un chantier titanesque. Jamais Le Château de la Belle au Bois Dormant n’avait connu pareille réhabilitation d’ampleur depuis sa construction au début des années 1990. L’emblème de Disneyland Paris sort désormais de près d’une année de travaux qui lui ont permis de retrouver toute sa splendeur d’antan et d’affronter les prochaines décennies avec robustesse. Car le monument du Parc Disneyland avait réellement bien besoin d’une restauration profonde, notamment au niveau de ses tours, probablement la phase du chantier qui a suscité le plus d’intérêt mais aussi de rigueur d’exécution.
Notre château, c’est le plus beau (plus que jamais) !
« Notre château, c’est le plus beau ! ». Voici une affirmation on ne peut plus vraie, que les amateurs du Resort Disney européen se plaisent à répéter. Et c’est vrai qu’il est beau, ce château de Disneyland Paris. Avec ses tourelles aux pointes dorées, ses tuiles aux motifs réfléchis, son rose adapté à la météo locale ! Mais voilà. Nous sommes en 2019, le château trône fièrement au bout de Main Street, U. S. A. depuis plus de 29 ans. Il aura fallu aux équipes de Walt Disney Imagineering Paris pas moins de deux années de préparation pour mener à bien son projet de réhabilitation et établir un calendrier cohérent, tout en impactant le moins possible l’expérience des visiteurs (du moins durant les mois où Disneyland Paris était ouvert cette année). Il faut dire que le défi était de taille et les objectifs multiples et conséquents car après près de trois décennies au service de la magie, la bonne vieille demeure de la princesse Aurore souffrait des affres du temps.
Ainsi, les flèches tombaient, poussées par les vents briards, les tuiles se défraîchissaient, souillées par les mouettes, et autres volatiles, les fissures dans les murs se comptaient pas dizaines, les boiseries tombaient en lambeaux, la mousse et le lierre prenaient racine, son étanchéité était menacée… Et surtout, les couleurs des façades, agressées par les projections de pyrotechnie et les jets d’eau quotidiens, avaient sérieusement perdu de leur éclat. En effet, les neuf dernières années qui ont été marquées par les spectacles nocturnes Disney Dreams ! et Disney Illuminations ont nécessairement accéléré l’usure naturelle de l’édifice.
Après l’immense plan de réenchantement du Resort lancé au milieu des années 2010 sous le mandat de Philippe Gas, ancien PDG de feu Euro Disney S.C.A, et qui a vu des attractions comme Phantom Manor, Big Thunder Mountain, Pirates of the Caribbean, Peter Pan’s Flight Star Tours ou La Cabane des Robinson connaître une cure de jouvence salvatrice, le symbole même de Disneyland Paris se devait lui aussi de connaître une réhabilitation historique. C’est désormais chose faite. Mais comment envisager un tel projet au cœur même du Parc Disneyland, dans des dimensions qui donnent le tourni (jusqu’à 43 mètres de hauteur), avec le soucis du détail et de l’exigence, sans impacter le moins possible la vue la plus convoitée de France et de Navarre ?
Un chantier titanesque pour un monument emblématique
Il a fallu redoubler d’ingéniosité. Si la fermeture prolongée des Parcs Disney au début de l’année 2021 a permis probablement de faciliter le travail d’installation des échafaudages et la livraison du matériel sur place, il fallait malgré tout penser à la suite quand les visiteurs allaient franchir de nouveau les portes du Parc Disneyland. Tout d’abord, Walt Disney Imagineering Paris – Design & Show Quality s’est employé à concevoir d’immenses bâches – 15 au total – permettant de dissimuler habilement les travaux sur les quelques 200 tonnes d’échafaudages qui permettaient aux ouvriers de travailler au plus près de l’édifice et en toute sécurité. Les bâches ont permis aussi de cacher des yeux des visiteurs cette véritable fourmilières d’orfèvres. Ces revêtements ont aussi eu pour but d’assurer une illusion d’optique parfaite avec une photographie en relief du château et quelques ajouts bienvenus comme les trois Fées d’Aurore se baladant entre différentes tourelles. Les bâches ont enfin protégé le chantier puisque les travaux de peinture et de réfection de façade étaient dès lors isolés en partie de l’humidité et du vent. Par ailleurs, le spectacle Disney Illuminations fut suspendu durant toute la durée des travaux, sécurité oblige. Il est revenu officiellement le 21 décembre 2021, soit trois jours après la fin officielle du chantier.
Enfin, le challenge sans doute le plus fou de cette réhabilitation fut de permettre aux visiteurs de continuer de traverser le rez-de-chaussée intérieur du château et ce, durant ces douze mois de rénovation. Certes, de nombreuses palissades ont entourés l’extérieur du monument mais il était toujours possible de passer de Main Street, U. S. A. à Fantasyland et vice-versa en traversant le monument. Mieux encore, les deux boutiques furent restées ouvertes également. L’étage et le sous-sol du château restèrent quant à eux inaccessibles durant cette période, bénéficiant d’une attention toute particulière là aussi. Pour renforcer la magie, un point photo fut installé dans La Cour du Château le long des palissades, où les visiteurs pouvaient poser aux côtés du couple princier Aurore et Philippe, résidents permanents du lieu.
Durant les deux années de préparation, Walt Disney Imagineering Paris a effectué un travail de recherche considérable pour retrouver de manière précise toutes les subtilités et dimensions de l’édifice, qui rend hommage au patrimoine matériel et immatériel européen, celui-là même qui a inspiré Walt Disney dans ses productions cinématographiques. Le choix des matériaux fut aussi primordial pour permettre au monument de garder son essence authentique et ne pas le transformer en décor de cinéma. C’est d’ailleurs sûrement ce qui a plu aux artisans qui ont travaillé par la suite sur le projet, réalisant par eux-mêmes l’exigence et la précision voulue par Disney. Dès lors, le même travail effectué sur des châteaux ou monuments historiques français a été mené sur ce projet.
Le gros de la réhabilitation, nous vous l’avons dit, s’est concentré sur la reféction des tours et tourelles du (Le) Château de la Belle au Bois Dormant. Pour cela, pas moins de neuf entreprises françaises ont été mobilisées pour réaliser les travaux supervisés par Walt Disney Imagineering, notamment de charpente, de couverture, de peinture et de ferronnerie. Parmi elles, citons la société jarnisienne [de la ville de Jarny, NDLR] Le Bras Frères, spécialisée depuis 1954 en charpentes et couvertures notamment dans les monuments historiques et les édifices religieux. Dans la plus pure tradition de leur métier, ces artisans passionnés qui ont déjà prouvé tout leur talent et leur expertiste lors de la rénovation des cathédrales d’Amiens, Poitiers, Strasbourg ou encore Reims ou de monuments comme le Panthéon, la colonne Vendôme ou la chapelle royale au château de Versailles, ont été choisis pour s’occuper de la restauration et / ou du remplacement complet de certaines tours du château disneyen.
Leur savoir-faire au service du patrimoine français fut l’élément clef dans cette rénovation. Non seulement, ils ont permis à chacune des tours et leur toiture de s’offrir une seconde jeunesse mais ils ont également retravaillé toutes les flèches qui ornent leur sommet, recouvertes, comme vous le savez à la feuille d’or manuellement (41 200 feuilles pour être précis). Les charpentes de 15 tours démontées ont été refaites à neuf en atelier suivant les mêmes procédés que pour la rénovation de monuments du patrimoine français. Le calepinage qui permet de déterminer avec précision l’assemblage et la disposition des tuiles a été réalisé dans la plus pure tradition du métier. Ensuite, les tuiles peintes à la main ont toutes été changées selon le principe traditionnel du gironet, sorte de trapèze qui permet de tailler chaque petit élément qui viendra se greffer sur la toiture. En partie basse, la largeur d’ardoise est définie et plus on progresse vers le sommet de la toiture, plus la taille des ardoises se réduit. Ce ne sont pas moins de 19 900 ardoises qui ont été créées sur mesure dans différents tons de bleus et posées avec autant de crochets sur les toits, ce qui représente en tout près de 8 kilomètres de coupe d’ardoise. Défi parmi les défis, l’installation des nouvelles tours par grue, créées hors-site a demandé la même précision qu’en 1990 lors de la construction de l’édifice. C’est sur site que les finitions furent appliquées sur chacun des éléments. D’autres parties des toitures du château ont été en revanche rénovées directement sur place. Leur complexité architecturale ne permettait pas de les couper pour les faire partir en atelier. Ce fut aussi le cas de plusieurs ornementations dorées qui ne pouvaient pas être démontées sur place. D’autres éléments de charpenterie ont été refaits comme le fameux petit escalier en bois en colimaçon qui est fixé sur l’une des tourelles.
Tracy Eck, directrice artistique de Walt Disney Imagineering Paris, et ses équipes, ont également entrepris une autre phase monumentale du chantier, la remise en peinture intégrale du château. Mais c’est un gros nettoyage puis une pose d’enduits décoratifs qui ont précédé cette étape cruciale. Si certaines tours ont été repeintes directement dans les ateliers des artisans qui en avaient la charge, d’autres – tout comme le reste de la façade et des toits – ont dû être chouchoutées directement sur place… et à plusieurs dizaines de mètres parfois. Pas moins de 1200 litres de peinture ont été nécessaires pour offrir au (Le) Château de la Belle au Bois Dormant un rafraîchissement bienvenu, le tout dans 14 variations de rose. Ce gradient de couleurs sur le château permet depuis 1992 de non seulement trancher avec la régulière grisaille parisienne mais aussi d’apporter une certaine illusion de majesté au monument, en passant progressivement de roses prononcés à sa base jusqu’à des couleurs plus pâles à son sommet. La dernière étape fut l’application de patines sur certaines parties de l’édifice comme les pierres ou les ornementations. « C’était la première fois que nous entreprenions quelque chose d’aussi monumental. Certains effets ont même été améliorés afin que la structure du château soit encore plus résistante dans les années à venir », a ajouté Tracy Eck.
La réhabilitation des décorations du château
Outre les peintres, les charpentiers, les maçons, les ferronniers ou encore les doreurs, cette ruche d’activités a permis aussi de retravailler d’autres éléments. Avant sa remise en peinture, la façade du (Le) Château de la Belle au Bois Dormant a été reconsolidée. Les fissures ont été rebouchées avec des enduits spéciaux. Les artisans des services « Deco Props » et « Deco Lights » se sont attelés à la restauration complète de plusieurs éléments décoratifs du monument.
Du côté de La Galerie de la Belle au Bois Dormant, l’ensemble des vitraux ont été rénovés partiellement ou intégralement par des Cast Members spécialisés selon des techniques là encore très traditionnelles. Là encore, un défi s’est posé puisque certains vitraux fissurés n’ont pas été forcément réparés comme on l’entend. Il était en effet plus pratique et sécurisant pour les artistes de remplacer les morceaux de verre fissurés (remontant parfois au milieu du XIXe siècle) par des jonctions plutôt que de changer intégralement les verres en question, dont parfois certains sont introuvables aujourd’hui. Bien évidemment, certaines parties en verre trop endommagées ont été remplacées. Ce travail de restauration des vitres colorées du premier étage du château a donc demandé là aussi une minutie et du génie, il faut bien le dire.
La plupart des luminaires du (Le) Château de la Belle au Bois Dormant n’avaient jamais été refaits (ou quasiment jamais). Des jus de peinture ont été appliqués au cours du temps pour leur redonner un peu de brillance mais ils n’avaient jamais bénéficié d’un soin plus important. La réhabilitation du château a permis cela aussi. Ainsi, tous les luminaires ont été réparés pour certains, repeints et repatinés et les verres ont été changés. Auparavant, ces mêmes verres étaient collés au silicone ce qui rendait leur rénovation plus compliquée. En cas de casse, il était difficile de les changer facilement, ce qui ne sera plus le cas désormais. Bien d’autres éléments décoratifs ont été refaits dans la Galerie ou dans d’autres lieux du château. Les créatifs en charge des draperies ont nettoyé toutes les tapisseries. Les armures ont été rénovées et lustrées. L’ensemble des scènes ont été dépoussiérées et rafraîchies. Les effets lumineux ou mécaniques ont tous été révisés. Le réseau éléctrique a également été refait en parallèle de la réfection de l’éclairage.
L’attraction La Tanière du Dragon a également bénéficié d’une rénovation profonde. L’un des plus grands animatroniques de Walt Disney Imagineering mesurant 24 mètres de long et pesant 2 tonnes est plus en forme que jamais. Ses effets de fumée sont de retour, son bassin a été nettoyé tout comme le reste de sa caverne. Ses éclairages ont également été revus.
Après 50 000 heures de labeur au service de la quintessence de la magie de Disneyland Paris (il a démarré en janvier 2021), le chantier de réhabilitation du château, d’une complexité technique assez notoire, s’est terminé officiellement le 18 décembre de la même année. Il reste cependant encore un certain nombre de travaux à mener sur ce site comme la réhabilitation du pont. Il aurait été aussi intéressant de retravailler l’éclairage de la façade du château en lui offrant quelque-chose de plus proche de sa version de 1992. De plus, la scène du (Le) Théâtre du Château a été volontairement exclue du plan de réhabilitation alors qu’on aurait pu imaginer qu’elle soit au mieux repensée pour affronter la prochaine décennie et s’adapter pourquoi pas aux nouvelles technologies (au pire supprimée). Le Château de la Belle au Bois Dormant a retrouvé sa solidité et son étanchéité d’antan mais aussi et surtout son esthétique. Attraction du Resort parisien à part, cet emblème est désormais considéré comme un monument historique dans l’inconscient collectif et c’est dans cet esprit que tous les ouvriers et imagineers lui ont redonné ses lettres de noblesse. L’exigence de sa rénovation placée au même niveau que tout autre édifice du patrimoine français lui permet de retrouver tout son éclat mais aussi d’appréhender l’avenir sans mal. Le symbole de Disneyland Paris brille plus que jamais grâce aux équipes de la Destination et aux entreprises externes qui se sont réunis pour la plus grande rénovation que le château ait connue depuis son ouverture en 1992.
Avec l’extension du Parc Walt Disney Studios, ce dernier pourra désormais accueillir des spectacles nocturnes ambitieux, présentés sur le lac central. Dès lors, on peut se poser la question de la pérennité des spectacles nocturnes sur Le Château de la Belle au Bois Dormant. Rappelons en effet qu’il avait eu droit à une réhabilitation de mars à septembre 2011, afin de le préparer à Disney Dreams!, puis à une remise en peinture à l’été 2016. Cela ne l’a pas empêché de se dégrader rapidement, et aujourd’hui, il ne serait pas étonnant de voir ces représentations cesser leur rythme quotidien à moyen terme. Cela permettrait à notre château de gagner en longévité, et pourquoi pas, même, de retrouver la végétation de sa tour crénelée gauche. Néanmoins, tout cela n’est pour l’instant pas à l’ordre du jour, et pour l’heure, nous allons devoir supporter encore Disney Illuminations…
































































1 commentaire
il manque un morceau du vitrail au centre, sur celui des trois fées !!!!!!!