Disney s’apprête à se séparer des infirmières syndicalisées employées sur son lot de studios à Burbank, optant pour une sous-traitance via une agence de recrutement médical. Cette mesure, notifiée au syndicat de l’International Alliance of Theatrical Stage Employees (IATSE) Local 80 en juillet dernier, intervient moins d’un an après la négociation d’un nouveau contrat collectif. Sans dramatiser les enjeux, cette transition soulève des questions sur les relations laborales dans l’industrie du divertissement, où la stabilité des emplois syndiqués est souvent mise à l’épreuve.
Une clause contractuelle au cœur du changement
La décision repose sur une disposition du Basic Agreement de l’IATSE (syndicat majeur qui gère tous les métiers de l’ombre dans l’industrie du divertissement aux États-Unis), qui permet la sous-traitance pour des tâches déjà externalisées par le passé au sein de l’unité de négociation multi-employeurs. Disney a informé par écrit le syndicat de son intention, respectant ainsi les garde-fous contractuels actuels. DeJon Ellis, business manager de Local 80, rapporte que la raison invoquée verbalement par l’entreprise est le désir d’éviter les responsabilités directes liées à la fourniture de soins médicaux, en raison des risques de responsabilité. Il ne croit pas que cela soit motivé par des économies financières.
Un source au sein du studio précise que ce changement ne concerne que le lot de Burbank et n’altérera pas les services médicaux offerts aux employés. L’objectif serait de rationaliser les processus administratifs, les ressources humaines et les rapports. Disney a décliné tout commentaire officiel sur l’affaire.
Réactions syndicales et mobilisation naissante
Pour DeJon Ellis, cette initiative représente une « attaque contre le syndicalisme » et une utilisation opportuniste du langage contractuel. Il la perçoit comme une attaque de principe contre les travailleurs syndiqués, simplifiant les relations laborales pour le département concerné. Une pétition en ligne, appelant Disney à maintenir les emplois directs, a déjà recueilli plus de 700 signatures, témoignant d’un malaise croissant parmi les crews locaux.
Local 80 envisage des actions coordonnées, telles qu’un piquet d’information pour sensibiliser le public, bien que rien ne soit encore finalisé. Le timing dépendra de l’échéancier de la transition, qui n’a pas été communiqué à ce jour. Lors des négociations de l’an dernier avec l’Alliance of Motion Picture and Television Producers, l’IATSE avait tenté d’éliminer cette clause ou d’y ajouter des protections supplémentaires, passant des heures à débattre pour préserver les emplois. « Quel est l’intérêt d’un contrat si on peut simplement sous-traiter notre travail ? », s’interroge Ellis.
Un héritage historique remis en question
Les infirmières du siège de The Walt Disney Company à Burbank sont employées sous bannière syndicale depuis 85 ans, un lien ancré dans l’histoire de Disney. Walt Disney lui-même avait fait appel à l’une d’elles, Hazel George, pour soigner une blessure au cou suite à un accident de polo. Elle devint sa confidente privilégiée, aidant même à lever des fonds auprès des employés pour le projet Disneyland en 1952. Par la suite, elle contribua comme compositrice avant de reprendre son rôle de soignante personnelle jusqu’au décès de Walt en 1966.
Local 80 représente les soignants, les services d’artisanat, les marins, les premiers secours et les entreposeurs basés à Hollywood et environs. Les infirmières des studios assurent des soins immédiats aux casts, crews, executives et autres employés, tout en veillant aux protocoles de santé et bien-être sur les sets.
Cette évolution chez Disney illustre les tensions persistantes entre efficacité opérationnelle et préservation des emplois syndiqués, dans un secteur où les contrats collectifs servent de rempart. Après le tollé Kimmel, voilà une raison supplémentaire de protester contre Disney en cette fin d’année, voire de boycotter cette boîte. La différence ici est qu’on parle de vraies gens avec de vrais jobs. On espère que le tout Hollywood se mobilisera comme il l’a fait pour Jimmy Kimmel… Les prochains développements, y compris les actions syndicales potentielles, seront suivis de près par l’industrie.

