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Frank et Ollie – Critique du Documentaire Disney

Le film Frank et Ollie réalisé par Theodore Thomas en 1995 est un documentaire d’une heure vingt-neuf s’intéressant aux deux animateurs de légende Ollie Johnston et Frank Thomas de leurs débuts jusqu’à la réalisation du (Le) Livre de la jungle en 1966. À travers différentes images d’archives, une grande quantité d’entretiens face caméra menés avec les deux artistes, des interviews d’autres animateurs des studios et quelques mises en scène, le film propose de mettre en lumière deux des membres des « Nine Old Men » et leur apport à l’animation Disneyenne. 

Il était une fois la rencontre de Frank et Ollie

Le documentaire commence bien évidemment par la rencontre des deux animateurs en 1931. Entrecoupé du générique du film qui présente un enchainement de photos d’archives de Frank et Ollie de leur plus jeune âge jusqu’à l’époque contemporaine du film, le documentaire met en valeur cette rencontre comme une opération du destin. Les deux hommes se sont rencontrés sur les bancs de leur classe d’art classique à Stanford avant de poursuivre ensuite aux Beaux Arts à Los Angeles. Face caméra, le duo revient également sur la providence de cette rencontre notamment par toutes les coïncidences qui l’ont précédé : leurs mères nées dans la même ville, leurs pères tous deux éducateurs, ou leur tendance à avoir lu et aimé les mêmes livres. Le documentaire prend également le temps d’aborder la première approche que les deux artistes ont eu avec Disney. Ollie se souvient avoir été intrigué par un cartoon mettant en scène Pluto se débattant avec du papier tue-mouche (Pluto Jongleur) et Frank par le cartoon La Souris Volante. Les deux s’accordent sur la manière dont la transmission des émotions dans ces courts métrages les avaient marqué. Frank fut le premier à entrer chez Disney avant d’introduire son ami Ollie, qui bien que peu convaincu au début, ne quitta plus jamais les studios ni son confrère.  

Un documentaire focus sur la période « Walt », la contribution des deux animateurs 

Dans Frank et Ollie, la plupart des intervenants s’accordent sur l’indissociabilité de ce duo emblématique des studios d’animattion Walt Disney mais également sur les progrès qu’il ont réalisé sur l’animation des personnages, en les poussant plus loin que ce que Walt n’aurait jamais imaginé. 

frank et ollie

Pour Blanche Neige et les Sept Nains, Frank et Ollie reviennent assez longuement sur la folle aventure que représentait ce premier long métrage d’animation. John Canemaker (animateur, auteur et histoire) souligne à quel point les équipes avaient mis un point d’orgue à la représentation de la peine dans le film : « pour la première fois dans l’histoire, les dessins mouvants devenaient des dessins émouvants ». Les deux animateurs ont travaillé sur ce premier film mais c’est quelques années plus tard sur Pinocchio qu’ils ont animé pour la première fois une séquence entière (celle de Pinocchio mentant à la Fée Bleue tandis que son nez grandit). Concernant la fin du premier âge d’or du studio, les deux animateurs décrivent une période durant laquelle Walt était de moins en moins présent au studio d’animation, préoccupé par ses nouveaux projets dont le parc à thème Disneyland. Cela permettait pour eux d’avoir également plus de liberté dans leurs activité, même si le contrôle de Walt se faisait toujours plus ou moins sentir au final. Par ailleurs, le documentaire revenant sur les passions et intérêts des deux animateurs permet de faire découvrir au spectateur que la passion de Walt pour les trains lui vient de Ollie qui bien avant lui, nourrissait un intérêt non dissimulé pour ce moyen de transport. C’est ainsi que cette passion communicative de l’animateur a semble-t-il contaminé le père des studios. Le documentaire revient également sur l’apport des deux animateurs sur différents films d’animation des studios et nous apprend ainsi que Frank animait la serrure dans Alice au Pays des Merveilles, tandis qu’Ollie animait Alice. Pour Peter Pan, Frank animait le Capitaine Crochet et Ollie Monsieur Mouche. Les deux animateurs sont ainsi particulièrement doués pour faire interagir des personnages entre eux et créer des dynamiques de relation unique. On apprend également que les scènes des écureuils dans Merlin l’Enchanteur ou le personnage de Penny dans Bernard et Bianca sont animés par Ollie. 

Le tour d’horizon des films d’animation se termine par Le Livre de la Jungle. Pour ce film d’animation projeté dans un contexte de deuil bien particulier, les deux animateurs décrivent sa période de production. Ils ont réalisé à eux deux plus de la moitié du film et notamment toute la relation entre Mowgli et Baloo. La scène de fin avec la petite fille fut abordée lors d’une réunion ultime avec Walt avant sa mort. Ollie était par ailleurs assez opposé à cette scène au départ, on lui en confia malgré tout l’animation et c’est en travaillant dessus qu’il finit par l’apprécier. Frank note par ailleurs que même si Walt ne travaillait plus autant au studios depuis six ou sept ans, son départ a laissé un énorme vide. 

Se souvenir des autres… 

Si le documentaire fait un focus sur les deux animateurs Frank Thomas et Ollie Johnston, par l’intermédiaire de leur témoignage, c’est toute la génération des « Nine Old Men » et de leurs anciens qui est mise en avant. Les deux animateurs reviennent sur les figures marquantes de l’époque des Silly Symphonies avec Ferguson Moore et Hamilton Luske. C’est assez intrigant de remarquer la fascination et le respect avec lequel Ollie et Frank parlent de leurs ainés, de la même manière que la génération d’animateurs des années 1980 emmenée par Glen Keane notamment, parlait justement des Neuf Vieux Sages. On ressent complètement la transmission intergénérationnelle entre ces grandes familles d’artistes. Ollie raconte même avoir accroché à sa fenêtre le stylo de Fred Moore avec lequel ce dernier avait dessiné Blanche Neige et Pinocchio pour se souvenir de lui et de tout le travail qu’il a accompli.

Les deux animateurs reviennent également sur la figure emblématique de Walt. Frank le voyait comme un professeur, ils avaient la même vision d’animation des personnages. Ollie ajoute que Walt connaissait tous les aspects de l’animation et cela lui a fait comprendre comment il réussissait à faire tourner la machine. 

L’approche des deux légendes sur l’animation

Une bonne partie du documentaire s’intéresse à la manière dont Frank et Ollie envisageaient et travaillaient l’animation. D’abord en écoutant l’un décrire le procédé de l’autre : Frank Ollie est ainsi plus intuitif, il doit ressentir les choses à l’intérieur pour pouvoir animer. Une note sur son bureau lui rappelait toujours de se demander « que pense le personnage et pourquoi ? ». Ollie qualifie pour sa part la technique de Frank comme plus analytique, expliquant qu’il prenait des notes sur tout, qu’il avait besoin de tout planifier. Glen Keane, interrogé à ce sujet, décrit les dessins d’Ollie comme composés d’un trait qui effleure à peine le papier, comme si il semblait réfléchir à la manière de représenter les choses le plus simplement possible. Andy Gaskill décrit au contraire les dessins de Frank comme des milliers de lignes attestant de la recherche constante de l’animateur. 

La qualité indéniable d’animation des personnages de Frank et Ollie vient également de leur tendance à jouer, interpréter leurs personnages à la manière d’acteurs. Le documentaire propose à ce sujet de nombreuses reconstitutions dans lesquels on peut voir les deux animateurs se mettre en scène et interpréter les dialogues de leur personnage à la manière dont ils avaient dû le faire à l’époque avant de les animer sur papier. On voit ainsi également dans un extrait d’une ancienne émission Frank prononcer les dialogues face à un miroir pour dessiner ensuite la bouche de son personnage. Cette manière de procéder correspond à la précision qu’Ollie fait de l’importance d’observer toutes les subtilités pour les reproduire dans l’animation. 

Par ailleurs, les deux animateurs étaient surtout réputés pour travailler ensemble et se compléter l’un et l’autre. Leurs femmes, interrogées à plusieurs reprises dans le documentaire, expliquent ainsi comment ils modifiaient les dessins de l’autre. Elles précisent également la raison pour laquelle ils s’entendaient si bien : il n’y avait pas de chef entre eux, leur manière de travailler était toujours complémentaire et bénéfique aux deux. Pour Glen Keane, l’excellence de leur travail c’était justement qu’ils savaient qu’on ne faisait jamais mieux qu’en équipe. Leur complicité visible dans toutes les pièces d’archives autant que dans leurs mises en scènes pour ce documentaire semble être ainsi la recette magique de leur animation si unique dans les studios de l’oncle Walt. 

Un documentaire bien ficelé mais quelque peu vieillissant

Le fond de ce documentaire est comme nous le voyons, riche d’informations, traitant à la fois de la relation entre les deux animateurs mais égalementde leur regard et leur apport à l’animation. Le documentaire est rythmé par des images d’archives : images de court ou long métrages des studios  Disney mais également externes (comme l’extrait sur Charlie Chaplin) ; des extraits d’émissions avec Walt ; des entretiens face caméra des deux animateurs, de leurs femmes, d’historiens et d’autres animateurs des studios ; des photographies d’archives et enfin des mises en scène d’Ollie et Frank dans leur maison ou leur jardin (principalement entre eux, avec leurs femmes ou avec leurs chiens). Toutefois nous devons noter que le documentaire prend une forme assez brute avec des intertitres sur fond noir qui découpent les différentes parties et que l’ambiance sonore musicale en fond (le documentaire est en grande partie dépourvu de support musical et principalement silencieux à l’arrière des dialogues) reste un peu vide. Enfin, le découpage manque lui aussi de dynamisme. Ayant été réalisé en 1995, il correspondait assez bien à ce qui se faisait dans le genre du documentaire à cette époque et souffre peut être simplement d’un regard contemporain. D’autres parts, certains intervenants interrogés dans les face caméra ne sont pas introduits par un intertitre et sont donc plus difficilement identifiables. Enfin, malgré quelques légères mises en scènes où on devine Frank et Ollie en train de travailler sur les livres qu’ils ont écrit, il aurait été intéressant que le documentaire explore un peu plus cet aspect de leur création aussi : notamment avec l’incroyable livre The Illusion of Life rédigé en 1981, référence sur l’animation. De même, le choix de ne pas aller au-delà du (Le) Livre de la Jungle est regrettable puisque la carrière des animateurs s’étend jusqu’à Rox et Rouky en 1981. L’affiche même du documentaire présentant les deux animateurs entourés des personnages qu’ils ont créé montre l’oncle Waldo, personnage du film Les Aristochats, néanmoins jamais présenté dans le documentaire. En somme, si le contenu du documentaire est particulièrement intéressant, il faut cependant soulever quelques manques et une forme peut être visuellement moins agréable aujourd’hui. 

frank et ollie

Un documentaire bienveillant et informatif 

Réalisé, produit et écrit par Theodore Thomas, le fils de Frank , le film fut présenté pour la première fois le 22 janvier 1995 au Festival du Film de Sundance, avant d’obtenir une sortie dans les salles américaines de manière limitée le 20 octobre de cette même année. Ayant bénéficié d’une première sortie en vidéo en VHS, il fut ensuite réédité en DVD dans une édition spéciale contenant des commentaires, un son ambiophonique Dolby Digital 5.1, une reportage en coulisses, des séquences des toutes premières animations de Frank et Ollie réalisées pour Disney, et certains des films personnels des artistes. Le film est disponible sur Disney+ depuis le lancement de la plateforme.

Frank et Ollie est un documentaire particulièrement appréciable pour son apport informatif sur deux animateurs emblématiques du XXe siècle chez Disney. Les animateurs présents sur une trentaine de films d’animation des studios et auteurs de différents ouvrages qui font honneur à l’animation et aux personnages des films, sont ainsi mis sur le devant de la scène et présentés avec beaucoup de bienveillance. La complicité et l’amitié sans faille qui unit les deux prodiges de l’animation est placée au cœur du documentaire. Si nous regrettons que le documentaire ne creuse pas la période post-Walt en montrant notamment toute la période de renouvellement générationel que Frank et Ollie ont accompagné, on peut malgré tout se satisfaire d’une quantité foisonnante d’anecdotes sur la période des années 1940 à 60 ainsi qu’un regard éclairant sur l’animation des deux légendes.



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