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La Luna – Critique du Court-Métrage Pixar

La Luna, sorti en 2011 est l’œuvre du réalisateur italien Enrico Casarosa pour les studios Pixar. Projeté en salles de cinéma en première partie du film Rebelle, il est diffusé pour la première fois dans le cadre du Festival international du Film d’animation d’Annecy de l’année 2011. Ce réel écrin poétique sublimé par une esthétique et une animation épurée, le court-métrage est véritablement unique dans le répertoire des studios. L’histoire de cette famille en charge de nettoyer la lune et de lui faire passer ses différentes phases, touche le public et permet au cartoon de recevoir une nomination aux Oscars et aux Annies Awards en 2012 dans la catégorie Meilleur Court-Métrage d’Animation.

La Luna, des inspirations poétiques, un conte universel

La Luna, court-métrage traitant de l’astre lunaire, de la famille et surtout de l’enfance n’est pas sans rappeler bien des histoires le précédant. La plus évidente d’entre elles reste assurément Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry publiée en 1943. En effet, un thème se dessine entre les deux oeuvres comparées, le destin d’un enfant. Dans La Luna, le petit garçon représente la dernière génération de sa famille ; dans le conte de Saint-Exupéry, le petit prince ne semble jamais grandir. Ces deux contes sont à découvrir avec un œil naïf et émerveillé. Il sont également porteurs d’allégories et de symboliques oniriques appuyées chez l’un et l’autre par des caricatures. La Luna présente avec ses trois protagonistes des figures aux traits plus exagérés qu’autre chose. Leur comportement très italien de par leur gestuelle et leur langage, mais aussi la posture générationnelle de chacun d’entre eux (grand-père, père et enfant) sont des marqueurs forts. Dans le conte de l’aviateur, ce sont les différents métiers et attitudes des personnages rencontrés par le petit prince qui font de ces derniers des caricatures vivantes.

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Par ailleurs, le cour-métrage d’Enrico Casarosa pourrait également tirer son inspiration d’un ouvrage écrit par Italo Calvino (un italien également), La Distance à la Lune. Dans ce livre, les humains en quête de ce qu’ils appellent le lait lunaire se rendent sur l’astre à l’aide d’une échelle, tout comme la petite famille italienne de La Luna, qui, après avoir amarré leur ancre utilisent également une échelle pour rejoindre la lune. Enfin, une inspiration cette fois-ci cinématographique ne peut être écartée. Le Voyage dans la Lune de Georges Mélies en 1902 est assez évident : le thème de la lune fascine romanciers, animateurs et réalisateurs et Enrico Casarosa s’inscrit avec talent dans cette tradition. La musique qui accompagne le court-métrage baigne également dans la nostalgie. Les instruments à corde dominent à l’oreille et on sent l’identité italienne que le réalisateur, à son image, veut apporter à son court-métrage. Le compositeur Michael Giacchino (Cars 2, Zootopie, Coco…) est maître dans l’art d’apporter une origine et une inspiration musicale aux animations qui lui sont confiées. Ancré dans une tradition littéraire et cinématographique, le court-métrage réalisé par Enrico Casarosa se caractérise par une authenticité, une patte nostalgique qui se ressentent dans son traitement et sa poésie.

Une histoire portée par une animation épurée

L’animation du court-métrage se veut délibérément simpliste, les traits des visages sont assez sommaires et les silhouettes se veulent grossières et cartoonesques. Cela n’a rien d’étonnant et ne tient non plus pas du hasard. Toute la séquence est perçue à travers les yeux du petit garçon qui offre son point de vue sur les événements mais également sur l’environnement qui l’entoure. L’esthétique générale du court-métrage a en cela un trait qui tient de l’enfantin. L’accent est principalement porté sur le jeu des clairs-obscurs et des éclairages. Cela est assez logique quand on y pense puisque le court met en avant la lune comme personnage à part entière de son histoire. L’opposition dans plusieurs plans entre la lumière de la lune et le ciel d’un bleu très foncé, mais également avec l’eau de la mer sombre et obscure offre des tableaux magnifiques au spectateur. Les étoiles apportent des touches de lumières plus vives encore, leur représentation à cinq branches, encore une fois comme le percevraient des enfants, donnent du relief à l’animation et procurent également des plans mémorables (par exemple, lorsque le petit garçon, ayant brisé une étoile géante, plane quelques secondes au milieu d’une multitude de plus petites météores). Le traitement des personnages est également très intéressant. Trois générations sont représentées, le grand père, le père et le dernier fils. Les deux plus âgés souhaitent introduire le dernier de la lignée dans leur travail, nettoyer la lune pour en dégager ses différentes phases. L’attitude des deux plus vieux est facilement identifiable ; le spectateur sent qu’ils ont l’habitude de travailler ensemble par leur tendance à se chamailler.

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Leur différence est également mise en avant dans l’animation à plusieurs moments. Que ce soit leur façon de mettre leur casquette, et d’influer sur le petit garçon à les imiter, ou bien leur moustaches bien distinctes et similaires à l’outil qu’ils utilisent pour nettoyer la lune, ce qui fait rire le dernier de la famille. La carure frêle du grand-père ou au contraire très carrée et forte du père apporte encore du caractère et de l’identité cohérente avec l’âge des deux personnages. Le petit garçon est lui tout en rondeur, son visage semblable à ses yeux qui s’écarquillent à de nombreuses reprises, témoignant de la curiosité du personnage en lien avec son jeune âge. La lune, fière, immense apparait comme un personnage de premier ordre, au cœur du lien qui unit ces trois générations d’une même famille. Elle leur donne l’occasion de s’adonner à une activité commune, presque ancestrale pour cette tribu. Si les deux plus âgés veulent d’abord imposer leur manière de faire et leurs outils à leur progéniture, l’habileté avec laquelle ce dernier les débarrasse d’une étoile trop grande pour être nettoyée de la surface lunaire, lui permet d’imposer sa propre technique. Le message évoqué par la poésie de ce court-métrage en ressort ainsi comme ambassadeur de l’identité de chacun, de la manière dont, aussi fort soient les liens familiaux, chacun est à même de grandir en suivant son propre chemin et suivant ses propres moyens. Le respect que lui accordent ses ainés à la fin des sept minutes d’animation semble en ce sens la récompense la plus touchante que le petit garçon pouvait recevoir.

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Une ode à la famille soutenue par une poésie évocatrice

Sous la lumière de la lune et veillés par le calme de la mer, les trois protagonistes du court-métrage de Casarosa offrent au spectateur une bulle de poésie bercée par une animation douce et significative. De loin le plus emprunt de tradition onirique, le court-métrage La Luna, porté par le regard enfantin de son personnage principal a cette magie d’émerveiller aussi bien les plus petits que les plus grands. Le sujet universel de la famille abordé sur le fond fascinant de l’astre lunaire ravit tous les publics de tous âges et toute origine. 

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