Plusieurs générations après le règne de César, les singes ont définitivement pris le pouvoir dans La Planète des Singes : Le Nouveau Royaume dont voici notre critique. Les humains, quant à eux, ont régressé à l’état sauvage et vivent en retrait. Alors qu’un nouveau chef tyrannique construit peu à peu son empire, un jeune singe entreprend un périlleux voyage qui l’amènera à questionner tout ce qu’il sait du passé…
La Planète des Singes : Le Nouveau Royaume offre un nouveau beau chapitre à la saga fantastique née en 1968. Le film de Wes Ball est un véritable spectacle visuel malgré un rythme inégal et des personnages secondaires inutiles. Mais il parvient malgré tout à captiver grâce à une vision audacieuse et mûrie d’un futur dystopique.
La Planète des Singes, une saga fantastique culte mais pourtant sous-estimée
Sorti en 1968, La Planète des Singes a été un bouleversement dans le monde cinématographique. La scène finale avec Charlton Heston reste encore dans les mémoires. Pourtant, les suites n’arriveront jamais à égaler le film original. Malgré dix films, la franchise de La Planète des Singes a eu plus de difficultés à durer dans le temps contrairement à d’autres franchises fantastiques telles que Star Wars ou Alien. Cela change un peu à partir de 2011 avec le reboot La Planète des Singes : Les Origines par les scénaristes Rick Jaffa et Amanda Silver (qui signeront plus tard les scénarii de la réadaptation en prises de vue réelles de Mulan pour Disney et d’Avatar : La Voie de l’Eau pour 20th Century) avec le roi de la motion-capture, Andy Serkis qui endosse le rôle principal, César, un singe élevé parmi les humains avant de devenir un leader se battant pour la survie de ses semblables. Réalisée par Rupert Wyatt et Matt Reeves, cette trilogie a été un succès critique et public entre 2011 et 2017.

Peu de temps après le rachat de 20th Century Fox par Disney, la firme aux grandes oreilles a annoncé qu’un nouveau film de la saga La Planète des Singes allait voir le jour avec les retours de Rick Jaffa et Amanda Silver au scénario. L’objectif de ce film est d’être à la fois une suite de la trilogie précédente mais aussi un reboot mettant en avant de nouveaux personnages.
Que vaut ce nouveau chapitre de La Planète des Singes ?
La Planète des Singes : Le Nouveau Royaume débute plusieurs années (cela n’est pas précisé clairement) après la fin de l’histoire de César. Les singes vivent désormais en liberté loin des hommes et ont appris à vivre en communion avec la nature. Si l’ombre de César plane toujours, certaines tribus ne connaissent pas réellement son héritage comme celle de Noa (Owen Teague), un jeune singe qui est le fils d’un chef de village respecté. Un soir, le village de Noa se retrouve envahi par une armée de grands singes qui va capturer son clan. Ce dernier va entreprendre un voyage pour retrouver ses proches. Sur sa route, il va croiser Raka (Peter Macon), un orang-outan qui a appris à croire aux préceptes de César et Mae (Freya Allan), une humaine solitaire qui cache bien des secrets.

Noa va découvrir que sa famille est retenue prisonnière des mains de Proximus César (Kevin Durand), un grand singe brutal qui s’auto-proclame héritier de César. Proximus veut l’extinction de la race humaine mais avant cela, il veut découvrir le secret de leur évolution.
Le Nouveau Royaume est un grand film spectaculaire et s’inscrit dans la droite lignée de la trilogie précédente avec quelques hommages au film original ici et là. Il n’est pas obligatoire de revoir tous les films de la saga mais néanmoins recommandable de (re)voir ne serait-ce que la trilogie de César pour comprendre son influence. Wes Ball qui a réalisé la saga Le Labyrinthe a su installer un film d’aventure porté par un duo marginal qui va s’entraider malgré leur méfiance réciproque.

Sans pour autant avoir le charisme de César, Noa est un personnage attachant qui souhaite au départ rendre fier ses parents. Son aventure va le rendre plus affirmé, lui conférant une âme de leader naturel. Sa rencontre avec Mae va changer son destin et sa façon de voir les choses sur les rapports entre les singes et les humains.
Critique d’un nouveau royaume immersif
Le film est d’une incroyable beauté visuelle de par ses décors (qui n’ont pas à rougir face à ceux d’Avatar : La Voie de l’Eau) que par la prestation des comédiens interprétant les singes grâce à la technologie de Weta avec également la participation d’Andy Serkis en coulisses. Les techniques engagées dans la trilogie précédente atteignent ici une dimension supérieure avec des visuels photoréalistes bluffants et une expressivité sur les visages des singes assez remarquable. En outre, Wes Ball est parvenu avec ses équipes à offrir une histoire dans un cadre saisissant, où une nature luxuriante a définitivement repris le pas sur la civilisation humaine, dont les reliques témoignent d’une gloire passée. De par son esthétique, le film permet de souligner de manière assez explicite à quel point la nature peut constamment dominer l’homme et évoluer.

L’histoire du (Le) Nouveau Royaume est prenante mais il est vrai que le film souffre d’un manque de rythme, en particulier dans la première partie de son histoire. Il manque également un souffle épique malgré de nombreuses scènes d’action musclées. Enfin, exceptés Noa et Mae, les autres personnages périphériques manquent de profondeur. Prenons par exemple Proximus César qui est pourtant l’antagoniste principal. Il n’intervient qu’à partir de la deuxième partie du film et est présent au final dans très peu de scènes qui sont certes marquantes mais pas assez pour faire de lui un personnage mémorable. Idem pour Trevathan (William H. Macy), un scientifique humain retenu captif par Proximus César qui ne sert pas à grand chose. Ce qui n’est pas le cas de la mère de Noa, Dar (Sara Wiseman) ainsi que ses deux meilleurs amis Soona (Lydia Peckham) et Anaya (Travis Jeffery) qui sont beaucoup plus présents et servent le récit.

Le film excelle aussi par ses moments d’humour et d’émotio , notamment dans les interactions entre les singes. Il est pour le moment difficile de se projeter mais en cas de succès, La Planète des Singes : Le Nouveau Royaume pourra devenir le premier volet d’une nouvelle trilogie mais d’un autre côté, ce film peut se suffire à lui-même.

Sans être épique et avec quelques tours prévisibles dans son scénario, La Planète des Singes : Le Nouveau Royaume est un grand blockbuster dans le sens noble du terme, qu’on vous recommande par cette critique : un film la fois robuste et vertigineux par moments. Le film regorge de scènes d’action efficaces et de prouesses visuelles. Mention spéciale à Owen Teague et Freya Allan qui portent vraiment le film de bout en bout et arrivent à s’accaparer au mieux le fard de captures de mouvements pour faire transparaître des émotions profondes et parfois complexes. On regrette néanmoins le peu de présence des rôles secondaires qui ne servent finalement pas le récit. Mais il reste une digne suite de la saga avec son traitement toujours fin de thématiques philosophiques et sociétales comme la co-existence entre plusieurs espèces ou cultures, le maniement du pouvoir, la quête de liberté ou la survie. Enfin, il ouvre la voie à un vaste potentiel dans la franchise.


