Disneyphile
Image default

Leçon de Cinéma : les studios d’animation Walt Disney et Kugali présentent Iwájú

Dans le cadre du Festival International du film d’animation d’Annecy, les équipes des studios d’animation Walt Disney et Kugali ont proposé le 16 juin 2021 une leçon de cinéma pour présenter leur nouvelle création commune : Iwájú. La conférence s’est tenue en présence de Jennifer Lee (productrice exécutive), Natalie Nourigat (responsable histoire), et Marlon West (superviseur des effets spéciaux) pour les studios Walt Disney ainsi que Ziki Nelson (auteur-réalisateur), Tolu Olowofoyeku (directeur technique) et Hamid Ibrahim (chef décorateur) pour les studios Kugali. Si les intervenants se sont montrés quelque peu silencieux sur la trame narrative et les personnages de leur nouvelle série, ils se sont fait un plaisir non feint à développer l’univers dans lequel leur histoire prend place. Cette série, fruit de cette collaboration étroite entre les studios de Walt et la société panafricaine d’animation et de bandes dessinées Kugali, doit voir le jour sur la plateforme de streaming Disney+ en 2022. Elle prendra place dans les décors futuriste de Lagos au Nigéria où elle traitera de sujets sensibles et actuels comme le fossé entre les classes sociales. 

Lagos, place centrale de cette nouvelle série originale Disney+

Une grande partie de la conférence a porté sur le lieu choisi pour servir de décors à la série : Lagos au Nigeria. Tolu Olowofoyeku des studios Kugali explique que cette ville est la capitale commerciale du Nigeria et qu’elle a cette particularité de se diviser en deux zones distinctes que sont l’île et le continent. Chaque zone propose une sensation unique et distincte. On retrouve notamment la population la plus riche au cœur de l’île et la population plus modeste sur le continent. Ce contexte particulier et cette distinction sociale géographique offrent alors une base très intéressante pour l’histoire. Nelson ajoute à cela combien la représentation au sein de cette série d’une ville à la fois étrange et merveilleuse permet de donner l’opportunité aux gens d’avoir une vision plus holistique du Nigeria. La conférence est également revenue sur la réputation dangereuse de la ville. Ziki explique que ce qui est intéressant, c’est de voir les gens utiliser leur créativité et leur ingéniosité pour tirer profit de chaque situation. C’est ce qui inspire en grande partie l’énergie et la direction de cette série.

annecy 2021
Logo de la future série

L’équipe de Iwájú revient sur les décors de la série à Annecy

Les intervenants de la conférence sont revenus plus longuement encore sur le parti pris architectural de ce Lagos futuriste, ils ont également pu appuyer leurs propos de visuels inédits. Hamid explique qu’à partir de cette distinction entre population riche de l’île et modeste du continent, ils en ont accentué par cent l’écart. Le continent ressemble à ce qu’il est aujourd’hui mais avec des grandes tours pour contenir la densité exponentielle de population. Ces tours sont ainsi comme des villes à la verticale qui contiennent tous les habitants de cette zone. Au contraire, l’île semble plus aérée avec plus d’espace. Chaque construction tient lieu d’une œuvre d’art africaine dans laquelle les plus riches vivent. Hamid prend pour exemple la maison du personnage principal qui se trouve dans l’île et donc dans le quartier riche de la ville. Elle prend la forme architecturale des chapeaux traditionnels nigériens transposés dans des lignes très futuristes. La maison est unique au sein du quartier riche de l’île et traduit donc le fait que la famille qui y vit fait partie des plus riches parmi les riches. 

La technologie, moteur essentiel et central au sein de la série 

Cette distinction des classes sociales visible au premier coup d’œil par l’architecture globale et distincte entre les deux parties de la ville se ressent également dans tous les autres aspects de l’univers de Iwájú. Hamid continue ainsi son explication en revenant sur l’utilisation du téléphone portable. Dans cette ville futuriste, ceux qui utilisent encore cet appareil sont bien les classes modestes du continent, tandis que les classes plus aisées utilisent des lunettes de réalité augmentée. D’autre part, ce qui a fait sensation durant cette conférence, ce sont les informations liées à la conception des voitures dans la série. Hamid revient en effet sur toute l’ingéniosité qui a été invoquée pour ces moyens de transports. Il distingue ainsi plusieurs classes de voiture qui ont toutes à voir avec le niveau de vie du possesseur. La première classe regroupe des voitures aux roues sphériques qui se déplacent au sol à la fois tout droit mais également latéralement. La deuxième classe se compose des voitures agrémentées d’hélices en dessous du véhicule qui permettent un déplacement vertical en volant. Les voiture peuvent ainsi desservir les différents et nombreux étages des immenses tours qui composent le continent. Enfin, les voitures les plus luxueuses possèdent également des hélices, mais elles se déplacent cette fois dans tous les axes et sont évidemment beaucoup plus belles. Pour imager la distinction des classes sociales au sol, Hamid prend l’exemple d’une voiture de la dernière catégorie avec celle des plus pauvres : sur le sol rempli de nid de poule de Lagos, les voitures de première classe s’enfonceront et buteront contre ces aspérités de la route, tandis que les voitures les plus riches, glisseront dessus grâce à leurs hélices. Par ailleurs, Hamid ajoute qu’il y’aura également des exosquelettes qui permettront aux habitants de la ville de tout simplement voler au côté des voitures. Cela permettra de conserver l’esprit commerçant de la ville avec tous ces marchands qui vous arrêtent pour vous vendre tout un tas de chose sur la route. Cela pourra également se faire par les airs. 

Des thèmes forts et une histoire encore bien mystérieuse pour Iwájú

La question tant attendue durant cette conférence fut bien entendue celle ayant attrait aux personnages et à la trame narrative, à l’histoire, qui doit habiter ce riche univers. Les intervenants furent toutefois bien muets à ce sujet, ne voulant pas s’avancer sur un projet peut être encore un peu trop jeune. Tout ce qui fut communiqué est que même si l’histoire part bien de l’univers, de la ville et non des personnages, il y aura toutefois des protagonistes bien présents. Tous les personnages n’auront pas le même temps d’écran. Concernant les thèmes centraux, Tolu et Ziki mettent l’accent dans leur réponse sur le fossé entre les classes sociales, les inégalités. Ils expliquent que c’est une partie importante de la réalité quotidienne au Nigeria et dans beaucoup d’endroits. Il veulent montrer les conséquences de cela dans la société. Il est également question de la remise en question de l’ordre établie. Il y a un véritable message sur les aspirations et le désir de faire avancer la société de manière plus positive. 

iwaju annecy
Premier concept-art révélé lors de la Journée des Investisseurs de Disney le 10 décembre 2020

La collaboration, l’atout essentiel de cette nouvelle série originale 

Au sein même des studios Kugali, Ziki et Tulu formait un duo nigérien de longue date, rejoint ensuite par Hamid venant d’Ouganda. Au départ, Kugali était un podcast qui s’intéressait aux comics, aux jeux vidéos et à l’animation. Après deux saisons de podcast, ils réalisèrent qu’ils avaient parlé de tout ce qu’ils avaient envisagé et ils ne voulaient plus tellement parler du contenu que se mettre à en créer. Jennifer explique de son côté qu’elle a découvert Kugali en lisant les actualités sur internet titrant « une société panafricaine s’attaque à Disney ». Il s’agissait d’une vidéo montrant ce que ces studios faisaient et la manière dont ils partageaient des histoires sur l’Afrique. La directrice artistique des studios Disney explique que l’une des missions qu’elle souhaite voir apparaitre chez Disney est de laisser les gens du monde entier raconter leur histoire. C’est ainsi qu’elle a pensé contacter ces studios locaux. Elle ajoute avoir été éblouie par leur narration. C’est à partir de là qu’elle a eu l’idée de faire quelque chose avec eux et de créer des épisodes. Il était évident dès le départ que le projet devrait prendre le format d’une série. Si Jennifer reconnait les talents incroyables et surtout très complets qui composent la société Disney, elle exprime avoir constaté à son arrivée un manque de diversité. Diversifier la narration est devenu un enjeu essentiel pour elle ce qui explique cette première collaboration avec une société extérieure. Collaborer avec les studios Kugali a pour la directrice permis aux studios Disney de s’améliorer. 

Les traditionnels conseils aux étudiants en animation

Comme très souvent dans le cadre des conférences qui prennent place au Festival international du film d’animation d’Annecy, il est habituel de demander aux intervenants professionnels leurs conseils pour la nouvelle génération d’animation. Les différents membres des studios Walt Disney et Kugali ont répondu avec enthousiasme à la sollicitation. Pour Natalie (présente également au festival pour l’avant première de son court métrage Far From the Tree), toute histoire à raconter a sa place dans le monde. L’authenticité, la soif de nouveaux projets, de nouvelles histoires permettent à tout un chacun de vraiment sortir du lot. Pour Marlon, il faut être bon dans ce que l’on fait, travailler dur, avoir du cran, de la ténacité. Savoir se relever et toujours demander des explications pour avancer et s’améliorer. Dans le même esprit, Hamid ajoute qu’il faut être soi-même et pas une copie des autres. Tolu parle lui des illusions que sont les limites. Il explique qu’il faut savoir que les limites sont pour la plupart fausse, que la seule limite est son imagination et qu’il faut toujours penser aux solutions pour les dépasser. Du côté de Ziki, il insiste sur le principe d’être amoureux de ce que l’on fait. Il compare le métier d’animation à la relation amoureuse. Transformer un passe temps en métier, c’est dépasser la période romantique et fantasmée pour entrer dans le concret et les réalités. Le moment où il faut se mettre à vraiment travailler la chose. Pour lui cela ne peut se concrétiser qu’avec l’amour de ce métier et de ce que l’on y fait. Enfin, Jennifer termine sur l’importance de la collaboration. Cette collaboration qu’il ne faut pas voir comme des compromis frustrants mais comme un moyen d’évoluer et de s’améliorer avec les autres. Pour elle, aucun autre domaine que l’animation ne requiert autant cet amour de la collaboration. La bonne approche pour la directrice est d’avoir une vision de ce que l’on veut créer avec les autres, d’inspirer les autres et de se laisser inspirer par eux. Le projet Iwájú est ainsi pour Jennifer un bon exemple de ce qu’il est possible de faire grâce à la collaboration. Ce qui permet d’avoir ce type de résultats, c’est bien ce travail collectif. 

Annecy 2021 : Iwájú est une série innovante

Si au terme de cette conférence, nous ne sommes toujours pas plus informés sur la direction narrative de ce nouveau contenu original Disney+, les intervenants des studios Walt Disney et Kugali ont eu à cœur de partager avec nous l’avancée visuelle de l’univers ainsi que le contexte unique de cette toute première collaboration entre les studios soufflant bientôt leur centenaire et le studio africain plus jeune mais non moins talentueux. D’un enthousiasme communiquant, les différents membres de cette équipe créative et technique sont revenus sur la ville de Lagos et sa transposition futuriste dans le cadre de Iwájú. Entre authenticité, respect de l’environnement africain, et imaginaire futuriste, la série promet d’offrir un environnement et un univers riche et particulièrement exhaustif de ce monde orignal. Les thématiques abordées dans les décors, le fossé entre les classes sociales et la remise en question de l’ordre établi sont particulièrement sensibles et d’actualité qui permettront sans le moindre doute à la série de raisonner auprès du public. Hamid promet un projet qui ne s’inscrira pas dans l’animation traditionnelle des studios Walt Disney mais un résultat tout à fait original et propre à cette collaboration unique. Il ne fait ainsi aucun doute malgré la jeunesse encore palpable du projet que ce dernier inscrira à sa sortie en 2022 une page essentielle de l’animation et de la politique de création au sein des studios de l’illustre Walt. 

« C’est une vraie collaboration. Ce n’est pas Disney en quelque sorte qui pousse notre vision sur Kugali », a déclaré Jennifer Lee, directrice de la création des Walt Disney Animation Studios . « Il s’agit d’une collaboration dans la mesure où les deux sociétés en tirent quelque chose et se soutiennent mutuellement. »

(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({});

© Disneyphile 2021 / Tous droits réservés / Reproduction interdite

Laisser un commentaire

* En utilisant ce formulaire, vous acceptez le stockage et la gestion de vos données par ce site.