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Michel Legrand est mort, clap de fin…

Créateur des bande-originales non moins légendaires des films Les Parapluies de Cherbourg, Peau d’Âne et Les Demoiselles de Rochefort, mais aussi de dizaines d’autres films, l’immense Michel Legrand nous a quitté subitement dans la nuit du samedi 26 janvier 2019 à Paris, alors âgé de 86 ans. Compositeur, arrangeur, pianiste, chef d’orchestre mais également chanteur, ce génie du patrimoine musical et cinématographique français, il fut probablement, aux côtés de John Williams, le plus grand compositeur de musiques de films en activité dans le monde de ces dix dernières années. Michel Legrand a consacré sa vie entière à la musique, qui le lui a bien rendu.

Michel Legrand : sa musique résonne au Parc Walt Disney Studios depuis 2002

Evoquer ce grand personnage, c’est nécessairement fredonner des airs mythiques qui ont soit bercé notre enfance, ou soit marqué un moment de notre vie. Certes, son nom est indissociablement associé à celui de Jacques Demy, pour avoir laissé à l’Histoire du Cinéma français les plus belles musiques de comédies musicales. Mais on lui doit aussi plus de 150 partitions, une oeuvre titanesque. Grâce au septième art, Michel Legrand a pu s’adonner à toutes les expérimentations sonores en passant de la musique de chambre dans Le Messager, de Joseph Losey, en 1970, à la valse populaire, au jazz crooner, aux percussions latines ou à la pop music. Né d’un père musicien autodidacte qu travaillait pour Ray Ventura, Michel Legrand est plongé dans la musique dès le plus jeune âge, faisant ses premiers pas au Conservatoire national supérieur de Paris à l’âge de 10 ans. Après Schubert, il découvre en 1948 le doux plaisir du jazz à l’occasion d’un concert du trompettiste américain Dizzy Gillespie à Pleyel. C’est une nouvelle révélation.

Un mélomane invétéré

Dès l’âge de 20 ans, il choisit de se tourner vers le music-hall pour gagner sa vie. Il est engagé par Henri Salvador puis rejoint, en qualité de directeur musical, la troupe de Maurice Chevalier. Sa rencontre avec le cinéaste Jacques Demy se fait sur un projet de 33-tours d’ambiance reprenant des standards consacrés à Paris, commandité par le label new-yorkais Columbia. Les américains adoptent le ton frenchy de Legrand grâce à ce 33-tours I Love Paris. Columbia poursuit sa collaboration avec le futur maître en lui confiant la direction d’un nouvel album en 1958, Legrand Jazzinvitant en une seule et même compilation John Coltrane, Bill Evans et Miles Davis (entre autres). De son séjour aux Etats-Unis, il en revient avec un esprit imprégné de rock’n’roll, un genre qu’il mettra à profit dans des films jazzy créés avec Boris Vian et Henri Salvador s’il-vous-plaît, les trois se dissimulant sous des pseudonymes.

« Le tact dans l’audace, c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin »

Beaucoup d’artistes ont l’honneur de pouvoir chanter avec l’orchestre de Michel Legrand aux quatre coins du monde : Dario Moreno, Jacqueline François, Zizi Jeanmaire, Claude Nougaro ou encore récement Nathalie Dessay. Le compositeur lui-même s’essaiera à pousser la chansonnette, encouragé par Jacques Brel en 1962. C’est en 1964 qu’il offre à son public un monument de la musique française, l’album Archi-cordes, fait de thèmes emprunts au jerk, twist ou à la surf music.

Michel Legrand Cinemagique

Le cinéma, tournant de sa carrière

Après des premiers essais de composition de musiques de films dans des documentaires signés de François Reichenbach au début des années 1950, Michel Legrand se plonge à la fois dans la Nouvelle Vague en travaillant avec des Agnès Varda, Jean-Luc Godard ou François Truffaut pour ne citer qu’eux, mais aussi dans le réalisme poétique (Gilles Grangier). Mais sa plus fructueuse association artistique reste, à n’en point douter, celle avec Jacques Demy. Leur tout premier film ensemble est probablement le fruit du pur hasard : Lola, sorti en 1961 devait être composé à la base par Quincy Jones. De cette rencontre naît une pléthore de bande-originales, La Baie des Anges, Les Parapluies de Cherbourg, Les Demoiselles de Rochefort, Peau d’Âne… mais aussi une belle amitié. Les Parapluies de Cherboug lui vaut plusieurs nominations aux Oscars et le film, premier du genre entièrement chanté, est primé au Festival de Cannes en 1964. Il ne s’agit pas là seulement d’une synergie artistique entre deux hommes, mais bel et bien de la création d’un langage musical inédit sur grand écran, travaillé de pair avec les dialogues. Damien Chazelle, réalisateur de La La Land en 2016, s’en réclamera.

Les Parapluies de Cherbourg

Le (Ciné)magique Michel Legrand

La mythique chanson « La Gare » extraite de la bande-originale Les Parapluies de Cherboug est chantée en français à l’international par Danielle Licari et en anglais par Astrud Gilberto, Connie Francis et Frank Sinatra. Cet air mélodramatique résonne depuis 2002 au Parc Walt Disney Studios à Disneyland Paris, qui souhaitait rendre hommage au répertoire cinématographique européen. Ainsi, Disney Studio 1 diffuse ce thème mais c’est l’attraction CinéMagique qui lui consacre surtout un hommage merveilleux en se l’octroyant comme thème musical principal ! Une scène de l’attraction est d’ailleurs entièrement dédiée au film Les Parapluies de Cherbourg, chef d’oeuvre dont les décors colorés et tout aussi cultes sont reproduits dans la zone Backlot du Parc et où les Visiteurs peuvent s’amuser à prendre la pose sous un parapluie mouillé par de la fausse pluie, un effet technique très répandu au cinéma.

Hollywood

Après ce succès, Michel Legrand déménage à Los Angeles avec son épouse, rejoint bientôt par le couple Demy / Varda. Là-bas, il signe la musique de L’Affaire Thomas Crown (1968), film de Norman Jewison avec Steve McQueen et Faye Dunaway. En ressort notamment un air légendaire, celui de « The Windmills of Your Mind » sur des paroles d’Alan et Marilyn Bergman et chanté par Noel Harrison. Inspirée de l’Andante de la Symphonie pour violon et alto K 364 de Mozart, elle aura droit à une adaptation en français, « Les Moulins de mon Cœur », écrite par Eddy Marnay et chantée par Michel Legrand lui-même en 1969. Legrand est honoré aux Oscars grâce à cette mélodie. Sa musique sur Un été 42, blockbuster de Robert Mulligan, lui offre sa deuxième statuette dorée. Jamais deux sans trois avec Yentl en 1983, réalisé par la chanteuse Barbra Streisand, grande partenaire musicale du compositeur. Revenu en France des suites d’une dépression, Michel Legrand continue d’être le touche à tout qu’on connait. Animateur (musical) de la cérémonie des Césars, créateur de génériques de dessins animés et aussi réalisateur en 1988 dans un film qu’il dédie à sa mère, il se lance aussi à partir des années 1990 dans la comédie musicale… sur scène ! Il met en musique l’opéra-bouffe Le Passe-Muraille puis, en 2014, un opéra dit populaire, Dreyfus. Pour John Neumeier, directeur du ballet de Hambourg, il compose la musique de Liliom (2011). Jusqu’à son dernier souffle, Michel Legrand, l’insatiable musicien, avait des idées plein la tête. Ces dernières années, c’est avec la chanteuse lyrique Nathalie Dessay qu’il s’épanouissait artistiquement dans plusieurs albums et des tournées. Il considérait, à juste titre, la musique comme devant être rythmique, harmonique et mélodique. Certes, cela revenait à contredire un peu ses amours pour le jazz, mais au fond, la musique de Legrand se fondait sur un seul principe, qu’elle soit classique, jazz ou de tout autre genre, l’émotion palpable.

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