Le New Amsterdam Theatre, célèbre pour accueillir le musical Aladdin de Disney, abrite bien plus que des spectacles : il conserve aussi les traces d’une de ses anciennes stars, Olive Thomas, dont le fantôme continue de hanter les lieux plus d’un siècle après sa mort.
Une histoire riche et prestigieuse
Le New Amsterdam Theatre a été construit en 1902-1903 par les architectes Henry Hertz et Hugh Tallant. Sa façade Beaux-Arts constitue le premier exemple concret d’Art Nouveau architectural à New York. À l’époque de son inauguration, il était le plus grand théâtre de la ville avec une capacité de 1 702 places. Un Roof Garden de 500 places, dédié à des spectacles plus osés et aujourd’hui disparu, y fut ajouté en 1904.

De 1913 à 1927, le théâtre fut le foyer des célèbres Ziegfeld Follies produites par Florenz Ziegfeld Jr., qui y disposait d’un bureau et exploitait un nightclub sur le toit. Il accueillit ensuite George White’s Scandals et le Civic Repertory Theatre d’Eva LeGallienne. Transformé en cinéma à partir de 1937, il ferma ses portes en 1985 avant d’être loué pour 97 ans par The Walt Disney Company. Entièrement rénové entre 1994 et 1997 par le cabinet Hardy Holzman Pfeiffer, il devint le vaisseau amiral de Disney Theatrical Productions à Broadway. Le 18 mars 1997, la salle a rouvert officiellement en accueillant la première du spectacle King David d’Alan Menken et Tim Rice.
Une actrice emblématique des années 1920
Depuis son rachat et sa rénovation par la firme aux grandes oreilles, la salle a accueilli des grands shows tels que Le Roi Lion, Mary Poppins et depuis 2014 Aladdin.
Née Olive Elaine Thomas le 20 octobre 1894 en Pennsylvanie, Olive Thomas devint rapidement l’une des plus grandes stars de Broadway et l’une des premières « Ziegfeld Girls ». Belle, talentueuse et ambitieuse, elle se produisit sur les deux scènes du New Amsterdam Theatre et apparut dans de nombreuses productions des Ziegfeld Follies. En 1916, elle épousa Jack Pickford, le frère cadet de la légendaire Mary Pickford, dans un mariage médiatisé mais extrêmement tourmenté, marqué par l’alcool, les infidélités et les disputes publiques. En 1916, elle entama une carrière au cinéma muet qui connut un succès fulgurant. En seulement quatre ans, elle tourna plus d’une vingtaine de films, devenant l’une des actrices les plus populaires d’Hollywood à la fin des années 1910.

Le 10 septembre 1920, lors d’un second voyage de noces à Paris, Olive, alors âgée de seulement 25 ans, décèda dans des circonstances tragiques. Souffrant d’insomnie, elle aurait ingéré par erreur dans sa suite au Ritz une dose massive de chlorure de mercure (un médicament alors utilisé pour traiter la syphilis – qu’elle aurait d’ailleurs peut-être contracté à cause de son mari). Elle mourut huit jours plus tard à l’hôpital américain de Neuilly-sur-Seine. Sa mort fit la une des journaux et alimenta de nombreuses rumeurs concernant son mariage. Son corps fut rapatrié aux États-Unis et enterré au cimetière du Woodlawn dans le Bronx.
Des apparitions documentées depuis la réouverture du théâtre
Selon les guides du théâtre, lors d’une grande soirée organisée par Disney avant la réouverture du lieu pour Le Roi Lion, un agent de sécurité effectuant sa ronde nocturne aperçut une femme en robe de bal sur scène. Pensant qu’elle s’était endormie pendant la fête, il l’interpella. Au lieu de répondre, la femme lui envoya un baiser et traversa littéralement le mur pour rejoindre la 41e Rue. Le garde, décrit comme un homme rationnel, alerta la police. Aucune trace de l’intruse ne fut retrouvée.

Plus tard, en examinant des photographies destinées à être accrochées dans les couloirs, le même agent reconnut avec effroi la femme qu’il avait vue : il s’agissait d’Olive Thomas, en tenue de scène lors des Ziegfeld Follies de l’hiver 1920.
Une fantôme espiègle et bienveillante
Depuis, Olive Thomas a acquis la réputation d’une présence joueuse, particulièrement avec les hommes. Des témoins rapportent avoir vu une paire de jambes descendre un escalier avant de disparaître, ou encore une femme inconnue remettre un rehausseur à un père de famille avant de s’évaporer. Les équipes techniques ont également vécu des incidents récurrents avec les lumières : elles s’éteignaient systématiquement jusqu’à ce qu’un guide, excédé, lance à voix haute : « Olive, nous devons travailler, laisse les lumières allumées ». Les lumières sont ensuite restées allumées.

Une histoire qui enrichit le patrimoine du théâtre
Ces anecdotes, partagées lors d’une visite organisée par le club officiel Disney D23, s’ajoutent à la riche histoire du New Amsterdam Theatre. Si certains y voient des coïncidences ou des explications rationnelles, d’autres considèrent Olive Thomas comme une résidente bienveillante qui continue de veiller sur le lieu où elle a connu ses plus grands succès.
Aujourd’hui, alors que des milliers de spectateurs applaudissent Aladdin huit fois par semaine, certains se demandent s’ils ne croisent pas, dans les couloirs ou sur scène, le fantôme discret d’une des grandes figures du Broadway des années folles.
