Un protocole dâaccord a Ă©tĂ© signĂ© lundi 24 aoĂ»t 2026 Ă Paris, en marge de la visite du prince hĂ©ritier saoudien Mohammed ben Salmane. Qiddiya, filiale du fonds souverain, portera un complexe de trois parcs Ă lâouest de la capitale. Un des sites sera consacrĂ© Ă lâunivers des mangas. Aucune date dâouverture nâa Ă©tĂ© communiquĂ©e.
Lâannonce est tombĂ©e en fin dâaprĂšs-midi, au moment oĂč Emmanuel Macron et Mohammed ben Salmane refermaient une journĂ©e de signatures. LâĂlysĂ©e a officialisĂ© un projet que la rĂ©gion Ăle-de-France travaillait depuis dix-huit mois : trois parcs dâattractions dans lâagglomĂ©ration de Cergy-Pontoise, financĂ©s par des fonds saoudiens, pour un investissement de six milliards dâeuros et 22 000 emplois directs selon les estimations officielles.
« Ă Cergy-Pontoise, 3 parcs Ă thĂšme vont voir le jour. 6 milliards dâeuros dâinvestissements. 22 000 emplois créés. Du jamais vu depuis Disneyland Paris. Une nouvelle destination mondiale », a Ă©crit le chef de lâĂtat sur X. Il a saluĂ© « Qiddiya et lâArabie saoudite pour leur confiance en notre pays, en nos talents et en notre avenir », et inscrit lâopĂ©ration dans la logique de Choose France.
Un protocole, pas encore un chantier
Ce qui a Ă©tĂ© signĂ© lundi est un protocole dâaccord, pas un permis de construire. Les thĂšmes des deux parcs restants seront choisis ultĂ©rieurement par Qiddiya Investment Company, filiale du Public Investment Fund (PIF) dĂ©diĂ©e au divertissement, au sport et Ă la culture. Le premier, indique lâĂlysĂ©e, portera sur « lâunivers des mangas ».
La licence Dragon Ball circule depuis des semaines. ValĂ©rie PĂ©cresse lâavait elle-mĂȘme Ă©voquĂ©e dĂšs le matin sur TF1, avant la signature, en parlant dâun dossier « de lâampleur de Disney » capable de « conforter lâattractivitĂ© touristique de lâĂle-de-France ». Selon lâAFP, des rĂ©unions sur un projet « Dragon Ball » se tiennent depuis avril entre lâĂlysĂ©e, la RĂ©gion, les communes concernĂ©es, les agences dâattractivitĂ© et lâinvestisseur. Une conseillĂšre de lâĂlysĂ©e a mĂȘme situĂ© lâorigine du dossier dans une conversation Ă Riyad, en dĂ©cembre 2024, autour dâune passion commune pour les mangas. Rien, toutefois, nâĂ©quivaut encore Ă une licence officiellement scellĂ©e pour le site francilien.

Les parcs sont conçus pour fonctionner en destination : un mĂȘme sĂ©jour, plusieurs billets. Ils doivent ouvrir les uns aprĂšs les autres. Le calendrier nâa pas Ă©tĂ© rendu public.
Courdimanche, lâombre de Mirapolis
Plusieurs rĂ©dactions, dont Le Figaro et BFMTV, situent le complexe Ă Courdimanche, dans le Val-dâOise, sur lâemprise de Mirapolis. Dâautres, comme France Bleu / ICI, soulignent que le lieu exact nâa pas Ă©tĂ© figĂ© dans lâannonce de lâĂlysĂ©e.
Le prĂ©cĂ©dent pĂšse. Ouvert en 1987, Mirapolis Ă©tait le premier grand parc dâattractions français, bĂąti sur les lĂ©gendes et les contes. Il a fermĂ© en 1991, minĂ© par une frĂ©quentation insuffisante et, dĂ©jĂ , par lâarrivĂ©e dâAstĂ©rix puis de Disney Ă Marne-la-VallĂ©e lâannĂ©e suivante. Le site est restĂ© trente-cinq ans sans vocation comparable. Y installer trois parcs reviendrait Ă rĂ©veiller un terrain que lâagglomĂ©ration de Cergy-Pontoise connaĂźt par cĆur, Ă une trentaine de kilomĂštres Ă lâouest de Paris.
Les questions dâaccĂšs, de logement des salariĂ©s, dâeau, de bruit et de capacitĂ© des transports nâont pas Ă©tĂ© tranchĂ©es publiquement lundi. Elles viendront aprĂšs le protocole.
Face à Disney, à Astérix et à Universal
Le timing nâest pas anodin. Disneyland Paris, Ă lâest, affiche environ 16 millions de visiteurs par an. Le Parc AstĂ©rix, dans lâOise, en compte prĂšs de trois millions. Universal construit de son cĂŽtĂ© son premier parc europĂ©en au Royaume-Uni, avec un hĂŽtel, une ouverture visĂ©e en 2031 et 8,5 millions de visiteurs attendus dĂšs la premiĂšre annĂ©e. LâĂle-de-France pose donc, Ă lâouest, une piĂšce de mĂȘme Ă©chelle que Disney, mais en trois parcs plutĂŽt quâen un resort dĂ©jĂ installĂ©.
Personne nâa publiĂ© de prĂ©vision de frĂ©quentation pour Cergy. Comparer les chiffres aujourdâhui reviendrait Ă spĂ©culer.
Qiddiya, déjà au travail prÚs de Riyad
Lâinvestisseur nâarrive pas les mains vides. Ă Qiddiya, ville nouvelle de loisirs prĂšs de la capitale saoudienne, un parc Six Flags fonctionne depuis la fin 2025 ; il abrite notamment la montagne russe prĂ©sentĂ©e comme la plus haute et la plus rapide du monde. Un parc Dragon Ball y est aussi en construction : 50 hectares, sept zones thĂ©matiques, plus de trente attractions, une sculpture de Shenron haute de 70 mĂštres.
Exporter une partie de cette logique en France sert deux rĂ©cits Ă la fois. Pour Riyad, câest une brique de la diversification hors hydrocarbures, via le PIF. Pour Paris, câest un investissement Ă©tranger massif, des emplois annoncĂ©s et un argument touristique Ă lâouest de la rĂ©gion, lĂ oĂč lâoffre de grands parcs Ă©tait jusquâici plus mince quâĂ Marne-la-VallĂ©e.
La visite de Mohammed ben Salmane ne se résume pas aux attractions
Le mĂȘme lundi, dâautres accords ont Ă©tĂ© Ă©voquĂ©s, notamment dans la dĂ©fense et lâintelligence artificielle. Leur contenu nâa pas Ă©tĂ© dĂ©taillĂ©.
La rĂ©ception du prince hĂ©ritier reste politiquement clivante. InterrogĂ© sur le bilan saoudien en matiĂšre de droits humains â exĂ©cutions, sort des femmes, pĂ©nalisation de lâhomosexualitĂ©, libertĂ© dâexpression â lâĂlysĂ©e a renvoyĂ© vers lâemploi, lâattractivitĂ© et les recettes. Reporters sans frontiĂšres a dĂ©noncĂ©, de son cĂŽtĂ©, le « tapis rouge » rĂ©servĂ© Ă Mohammed ben Salmane. Ces deux lectures coexistent : lâune parle de six milliards et de 22 000 postes, lâautre du partenaire choisi pour les obtenir.
Une annonce hors normes.
Vous connaissez mon intĂ©rĂȘt pour les mangas. Vous savez aussi ma dĂ©termination Ă attirer en France les investissements qui crĂ©ent des emplois et rendent possibles les projets les plus ambitieux.
Avec lâArabie saoudite, nous faisons une annonce sansâŠ
â Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) August 24, 2026
Ce qui manque encore Ă lâannonce
Pas de date de premier coup de pioche. Pas de nom commercial. Pas de dĂ©tail sur les deux thĂšmes restants. Pas de rĂ©partition des six milliards entre les trois parcs, les hĂŽtels Ă©ventuels et les infrastructures. Pas de confirmation juridique dĂ©finitive de la licence manga. Pas dâĂ©tude dâimpact publiĂ©e.
Lundi soir, la France et lâArabie saoudite ont surtout figĂ© une intention et un ordre de grandeur. Le reste, de Courdimanche aux files dâattente, se jouera dans les mois de nĂ©gociations qui commencent maintenant.
