S’il y a bien un problème récurrent sur les Parcs Disney franciliens, c’est bien la vétusté de certaines attractions et en particulier des montagnes russes présentes depuis les années 1990. Alors que Big Thunder Mountain est entrée dans une nouvelle séquence de réhabilitation ambitieuse, Star Wars : Hyperspace Mountain (transformation de Space Mountain : Mission 2, elle-même fruit de la transformation de Space Mountain : De la Terre à la Lune) souffre depuis des années de problèmes de maintenance imprévus. Alors que ses trains ont été intégralement remplacés en 2017, le poids conséquent de l’âge du reste des infrastructures provoque tous les mois des pannes à répétition (pour diverses raisons d’ailleurs).
Space Mountain tombe en ruine mais n’est pas la priorité de Disneyland Paris
Outre le mauvais état de la partie « show » de l’attraction, certains éléments techniques nécessitent d’être remplacés plus fréquemment que prévu désormais compte-tenu du fait qu’ils ont tendance à s’user plus rapidement. Ce n’est pas tout, le dôme de Star Wars : Hyperspace Mountain s’est abimé de toutes parts depuis sa rénovation au milieu des années 2010. Rien n’a été fait depuis pour l’entretenir de manière préventive, si bien qu’il est clairement au bout de sa vie désormais. Il faudrait le rénover entièrement et en profiter pour changer tout le circuit (cela n’a jamais été fait depuis l’ouverture du coaster).

Bien évidemment, un tel projet impliquerait de fermer l’attraction environ deux ans puisqu’il faudrait démolir au moins la moitié du dôme, sans compter la partie de lancement qui constitue à elle seule un casse-tête évident. Le seul avantage de Star Wars : Hyperspace Mountain est d’être une attraction couverte, ce qui lui a permis de mieux résister dans le temps face aux intempéries. Mais nous arrivons à un stade où la question mérite d’être sérieusement posée à la direction. La fermeture prolongée de Star Wars : Hyperspace Mountain ne pourrait se faire que si au moins un coaster continue de tourner dans le Parc Disneyland. Mais ce serait le minimum syndical pour les visiteurs… Ce problème est aggravé par l’absence de nouvelles attractions dans le Parc Disneyland depuis 1995. Voilà pourquoi il est (aussi) urgent d’investir (et vite) dans au moins une à deux nouvelles attractions – dont une à sensations fortes – dans ce Parc maudit.
Il aura fallu 25 ans à Disneyland Resort en Californie pour lancer un plan de « retracking » de son Space Mountain. Après trente années de bons et loyaux services, notre version parisienne arrive à bout de souffle. Mais la tâche ne s’annonce évidemment pas aisée. Disney a par exemple inventé ce lancement atypique pour son Space Mountain : De la Terre à la Lune. Depuis, rien n’a vraiment changé. Et les pièces sont de plus en plus coûteuses et durent de moins en moins longtemps… Il faut donc envisager un projet de rénovation qui permette aux infrastructures de l’attraction de se pérenniser à nouveau sur les prochaines décennies, et cela demande forcément une étude approfondie de la structure.

Certains imaginent avec une certaine fantaisie une réinvention complète du circuit. Une autre solution plus réaliste et moins coûteuse serait de refaire le parcours existant, surtout que Disney souhaite manifestement conserver le dôme actuel et donc l’abîmer le moins possible. Si la partie « lancement » de l’attraction est conservée en l’état (ce qui est évidemment plus que probable), une nouvelle technologie de type moteur linéaire synchrone (LSM) – utilisant le principe de répulsion et d’attraction des pôles de nombreux aimants entre les rails et le train – permettant d’offrir une propulsion plus rapide et surtout un entretien plus facile, serait impossile à mettre en oeuvre. La pente prononcée du lancement de Star Wars : Hyperspace Mountain est un frein (sans jeu de mots) à ce type de procédé car il faudrait beaucoup trop de force pour lancer des trains déjà très lourds. Avec un lancement de type LSM, l’inclinaison du lancement provoquerait un problème de retour en arrière, car le système de lancement n’est pas physiquement relié au train.
Si on s’accorde à dire que la partie du lancement est à refaire telle quelle, celle du reste du circuit peut évidemment devenir un terrain plus créatif pour les Imagineers. Refaire le tracé exact, oui c’est probable mais dans une vision plus ambitieuse, réimaginer le parcours en tenant compte des volumes précis du dôme ne serait pas insurmontable. Des parcs l’ont déjà fait par le passé : c’est le cas d’Efteling avec Python (en conservant la section de « lift »). D’autant que Disneyland Paris adore présenter ses attractions rénovées comme des nouveautés. A l’époque de son ouverture, l’attraction Space Mountain était la seule au monde à présenter trois inversions dans le noir complet ainsi qu’un sidewinder loop, une vrille et un fer à cheval, le tout associé à un système audio embarqué et un catapultage sur une pente inclinée à 32°. Que d’innovations s’inscrivant justement dans la lignée vernienne et faisant de l’attraction un laboratoire d’émerveillement de par son récit mêlé à une symphonie technologique par ses innovations (ou quand la forme calque le fond). Associer un parcours réinventé à un nouveau scénario serait donc le projet idéal !

Quel scénario ? Raconter un récit totalement inédit dans cette attraction ne serait probablement pas le bienvenu, après déjà trois versions successives dont une qui lui a supprimé son identité propre (nous parlons évidemment de ce fameux voyage périlleux sur Jakku avec l’Amiral Ackbar). Revenir aux fondamentaux en apportant quelques éléments inédits pour enrichir l’histoire de l’attraction originelle et plus globalement celle de Discoveryland, serait le plus plausible. D’autant, et Disney le sait bien, que le genre « steampunk » que la firme a lancé fièrement dans ce parc à thème français dans les années 1990, continue encore aujourd’hui d’attirer les européens avec des projets toujours plus originaux, servis par les meilleures technologies du moment. La zone thématique Rookburgh ouverte en 2020 au parc Phantasialand en est la meilleure preuve, adulée non seulement par les clients les plus fidèle mais applaudie également par le grand public.
Une odyssée céleste entre science et fiction
Depuis 1995, le canon Columbiad s’élance fièrement sur les flancs de cette « Montagne de l’Espace ». Pour la première version de l’attraction, les Imagineers emmenés par Tim Delaney avaient pensé cette épopée comme une histoire théâtrale, en mettant en place tout au long de la visite des astronautes, un véritable parcours de rencontres. Comme le dirigeable Hyperion ou l’attraction Les Mystère du Nautilus, Space Mountain : De la Terre à la Lune faisait la part belle à l’univers de l’écrivain Jules Verne en s’inspirant de son roman De la Terre à la Lune. Cette aventure honorait non seulement de la plus belle manière qui soit l’esprit inventif et visionnaire de l’auteur nantais mais mettait également en lumière tout un imaginaire européen de manière crédible et magique, reflétant la fascination pour la science, le rétro-futurisme et les machines les plus farfelues conçues au XIXe siècle. Le tout fut sublimé par la musique épique de Steve Bramson. L’univers mis en place était riche mais allait être transformé dix ans plus tard par une nouvelle mission…

Space Mountain : Mission 2 s’est appuyé sur l’idée d’un voyage plus expansif. Logique là encore imparable dans la continuité du récit de la première version. Cette fois-ci furent envisagés un voyage aux confins de l’espace et des rencontres avec les comètes, les météores et une supernova. Là encore, c’est en grande partie grâce à la musique que l’histoire était relatée aux visiteurs à bord de leur train-fusée. L’attraction gardait d’autant plus sa ligne de conduite d’origine, à savoir sa capacité à mêler la fiction à la science. Ici, ce ne sont pas des écrits romanesques ou un film de Méliès qui servirent d’inspiration, mais des travaux de la NASA, de l’ESA, d’observatoires, de télescopes… et des films de science-fiction ! Cela a permis aux Imagineers de jauger la part de réalise et celle propre à l’imagination.
Vous l’aurez compris, les deux premières missions de l’attraction ont offert aux visiteurs une véritable immersion, basée à chaque fois sur un matériau narratif solide. Quand Disney a décidé de repenser une nouvelle fois cette attraction phare du Parc Disneyland, elle lui a certes redonné son lustre d’antan avec son lot de technologies et de systèmes informations plus récents… mais c’était pour mieux saborder son ADN, non pas par le fait d’intégrer une franchise populaire – cela aurait pu être totalement réussi – mais en rompant cet engagement qui faisait le sel de l’attraction depuis ses débuts, à savoir sa capacité à mêler l’imaginaire au progrès. Avec Star Wars : Hyperspace Mountain, le visiteur n’avait plus aucun travail intellectuel à réaliser, celui d’essayer de discerner la réalité de la fantaisie, car aucune histoire ne lui était vraiment narrée. Au contraire, c’est un récit plat et brute qui lui a été imposé, l’extirpant totalement du sujet de départ, à savoir le pourquoi de sa visite dans ce canon, pour mieux le propulser dans un univers dont les liens avec l’attraction ne sont jamais justifiés de près ou de loin, de l’entrée dans la file d’attente à la sortie du train. Avant de se lancer dans une telle aventure, il aurait fallu que les Imagineers pensent tout d’abord à la rendre légitime non seulement dans l’attraction mais plus globalement dans Discoveryland.
Là où Star Tours en 1992 a su s’implanter facilement dans un récit global dans le Land, justifiant sa position géographique et narrative, Star Wars : Hyperspace Mountain n’a jamais vraiment su nous expliquer en quoi elle apportait un idéal visionnaire (et sur qui ou quoi elle s’appuyait pour cela). Et c’est là où le bât blesse ! Alors aux Imagineers désormais de se creuser la tête pour apprendre de leurs erreurs et offrir de nouveau à cette attraction un scénario satisfaisant, qui puisse constituer une sorte de compromis entre l’intérêt commercial (à l’heure où les Parcs Disney ne jurent plus que par des franchises populaires) et le respect d’un héritage, basé justement sur une projection perpétuelle vers l’avenir dans tous les sens du terme. Et quand on parle Imagineering, le renouveau d’une attraction ne peut passer que par cette alliance constante du rêve et du progrès. C’est selon nous la seule ligne directrice qui doit imprégner les travaux de Walt Disney Imagineering sur de telles pépites ! Alors qu’Oriental Land Cie est en train de reconstuire intégralement l’attraction Space Mountain à Tokyo Disneyland (en se basant exclusivement sur la popularité de l’attraction et non une franchise cinématographique), en repensant son Tomorrowland et en imaginant avec le constructeur Intamin un nouveau parcours, Paris reste dans un statisme effarant…
Quel nouveau voyage attend Space Mountain ?
Alors quel avenir pour Star Wars : Hyperspace Mountain à Disneyland Paris ? Si on peut légitimement s’avouer qu’une annonce de nouveauté n’est clairement pas à exclure pour les prochains mois, une transformation crédible ne pourra se concrétiser que si le Parc Disneyland dispose suffisament de répondant pour compenser la perte d’une attraction aussi majeure sur un à deux ans et si également le projet se veut ambitieux et sérieux. Et des indices nous laissent penser que Disneyland Paris n’a pas totalement perdu sa détermination car un bâtiment de maintenance est en cours de construction depuis des mois, accolé au dôme, tandis que ce dernier est en train d’être recouvert d’échafaudages, non pas pour sa rénovation mais pour celle de son éclairage. Le début d’un rêve ?

