The Walt Disney Company Chine vient d’annoncer la nomination de Zhang Ming à la direction générale de la filiale. Zhang Ming relèvera de Luke Kang, président de la division The Walt Disney Company Asia Pacific. Zhang Ming dirigeait précédemment les activités de vente Direct-to-Consumer et la direction financière The Walt Disney Company Asia Pacific et prend ainsi la tête d’un vaste marché en expansion dans l’Empire du Milieu.
Zhang Ming, le signe d’une évolution pour Disney en Chine ?
Zhang Ming vient donc d’un secteur d’activité en pleine expansion, à savoir le streaming. Elle continuera d’ailleurs d’assumer ses missions en lien avec la stratégie et le développement des différentes activités de divertissement de Disney dans la région.
Née à Nanjing, elle a été diplômée de l’Université de Seton Hill et est titulaire d’une maîtrise en administration des affaires de la Booth School of Business de l’Université de Chicago. Elle a rejoint Disney en 2017 en tant que responsable de la stratégie et du développement de l’entreprise pour la Chine. Auparavant, elle était directrice mondiale de McKinsey & Company dans le pays.
Sa nomination à la tête de la filiale chinoise de Disney est-elle un signe de l’arrivée de la plateforme Disney+ là-bas ? Disney Chine compte plus de 3 000 employés à Pékin, Shanghai et Guangzhou. Rappelons que la Chine est l’un des rares pays les plus peuplés au monde à ne pas bénéficier du streamer pour plusieurs raisons :
- politiques (probablement) : l’hégémonie américaine dans les foyers chinois est mal vue quand elle n’est pas freinée par le gouvernement et la filiale chinoise a déjà fort à faire avec les nombreuses demandes de censure dans certains films distribués par la firme depuis plusieurs années ;
- culturelles : de nombreuses marques de la firme ne parlent pas au public chinois, comme Star Wars dont les derniers films ont plus ou moins été des flops au box-office local ou Disney qui n’arrive pas à s’implanter durablement dans l’inconscient collectif du nouveau public (le four du film d’animation Mulan dans le pays en 1999 est encore dans tous les esprits) ; bien d’autres films ou marques de Disney font polémiques depuis des années auprès du public chinois et irritent fortement le gouvernement communiste (Winnie censuré, Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux et d’autres films Marvel décriés, l’actrice principale du remake de Mulan prise dans le conflit sino-hong-kongais, le film Kundun de Martin Scorsese et Touchstone Pictures sur l’exil du 14e dalaï-lama qui a été perçu comme un affront de la part de Disney face au autorités chinoises etc.)
- géopolitiques : les relations commerciales et politiques entre les États-Unis et la Chine n’ont jamais été aussi froides depuis bien longtemps, malgré les nombreux appels du pied de Disney et son patron Bob Iger et les relations plus apaisées depuis la fin des années 2000 (Shanghai Disney Resort en est le meilleur exemple). Certains actionnaires de Disney voient toujours d’un mauvais œil les motivations de Disney dans ce pays qui foule du pied certains des droits les plus fondamentaux de l’être humain. Disney ne prend pas officiellement de positions sur les cas de Taiwan, Hong Kong ou du Xinjiang quand elle le fait par exemple pour la Russie avec qui elle a coupé beaucoup de ponts depuis l’invasion de l’Ukraine par l’armée de Vladimir Poutine. Difficile d’imaginer la même chose si demain, Taiwan était annexé par la Chine. Disney n’a d’ailleurs jamais réagi ouvertement au « génocide » qui a lieu depuis des années dans la région de Xinjiang (au contraire, le dernier Mulan comporte des scènes tournées ici-même).
Mais voilà, la réalité économique de XXIe siècle est là. Disney devra (ou ne devra pas) composer avec le marché chinois. La firme a déjà plus ou moins choisi quelle direction prendre depuis une quinzaine d’années grâce à l’essor (lent) de la marque Disney Store dans le pays, l’ouverture de Shanghai Disney Resort qui est un véritable succès (non sans concession là encore puisque l’actionnaire majoritaire de la destination est une entreprise dépendant… de l’État chinois), l’autocensure sur certains de ses films pour ne pas froisser les instances politiques chinoises, l’adaptation de certaines de ses productions (affiches et casting chinois par exemple), la mise en place de partenariats spécifiques avec des entreprises locales comme le revendeur AliBaba…
« Une corde raide au-dessus des chutes du Niagara » disait Margaret Atwood
Bref, c’est une conquête en dents de scie qui s’opère alors que Disney se force à faire de multiples concessions (quitte à renier ses propres valeurs occidentales) pour contourner tout sujet politique et conquérir au mieux un marché chinois toujours plus en expansion.
Pour le cas de Disney+ en Chine, les négociations sont toujours en cours en coulisses bien que rien ne semble vraiment avancer. Mais la nomination de Zhang Ming est peut-être un signe avant-coureur d’un changement à venir. Nul doute en revanche que si le projet aboutit, Disney+ sera soumis à de nombreuses modifications et censures. Après tout, Mickey avait déjà tenté le coup avec l’ancêtre de Disney+, DisneyLife.
Bref, Disney marche toujours sur des œufs avec le marché chinois et cela ne risque pas de changer au cours des prochaines décennies même si l’intention première est claire : conquérir autant que faire se peut ce marché prolifique. Mais une chose est sûre : le gouvernement chinois est toujours en position de force par rapport à cette entreprise américaines (et d’autres d’ailleurs) et peut riposter à tout moment si Disney décide d’aller à l’encontre de son idéologie ou de lui faire pression (comme ce fut le cas pour la Russie).

