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frédéric monnereau

Rencontre avec Frédéric Monnereau, ex-directeur de la distribution de Disney France

Le 29 avril 2024, Frédéric Monnereau annonçait son départ de The Walt Disney Company France, marquant la fin d’un chapitre de neuf ans au sein de la célèbre entreprise. Pour nous éclairer sur son parcours impressionnant et partager ses expériences au sein de la grande maison, l’ancien directeur de la distribution a accepté de répondre à nos questions.

Un parcours riche et passionné

Dès le début de sa carrière, Frédéric Monnereau a su prouver son engagement envers le monde du cinéma. Après avoir occupé des postes clés tels que directeur de la programmation province chez Gaumont, directeur commercial chez Paramount Pictures et la 20th Century Fox, et directeur de la distribution chez Studio Canal, il a rejoint Disney en avril 2015, avec pour premier projet le film Vice-Versa. Au cours de ces neuf années, il a navigué à travers des rachats majeurs et les évolutions structurelles de l’entreprise, tout en supervisant la distribution de 129 films ayant généré plus de 227 millions d’entrées et 1,6 milliard d’euros de recettes. Dans cette interview, Frédéric partage ses réflexions sur son expérience, ainsi que quelques anecdotes fascinantes sur le fonctionnement de la distribution chez Disney France.

frédéric monnereau

Le fonctionnement de la distribution chez Disney France 

[Disneyphile] : Comment décririez-vous le métier de distributeur, quelles sont les prérogatives à avoir en tête pour sortir n’importe quel film et celles qui s’imposent d’elles-mêmes quand on est amené à diriger la branche cinéma de Disney en France ?

[Frédéric Monnereau] : J’indiquerais la définition suivante : le distributeur est un passeur de film. Il est là pour donner envie au spectateur d’aller en salle, pour découvrir les films dont on s’occupe. Cette envie passe par la campagne marketing et la stratégie commerciale. Mon rôle était de coordonner ces deux spécificités. La particularité de mon travail résidait dans la richesse et la diversité du line up. Quand on travaille pour sept labels depuis la fusion avec la Fox (Disney Animation, Disney Live Action, Pixar, Lucasfilm Ltd., Marvel Studios, Searchlight Pictures, 20th Century Studios) : on obtient un large panel de possibilités avec lequel on s’adresse à différents fans. Ce qu’il faut c’est créer de la curiosité autour des films.

[D] : On ne vend pas un film Disney, un film Pixar, un film Marvel, un film Lucasfilm Ltd., un film 20th Century Studios ou un film Searchlight Pictures de la même manière. Quelles sont les différences majeures ?

[FM] : Chaque label a son propre ADN. Il faut respecter chaque ADN et faire en sorte que l’on retrouve les références pour donner envie aux spectateurs de venir au cinéma. Cette volonté de donner envie est d’autant plus nécessaire depuis le Covid, qui a bouleversé nos habitudes. Il a fallu, et il faut encore, faire en sorte que les gens aient envie d’aller au cinéma, de découvrir les films dans les meilleures conditions possibles. Au cinéma, tout est réuni pour vivre une expérience unique. Peu importe le label, le but est de créer un moment unique, ce que le cinéma permet grâce à l’écran et au travail du son. 

Ensuite, on ne travaille pas un film d’animation comme un film de super-héros : on ne s’adresse pas aux mêmes personnes. Il faut comprendre l’ADN de chaque label pour jouer sur les codes attendus par les fans. Avec l’animation, on a un fort potentiel chez les familles et les enfants. Aujourd’hui, de nombreuses générations ont grandi avec l’animation et gardent un lien fort avec. Il y a des codes à respecter pour faire en sorte qu’ils s’y retrouvent toujours. Côté Marvel, on a un univers large avec des valeurs fortes : on essaie de faire en sorte de toujours retrouver ces valeurs pour donner envie aux spectateurs de voir les films. Enfin, Pixar a toujours été un label novateur, qui a apporté des émotions nouvelles et élevé le niveau de l’animation par des histoires qu’on ne pensait pas voir dans un film d’animation.

Pour chaque label, on analyse, on fait en sorte d’avoir dans les équipes des experts de ces univers, qui sont des référents pour construire la campagne. On essaie également de travailler avec des fans, qui ont une passion pour ces labels. Pour l’aspect marketing, on a des référents par label qui s’occupent de l’animation, de Marvel, etc., et qui s’assurent de la cohérence par rapport aux valeurs et à l’ADN du label.

Ce qui est important, c’est que c’est un travail d’équipe. J’ai pris plaisir à travailler avec des gens qui aiment leur métier et dont j’étais le chef d’orchestre. Mon rôle était de les soutenir, d’essayer d’inventer et de créer l’envie, avec des campagnes un peu innovantes. C’est un vrai travail d’équipe. Il y a des référents marketing, mais ensuite, tout le monde apporte sa contribution.

L’équipe de Disney France comprend également des spécialistes en salle de cinéma, deux personnes sont dédiées à cela. Ça a été quelque chose de clé pendant ces neuf années  : créer des expériences uniques dans les salles de cinéma. Pour cela, il faut des experts. Par exemple, pour Avatar : La Voie de l’eau, nous avions créé un clip spécial en France sur l’expérience en IMAX, un clip qui a ensuite été repris dans d’autres pays.

[D] : De la même manière, quelles sont les différences majeures entre la distribution d’un film d’animation et la distribution d’un film en prises de vues réelles ?

[FM] : En ce qui concerne la distinction entre la distribution d’un film d’animation et celle d’un film en prises de vues réelles, Chez Disney, l’animation ne s’adresse pas uniquement aux enfants. La vision est beaucoup plus holistique, car l’animation peut toucher tous les publics. Avant tout, c’est une histoire. On ne peut pas la restreindre à un seul genre. Chaque histoire peut être racontée en animation. En équipe, nous déterminons quel public est susceptible d’être le plus intéressé par telle ou telle histoire particulière et on ajuste notre cible en conséquence. On se considère ainsi comme des passeurs d’histoires avant tout, et c’est un aspect fondamental du travail de distribution.

[D] : Concrètement, comment se déroule une journée type d’un directeur de la distribution de Disney France et quelle est votre méthode de travail avec vos équipes ?

[FM] : Chaque journée est différente, ce qui rend ce travail passionnant. En général, ma journée commençait par la consultation des mails reçus pendant la nuit. Je regardais ce que les Américains [NDLR : La direction de Disney Entertainment à Burbank] avaient envoyé, que ce soit du matériel, des informations, etc.

Les lundis et mercredis sont particulièrement importants. Le lundi est consacré à la programmation : nous négocions les sorties de films et les continuations. C’est un processus de négociation très intense sur une courte période de temps, qui nécessite une attention particulière. Le mercredi, jour de sortie des films, nous examinons les chiffres pour voir si notre travail avait porté ses fruits et comment les spectateurs réagissent, avec des retours des circuits de distribution.

En termes de marketing, il y avait des réunions hebdomadaires pour assurer la cohérence de notre travail, car nous sommes nombreux à travailler sur ces films. Ces réunions permettaient de nous accorder et de rester cohérents dans nos stratégies. Il y avait également des rendez-vous réguliers avec des partenaires extérieurs, que ce soit des partenaires médias ou hors médias pour des opérations spéciales. Travailler sur un film commence plusieurs mois, voire un an à l’avance. Par exemple, pour Avatar : La Voie de l’Eau, nous avions commencé un an et demi avant la sortie. À la demande de James Cameron, on a fait en sorte que les spectateurs puissent voir le film dans les meilleures conditions, en vérifiant l’équipement de toutes les salles de cinéma.

[D] : Comment définissez-vous les dates de sortie des films, et qu’est-ce qui peut expliquer parfois un décalage avec la sortie américaine ? Cette démarche a-t-elle toujours été bénéfique pour les différents labels dont vous aviez la charge ? Prenons le cas de Jean-Christophe & Winnie pour Disney, dont le décalage est intervenu trois semaines avant sa sortie prévue initialement, du jamais vu !

[FM] : Il est très rare que les dates de sortie ne soient pas alignées avec celles des États-Unis. Pour Jean-Christophe & Winnie, c’était avant la pandémie de Covid-19. À ce moment-là, cela arrivait encore. Le décalage était dû à une recherche d’exposition par rapport à une période de l’année que l’on espérait plus propice. Aujourd’hui, c’est presque impossible de décaler les dates de sortie, sauf pour le label Searchlight Pictures, où on cherchait la meilleure date en fonction de la concurrence dans le secteur art et essai, qui est très forte en France.

Avec la sortie des films le mercredi en France, on joue avec deux jours d’avance par rapport aux États-Unis. Cela signifie qu’il y a de moins en moins d’avant-premières parce que nous sommes déjà les premiers à sortir les films. En quelque sorte, nous sommes l’avant-première du monde.

Cependant, il est déjà arrivé de décaler la sortie d’un mercredi à un autre, notamment pour les films d’animation où il est nécessaire de faire de vraies avant-premières. Les avant-premières sont essentielles car elles permettent d’installer le film, surtout dans le domaine de l’animation, et de créer un bouche-à-oreille positif. Elles donnent au film une dynamique avant sa sortie officielle.

Le parcours de Frédéric Monnereau chez Disney

[D] : Qu’est-ce qui vous a motivé à devenir directeur de la distribution chez The Walt Disney Company ?

[FM] : La force de la marque Disney. Lorsque l’opportunité s’est présentée, c’était difficile de refuser. J’étais aussi attiré par la force des films, et des films à venir. C’était le début d’une ère avec les nouveaux Star Wars. J’avais déjà travaillé avec la Fox sur la ressortie des premiers films de la saga, et j’ai été bercé par les films d’animation Disney. Pouvoir être à l’origine de ces sorties, c’était très intéressant. Le Marvel Cinematic Universe (MCU) prenait également toute son envergure. Il était difficile de résister à l’envie de mettre les mains dans ce moteur et d’apporter ma touche personnelle.

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[D] : Quelle est la première sortie sur laquelle vous avez travaillé à votre arrivée, et la dernière avant votre départ ?

[FM] : La première sortie sur laquelle j’étais aux commandes a été Vice-Versa. J’ai rejoint Disney le 1er avril 2015, et le film est sorti à Cannes en mai 2015. À cette époque, il y avait encore John Lasseter. Quant à la dernière sortie à laquelle j’ai touché, c’était presque Vice-Versa 2. Les deux derniers films sur lesquels j’ai été totalement impliqué sont Pauvres Créatures et Sans Jamais nous Connaître, tous deux des films Searchlight Pictures.

[D] : Quels sont les films que vous avez pris le plus de plaisir à accompagner, ceux qui vous ont donné le plus de challenge et ceux dont le succès a dépassé vos attentes premières ? Au contraire, quelle est votre plus grande déception ?

[FM] : J’ai eu beaucoup de plaisir à accompagner plusieurs films. Tout d’abord, Avatar : La Voie de l’Eau. Quand j’ai quitté Fox il y a 13 ans, je n’aurais jamais pensé pouvoir travailler sur la suite de ce film marquant de ma période chez Fox. Pour le deuxième, on s’est beaucoup interrogé sur le nombre d’entrées, surtout après le Covid, mais le film a réalisé plus de 14 millions d’entrées grâce à un travail collaboratif. C’était un vrai plaisir de travailler sur cette franchise.

Deux autres films qui ont franchi les 10 millions d’entrées et que je noterais sont d’abord Star Wars : Le Réveil de la Force. La campagne a été forte, à la hauteur de ce film emblématique pour les fans et les cinéphiles. Et ensuite, il y a eu Le Roi Lion en « live action » [NDLR : un film d’animation au rendu photoréaliste], qui a dépassé le film de 1994, ce qui a été très marquant.

Un autre film qui m’a particulièrement marqué est Rogue One : A Star Wars Story. C’est un film Star Wars unique et différent, qui a montré qu’on peut créer des histoires puissantes à partir de cette franchise. Je m’occupais du marketing et j’ai essayé d’innover avec une campagne qui incluait une chat box immersive où les fans pouvaient interagir. À chaque fois, le nombre d’entrées était impressionnant ; c’était une véritable réussite collective. J’étais bien entouré, et c’est ça qui a fait la différence. La base de notre travail, c’est que toutes les personnes avec qui j’ai travaillé se sentaient écoutées et pouvaient amener leurs idées. Nous étions plus forts ensemble.

En ce qui concerne mes déceptions, je dirais The Creator. C’est un film pour lequel j’aurais espéré de meilleurs résultats, surtout en raison du réalisateur de Rogue One : A Star Wars Story (Gareth Edwards). Il est sorti en septembre, un mois toujours compliqué pour le cinéma, et encore plus depuis le Covid. La période était impactée par un beau temps qui a duré plus longtemps qu’avant. Shang-Chi et La Légende des Dix Anneaux avait également un potentiel plus grand, mais il a souffert de la période post-Covid. Il n’a pas été un échec, mais il aurait pu faire davantage d’entrées. 

Concernant l’animation, Wish : Asha et la Bonne Étoile, je ne la considère pas comme une déception. En France, il a bien performé, mais aux États-Unis, il n’a pas rencontré son public. Raya et Le Dernier Dragon n’a pas eu de sortie en salles, étant directement proposé sur Disney+ en raison du manque de réouverture des salles. Et pour Buzz L’Éclair, on pourrait penser qu’il aurait rencontré un public plus large, mais cela n’a pas été le cas.

[D] : Comment s’est passé le rachat du catalogue de 20th Century Studios et Searchlight Pictures à l’échelle française et comment avez-vous appréhendé l’intégration de ce catalogue à vos activités en jonglant entre des films d’auteur et des films grand public ?

[FM] : Pendant les discussions autour de la fusion, il y avait une certaine crainte de ne pas savoir gérer ce type de catalogue. Pour ma part, je n’avais pas cette crainte, car je viens de la Fox et de ces catalogues.

Chaque pays a un responsable pour Searchlight Pictures, ce qui assure la cohérence de la campagne marketing. J’avais déjà une connaissance de la personne responsable pour la France, et je tenais à conserver cette organisation et cette personne. Il ne faut pas oublier que les anciens de Disney avaient déjà géré Miramax, et j’avais dans mon équipe des personnes qui avaient de l’expérience avec ce type de catalogue. Nous avions également des anciens collaborateurs qui avaient travaillé chez d’autres distributeurs indépendants comme UGC. Toutes les équipes étaient excitées à l’idée de gérer ces catalogues, et je pense qu’elles ont su montrer leur capacité dès le départ avec des films comme Nomadland et Jojo Rabbit, qui ont rencontré un véritable succès. Et récemment, Pauvres Créatures a également très bien marché. Évidemment, Avatar : La Voie de l’Eau a également été un point central de notre travail.

[D] : Concernant certains films indépendants remarquables comme Nomadland, Les Banshees d’Inisherin, The French Dispatch ou Empire of Light, Disney France a souvent déployé de grands moyens pour leur apporter une visibilité suffisante. Cela a-t-il été pour vous un challenge inédit ?

[FM] : Pour gérer cela, nous avions un responsable pour Searchlight Pictures et un membre de l’équipe programmation dédié à Searchlight, ce qui permettait de coordonner les salles et les associations de salles art et essai comme l’AFCAE [Association française des cinémas d’art et d’essai]. Une fois par an, nous montrions les films Searchlight Pictures aux salles d’art et essai en province, en essayant de les nourrir d’informations et de leur montrer les films en avance. Les films Searchlight sont travaillés très en amont, ce qui réduit la pression de divulgation, contrairement à d’autres projets.

Nous essayions également d’obtenir le label de l’AFCAE pour certains films, mais pas trop pour d’autres labels, afin de laisser de la place aux indépendants qui ont besoin de cette aide. En ce qui concerne Searchlight Pictures, nous devions faire très attention au jour de sortie, en étant curieux des autres films concurrents pour placer notre film au mieux.

[D] : Vous avez eu l’opportunité de travailler par le passé sur le premier volet de la saga Avatar et, par la force des choses, vous avez distribué le second volet en 2022. Avez-vous abordé cette suite de la même manière qu’à l’époque du premier volet ? La démarche de Disney France était-elle différente de celle de 20th Century Fox France à l’époque ? Y avait-il peut-être plus de pression sur les épaules pour une suite dont on n’était pas forcément certain au départ qu’elle allait autant cartonner que son prédécesseur ?

[FM] : Pour le premier opus, j’ai rejoint la Fox en 2008, juste avant la sortie d’Avatar l’année suivante. Étant le troisième de ma génération à travailler dans le cinéma (mon père a également géré des salles), mon rôle consistait à convaincre les salles de se convertir au numérique, abandonnant ainsi l’argentique. Cela a pris environ un an, un an et demi, et j’ai réussi à convertir environ 220 à 240 salles. Au final, nous avons enregistré 14,5 millions d’entrées dans ces salles, ce qui a eu un impact essentiel sur le passage au numérique.

Avec Avatar : La Voie de l’Eau, James Cameron voulait que le spectateur vive l’expérience la plus unique possible. Il était donc crucial d’envoyer une version la plus adaptée possible aux équipements de chaque salle, ce qui a nécessité de collecter des informations techniques sur toutes les salles. Ce que j’avais réalisé en 2009 m’a beaucoup aidé pour ce nouveau film, car cela m’a permis d’avoir le bon discours avec les salles et de recueillir ces informations.

Nous avons travaillé sur beaucoup plus de versions que d’habitude. D’un point de vue technique, c’était comme si nous sortions dix films en même temps. Deux mois avant la sortie du second film, nous avons ressorti le premier film. C’était une volonté de Cameron de plonger toute une génération qui n’avait pas vu le premier film et de reconnecter le public avec cet univers. Cela a également été une grande répétition générale pour tester les différentes versions, comme si nous sortions déjà le deuxième film.

Cette ressortie a été délibérément limitée à deux semaines pour créer davantage d’événements. Cela a également servi de test pour la campagne marketing et pour corriger ce qui devait l’être avant la sortie du deuxième volet. Au final, nous avons enregistré 14,2 millions d’entrées, ce qui est impressionnant post-Covid.

[D] : De 2015 à 2019, vous avez été impliqué dans la distribution de la troisième trilogie de la saga Skywalker ainsi que de deux films dérivés de l’univers Star Wars, Rogue One : A Star Wars Story et Solo : A Star Wars Story. Quel bilan tirez-vous de cette première phase d’exploitation de la marque au cinéma par Disney ?

[FM] : Lors de cette première phase d’exploitation, il était essentiel de travailler les films dans le respect de la licence tout en étant innovant, car l’innovation est vraiment l’essence des films Star Wars. Par exemple, pour l’affiche de l’épisode VII, nous avions fait le choix de ne mettre aucun logo partenaire. Le maître mot que j’avais avec la responsable de Marvel et Star Wars était « Less is more ». L’idée était d’avoir une approche unique et forte en créant la rareté. C’est pourquoi, décision a été prise de ne pas inclure de logos de partenaires. En interne, nous avions également créé un décompte sur tous les écrans de l’immeuble, où nous alimentons les chiffres d’entrées le jour J. Cela nous permettait de suivre en temps réel où nous en étions. Cette approche rigoureuse et innovante a permis de poser les bases d’une exploitation réussie de la marque au cinéma.

[D] : Wish : Asha et la Bonne Étoile a été votre dernier film Disney sur lequel vous avez travaillé et également le point culminant du 100e anniversaire de la firme. Comment avez-vous appréhendé ce projet et, avec le recul, comment percevez-vous la réception du public à l’échelle française et internationale ?

[FM] : On a fait tout notre possible pour lier le film aux célébrations des 100 ans de Disney. Par exemple, en collaboration avec le circuit Pathé, Disney France a organisé une journée spéciale pour les enfants intitulée « Disney 100 ». Les équipes ont choisi d’attendre la fin de l’année pour activer l’anniversaire, afin de l’associer au film, qui contient de nombreux clins d’œil aux films emblématiques des 100 dernières années. Nous avons également lié cet anniversaire à un événement le 16 octobre [NDLR : Date de création des Walt Disney Animation Studios], avec une conférence au Festival Lumière de Lyon. En rassemblant tous ces éléments, nous espérions non seulement célébrer cet anniversaire, mais aussi créer une expérience mémorable pour le public.

[D] : La participation de Disney à de grands festivals de cinéma s’est encore accentuée au cours de votre mandat, surtout après le rachat de 20th Century. Qu’est-ce que cela a apporté sur vos campagnes promotionnelles ?

[FM] : Aujourd’hui, pour sortir un film en salles, il est essentiel d’événementialiser la sortie pour convaincre les spectateurs de venir. Des festivals comme Cannes ou Annecy jouent un rôle crucial en contribuant à l’événementialisation d’un film.

Cela est d’autant plus vrai aujourd’hui, post-Covid, où il est nécessaire de se différencier de l’offre des plateformes et des films disponibles à la maison. Pour Searchlight Pictures, par exemple, être présent à Cannes est déterminant. L’année dernière, pour Indiana Jones et Le Cadran de la Destinée et Élémentaire, nous avons continué à organiser des événements. Annecy est considéré comme le festival par excellence pour l’animation dans le monde. Nous avons réussi à institutionnaliser notre présence avec des événements comme le barbecue du vendredi et le Disney Art Challenge, qui auparavant se déroulait à Paris. Lors de ces festivals, nous présentons des avant-premières des films Pixar ainsi que les premières images des productions Disney prévues pour la fin d’année. Pour Pixar, les réalisateurs préfèrent généralement être à Annecy, ce qui témoigne de l’importance du festival dans le milieu de l’animation.

Il est vrai que le grand public connaît mieux Cannes qu’Annecy, mais ces deux festivals ont toujours été liés. Au début de Cannes, il y avait déjà des prix pour l’animation, et c’est à partir de Cannes qu’est né Annecy, pour offrir davantage de récompenses dans ce domaine. Pour les pairs du milieu du cinéma, Annecy a une grande valeur. À Annecy, j’accompagne les films, tandis qu’à Cannes, mon rôle est de m’assurer que tout est cohérent à mon niveau dans l’accompagnement des films.

[D] : Votre expérience chez Disney a-t-elle été conforme à vos attentes ? 

[FM] : Ce qui m’a vraiment motivé, c’était d’avoir la chance de rentrer dans la machine et de connaître le moteur. De l’extérieur, on a l’impression que c’est une grande machine de guerre. Face à eux, j’avais l’impression qu’ils avaient une force de frappe incroyable. Cela a été conforme à mes attentes dès les premières années ; c’était un vrai plaisir de travailler dans un environnement dynamique, toujours au service du film. Toutes les activités se mettaient au diapason de la sortie du film, et j’avais l’impression d’être un chef d’orchestre, orchestrant un travail collaboratif. Les campagnes que nous mettions en place avaient une dimension transversale.

Disney est en constante évolution, et il a fallu chaque fois s’adapter aux réorganisations. Un des meilleurs exemples de campagne transversale a été pour Star Wars. Pour les lancements des épisodes VII et VIII, nous avons pu créer tout un univers autour des sorties. Pour l’épisode VIII, par exemple, nous avons réalisé une opération sur TF1 qui montrait un autre Star Wars. Ils avaient même personnalisé leurs écrans de lancement de publicité avec un casque de stormtrooper, ce qui a permis d’immerger les fans dans l’univers de Star Wars en attendant le nouvel opus. Nous avons également eu une étroite collaboration avec Disneyland Paris pour le dernier Pirates des Caraïbes [La Vengeance de Salazar], avec des avant-premières au parc, et avec le partenaire M6. Sur chaque film, nous essayons de créer des campagnes à 360 degrés, y compris dans les boutiques Disney Store, où nous décorons les vitrines aux couleurs du film à venir.

[D] : Pouvez-vous nous donner votre ressenti sur l’évolution de l’entreprise au cours de ces 9 années ?

[FM] : L’entreprise est en constante évolution, tant sur le plan organisationnel que structurel. J’ai vécu plusieurs transformations durant ces années, et je me suis adapté à chacune d’elles avec agilité. C’est vraiment une expérience qui a été l’une des plus fortes de ma vie. 

[D] : Finalement, quelles grandes leçons tire-t-on après autant d’années à la tête d’une branche aussi importante de The Walt Disney Company France ? Que peut-on vous souhaiter pour la suite de votre carrière professionnelle ?

[FM] : La grande leçon que je tire de ces années, c’est que le collectif fait la différence. Il est essentiel de préserver ce collectif et de nourrir cet esprit d’équipe. J’ai eu à ma charge entre 12 et 20 personnes en direct, et j’ai coordonné 40 à 50 personnes. Chaque succès a été le fruit d’un travail collaboratif. Quant à mon avenir, je m’ouvre à toutes les possibilités du moment où il y a de nouveaux défis, d’intelligence collective et de la créativité ! Je passe actuellement une certification sur le leadership et le management complexe à Science Po Paris qui m’ouvre de nouvelles perspectives soit pour rejoindre un grand groupe, soit pour développer la société de conseil et d’accompagnement que j’ai créée : Poisson Pilote et Caetera (Etc…).

[D] : Étiez-vous un fan de l’univers Disney avant de travailler ici ?

[FM] : J’ai toujours été un admirateur de l’univers Disney. Enfant, j’étais davantage attiré par Marvel et Star Wars que par d’autres labels, mais l’animation a toujours été pour moi quelque chose de clé, de déterminant.

[D] : Que pensez-vous de la communauté des fans Disney en France, l’une des plus dynamiques et diversifiées en Europe ?

[FM] : La communauté des fans est admirable. Ce qu’ils font pour se rassembler et partager leur passion est vraiment impressionnant, et cela force le respect. Il y a autant de respect pour l’entreprise que pour les fans eux-mêmes.

[D] : Quels sont vos films préférés dans chacun des labels suivants : Disney, Pixar, Marvel, Star Wars, 20th Century Studios et Searchlight Pictures ?

[FM] :

  • Walt Disney Animation Studios : Le Roi Lion
  • Pixar Animation Studios : COCO
  • Marvel Studios : Avengers: Infinity War / Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2
  • Lucasfilm Ltd. : Rogue One : A Star Wars Story
  • 20th Century Studios : Avatar
  • Searchlight : Empire of Light
  • Disney Live Action : Pirates des Caraïbes : Le Secret du Coffre Maudit

[D] : Un dernier mot pour les lecteurs de Disneyphile ?

[FM] : Continuez comme ça et vive le cinéma ! Pour ma part j’espère avoir bien accompli ma tâche pendant ces neuf années.

Un parcours inspirant 

En récapitulant son parcours impressionnant et son expérience enrichissante chez Disney, Frédéric Monnereau laisse derrière lui un héritage fort dans le monde de la distribution cinématographique. Après neuf années marquées par des succès retentissants et des défis relevés avec brio, il a su naviguer à travers les évolutions de la maison Disney tout en demeurant fidèle à sa passion pour le cinéma. En partageant des anecdotes et des réflexions sur son travail, Frédéric Monnereau nous rappelle l’importance du collectif et de la créativité dans la réalisation de projets ambitieux. Alors qu’il s’apprête à écrire un nouveau chapitre de sa carrière, nous lui souhaitons le meilleur pour la suite et espérons le voir continuer à inspirer les professionnels et les passionnés du septième art.

Depuis le départ de Frédéric Monnereau, le poste de direction de la distribution a été repris par Nathalie Grison, jusqu’alors responsable des ventes.

Merci à Frédéric Monnereau pour le temps qu’il nous a accordé. Interview réalisée en plusieurs fois durant l’année 2024.



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