Cette année, la Marche des Fiertés 2025 à Paris s’est déroulée sans la présence officielle de The Walt Disney Company France, une absence remarquée après deux années consécutives (2023 et 2024) de participation active. Cette décision, qui contraste avec l’engagement historique de Disney en faveur de la diversité et de l’inclusion, notamment à travers son groupe d’employés LGBTQ+ « Disney Pride », soulève des questions sur les motivations de la firme. Entre pressions politiques internationales, recentrage stratégique sur les résultats commerciaux et contexte économique difficile marqué par des (semi-)échecs au box-office, Disney semble naviguer dans des eaux troubles dans l’Hexagone.
Une absence remarquée à la Marche des Fiertés 2025
Contrairement à 2023 et 2024, où Disney France avait marqué sa présence par de nombreux Cast Members et des initiatives visibles, l’édition 2025 de la Marche des Fiertés s’est déroulée sans la participation de la firme aux grandes oreilles. Cette décision intervient dans un contexte où d’autres grandes entreprises, comme Warner Bros. France, ont maintenu leur engagement, mettant en avant des marques comme HBO Max, reconnues pour leurs contenus inclusifs. L’absence de Disney est d’autant plus surprenante que la firme reste signataire de la Charte d’Engagement LGBTQ+ de l’association L’Autre Cercle, un engagement pris dès 2020 sous l’impulsion du groupe GEDI (Groupe d’Employés pour la Diversité et l’Inclusion) « Disney Pride », piloté par David Popineau et Sébastien Boureau.
Ce groupe interne a joué un rôle clé dans la promotion de l’inclusion des personnes LGBTQ+ au sein de l’entreprise, en organisant des événements, en sensibilisant les employés et en renforçant l’image de Disney comme un employeur progressiste. Pourtant, cette année, aucun groupe aux couleurs de Disney n’a défilé dans les rues de Paris, et aucune communication officielle n’a été publiée pour justifier cette absence.
Disneyland Paris maintient des célébrations
Paradoxalement, alors que Disney France s’est absentée de la Marche des Fiertés, Disneyland Paris a maintenu, le 29 juin 2025, une journée de célébrations dans le cadre de la « Disney Pride », organisée au sein du Parc Disneyland. Même si les soirées Disneyland Paris Pride ne sont plus d’actualité pour le moment, cette journée, qui comprenait des animations festives, des spectacles aux couleurs arc-en-ciel et des activités pour les visiteurs comme des rencontres avec des personnages, visait à célébrer la communauté LGBTQ+ dans un cadre contrôlé et bon enfant. En parallèle, des initiatives internes à destination des employés ont également été organisées, comme des ateliers de sensibilisation et des événements de cohésion d’équipe.

Cette distinction entre Disneyland Paris qui répond présent sur ce type de manifestation annuelle et une absence publique notable de la part de l’autre filiale française de Disney suggère une stratégie prudente de la part de cette dernière, qui paraît maintenir son engagement envers la diversité tout en limitant son exposition médiatique. Cette approche pourrait être motivée par le contexte politique et social tendu, tant en France qu’à l’international.
Un contexte politique explosif : l’influence de l’administration Trump
L’un des facteurs clés expliquant cette décision pourrait résider dans les bouleversements politiques aux États-Unis, où l’administration de Donald Trump, revenue au pouvoir en janvier 2025, a intensifié sa croisade contre les programmes de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI). Dès février 2025, Disney a annoncé une réduction significative de ses initiatives DEI, y compris la suppression du programme « Reimagine Tomorrow », lancé en 2021 pour promouvoir les voix sous-représentées, et la révision des critères de rémunération des dirigeants, où la « diversité et inclusion » a été remplacée par une vague « stratégie talent ».

Cette réorientation, annoncée par la directrice des ressources humaines Sonia Coleman dans une note interne obtenue par Axios le 11 février 2025, vise à « se concentrer davantage sur les résultats commerciaux ». Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de l’industrie américaine, où des entreprises comme Amazon, Meta et Google ont également réduit leurs programmes DEI sous la pression de l’administration trumpiste, qui a déclaré ces initiatives « illégales » dans les institutions fédérales.

Disney, souvent ciblée par les conservateurs américains pour son supposé « wokisme », fait face à une enquête de la Federal Communications Commission (FCC), dirigée par Brendan Carr, un proche de Trump. Cette enquête, lancée en mars 2025, vise à déterminer si les pratiques DEI de Disney et de sa filiale ABC respectent les réglementations sur l’égalité des chances en matière d’emploi. Cette pression politique, combinée à des critiques de la droite conservatrice accusant Disney de promouvoir une « propagande progressiste », pourrait avoir incité la firme à adopter un profil bas sur les questions de diversité, y compris dans certains pays clefs comme la France où ces sujets sociétaux sont toujours matière à polémique.
Une affiche polémique et des tensions à la Marche des Fiertés
En France, la Marche des Fiertés 2025 a été marquée par une controverse autour de son affiche officielle, qui représentait des manifestants « issus de minorités ethniques, sociales, religieuses, sexuelles et de genre » en train de pendre un homme « blanc », une image jugée provocatrice et violente par certains, bref à l’encontre des valeurs du vivre-ensemble. De plus, des slogans perçus comme d’extrême gauche, parfois hors-sujet, ont suscité des débats houleux, entraînant le retrait de subventions publiques et le désengagement de sponsors majeurs comme PayPal, RATP, Air France, Accor et Henkel. Disney, Sony et L’Oréal, bien que toujours associés à l’événement – cela inclut probalement des subventions octroyées à l’association organistatrice Inter-LGBT – ont pu être dissuadés par ce climat polarisé.

Cette polémique, ajoutée à la sensibilité accrue de Disney France à son image publique, pourrait expliquer son absence. La firme, déjà sous le feu des critiques pour ses récents choix de casting inclusifs (comme Halle Bailey dans La Petite Sirène ou Rachel Zegler dans Blanche Neige), semble désormais vouloir éviter toute association avec certains événements susceptibles de diviser son public.
Des résultats financiers en berne et une transformation interne ?
L’absence de Disney France à la Marche des Fiertés s’inscrit peut-être également dans un contexte économique difficile. Depuis 2022, sous la direction de Bob Iger, Disney a cherché à redresser ses finances après une série de déceptions. Des projets comme Elio et dans une moindre mesure Blanche Neige, Thunderbolts* et The Amateur n’ont pas atteint les résultats escomptés sur le sol gaulois, tandis que des blockbusters à venir, comme Les 4 Fantastiques : Premiers Pas, devront rivaliser avec des concurrents de poids tels que Jurassic World : Renaissance et Superman. De plus, Disney100 : L’Exposition à Paris ne parvient pas à attirer les foules depuis son lancement.

En parallèle, Disney France traverse une phase de transformation accélérée. En début d’année 2025, la filiale a déménagé ses bureaux parisiens, un symbole de sa restructuration interne. De plus, un plan social touchant une trentaine des 250 employés de Disney France, dans le cadre d’une réduction mondiale de 7 000 postes annoncée par Bob Iger, a créé un climat social tendu. Ces licenciements, combinés à des soupçons d’évasion fiscale qui placent la filiale dans le viseur de Bercy, renforcent la nécessité pour Disney France de soigner son image et d’éviter toute controverse.
Une stratégie d’équilibre délicate
L’absence de Disney France à la Marche des Fiertés 2025 semble donc résulter d’un savant calcul stratégique (un peu hypocrite, il faut l’avouer). D’un côté, la firme maintient des initiatives internes, comme la journée « Disney Pride » à Disneyland Paris, pour préserver son engagement auprès de la communauté LGBTQ+ et de ses employés. De l’autre, elle réduit sa visibilité publique sur des événements à fort potentiel de controverse, dans un contexte où chaque décision est scrutée par un public polarisé et des autorités politiques, notamment aux États-Unis.

Cette prudence pourrait également refléter une volonté de ne pas aliéner une partie de son audience conservatrice, qui a critiqué des choix comme le personnage gay d’Ethan Clade dans Avalonia, l’Étrange Voyage ou la suppression d’un personnage transgenre dans la série Pixar Gagné ou Perdu. Alors que Disney UK par exemple a continué d’organiser des événements Pride en 2025, la situation politique plus tendue en France et l’influence de l’administration Trump et plus globalement les bouleversements sur le Vieux Continent pourraient avoir conduit Disney France à adopter une approche plus discrète.

L’avenir des initiatives de diversité et d’inclusion chez Disney reste incertain. Si la firme a maintenu certains programmes outre-Atlantique, comme « Heroes Work Here » pour les vétérans militaires ou « Disney on the Yard » pour les diplômés d’universités historiquement noires, son recul sur les questions LGBTQ+ et DEI pourrait avoir des répercussions sur son image auprès des audiences progressistes. À l’inverse, ce repositionnement pourrait apaiser les critiques conservatrices et permettre à Disney de se recentrer sur ses objectifs commerciaux, à l’heure où des projets comme Les 4 Fantastiques : Premiers Pas, Zootopie 2 ou Avatar : De Feu et de Cendres représente un enjeu majeur pour 2025.

L’absence de Disney France à la Marche des Fiertés 2025 illustre un tournant stratégique pour la firme hexagonale, confrontée à des pressions politiques, économiques et sociales. Entre la nécessité de préserver son image, de répondre aux attentes d’un public diversifié et de naviguer dans un climat politique polarisé, la Maison française de Mickey semble opter pour une approche pragmatique, mais non sans risques. Reste à savoir si cette stratégie permettra à la firme de retrouver son éclat d’antan, ou si elle marquera un recul durable de son engagement en faveur de la diversité.
Disney a toujours porté des messages d’acceptation et d’amour universel, et nous, passionnés, croyons en ces valeurs qui font la magie de cet univers. Sans tomber dans un extrême ou un autre et encore moins dans quelque forme de récupération politique ou commerciale, il reste essentiel de garder à l’esprit que le pouvoir de la narration est la seule voie valable pour Disney qui lui permette de poursuivre ses efforts pour promouvoir l’égalité et la représentation des communautés LGBTQIA+ dans ses contenus et ses événements. En cette fin de Mois des Fiertés, Disneyphile continue d’afficher un soutien indéfectible à la cause LGBTQIA+.
