La bande-annonce du documentaire Lilith Fair : Building a Mystery – The Untold Story, produit par ABC News Studios et CBC, a été dévoilé il y a quelques jours, suscitant un vif intérêt pour cette plongée dans l’histoire du festival Lilith Fair. Réalisé par Ally Pankiw et inspiré d’un article publié en 2019 dans Vanity Fair et Epic Magazine, ce film explore les coulisses et l’impact culturel d’un événement musical qui a marqué les années 1990 en plaçant les artistes féminines au centre de la scène. Disponible sur Hulu et Hulu on Disney+ aux États-Unis à partir du 21 septembre 2025, ainsi que sur Disney+ à l’international, le documentaire promet une réflexion nuancée sur les défis et les triomphes d’une initiative qui a défié les normes de l’industrie musicale. Avec plus de 600 heures d’archives inédites, il s’appuie sur des témoignages d’artistes d’époque et contemporaines pour retracer l’évolution de ce phénomène.
Un festival né de la résistance face aux barrières de l’industrie
Lilith Fair, qui s’est déroulé de 1997 à 1999, se distinguait radicalement des grands événements comme Lollapalooza ou Woodstock ’99, dominés par des programmations majoritairement masculines. Initié par Sarah McLachlan, en collaboration avec les cofondateurs Terry McBride, Dan Fraser et Marty Diamond, ce tour et festival exclusivement dédié aux artistes solo féminines ou aux groupes menés par des femmes visait à contrer les obstacles systémiques de l’époque. Les promoteurs refusaient souvent de programmer deux artistes féminines sur la même affiche, arguant que le public ne viendrait pas. Dans la bande-annonce, McLachlan, âgée de 57 ans, se remémore ces résistances avec une franchise acerbe :
« Les promoteurs me disaient que je ne pouvais pas mettre deux femmes sur la même scène parce que les gens ne viendraient pas. C’est du pur foutoir complet. »
Ce contexte historique est au cœur du documentaire, qui met en lumière comment Lilith Fair est devenu un espace de visibilité pour des talents comme Jewel, Paula Cole ou Erykah Badu. La bande-annonce, d’une durée d’environ deux minutes, alterne entre extraits d’archives vibrants – scènes de concerts en plein air, foules enthousiastes – et interviews récentes, sous une bande-son qui évoque l’énergie folk-pop des années 1990. La réalisatrice Ally Pankiw, 38 ans, connue pour son travail sur Sam Fait Plus Rire, explique dans une déclaration :
« Je suis si fière de faire partie de ce beau documentaire – surtout à un moment qui semble idéal pour mettre en lumière une histoire de résistance et de joie radicale face à des systèmes qui cherchent à maintenir les femmes et les voix diverses dans l’ombre. »
Les ombres derrière la lumière des néons
La bande-annonce ne se contente pas de célébrer les succès ; il aborde aussi les controverses qui ont entouré Lilith Fair. McLachlan évoque un incident marquant : une menace de bombe qui a révélé l’ampleur de la colère suscitée par l’événement. « Je n’avais jamais vu une telle colère », confie-t-elle, soulignant les réactions hostiles d’une partie de l’industrie et du public face à cette affirmation féminine. Jewel, pour sa part, décrit le festival comme un « train de marchandises » qui « a pris vie de son propre chef », illustrant comment Lilith Fair a dépassé les attentes pour devenir un mouvement culturel, générant des revenus records et boostant les carrières de nombreuses artistes.

Produit avec le soutien des fondateurs originaux, le film intègre des entretiens avec des figures emblématiques comme Bonnie Raitt, Sheryl Crow, Erykah Badu, Paula Cole, Mýa, Natalie Merchant, Indigo Girls et Emmylou Harris. Ces témoignages croisés révèlent les dynamiques internes : la solidarité entre artistes, mais aussi les critiques internes sur la représentativité ethnique et l’inclusivité. La bande-annonce capture cette dualité à travers des plans dynamiques de performances live, où les guitares acoustiques et les voix puissantes résonnent sous des ciels étoilés, contrastant avec des discussions plus introspectives.
L’héritage vu par les nouvelles générations : Olivia Rodrigo et Brandi Carlile au premier plan
Une des forces du documentaire réside dans sa connexion entre passé et présent. La bande-annonce met en vedette des artistes plus jeunes, comme Olivia Rodrigo, 22 ans, et Brandi Carlile, qui rendent hommage à Lilith Fair. Rodrigo, qui avoue n’avoir découvert le festival qu’après coup, exprime son incrédulité : « J’étais en état de choc de ne jamais en avoir entendu parler avant. » Elle ajoute que les chanteuses-auteures des années 1990 sont sa « constante inspiration », qualifiant ces pionnières de « mes étoiles du Nord ». Ces mots soulignent le legs durable de Lilith Fair, qui a pavé la voie pour une plus grande diversité sur scène, même si des défis persistent.
McLachlan elle-même, en visionnant le film, exprime une émotion palpable : « Je suis remplie de fierté et de nostalgie en regardant ce film. Ally et l’équipe ont magnifiquement capturé la magie et la force d’une communauté de femmes qui se sont unies pour se hisser mutuellement et créer un changement positif dans le monde. J’espère que le film résonnera avec tout le monde et que nous pourrons continuer à nous soutenir et à nous championner les uns les autres. » Ce lien intergénérationnel, illustré par des montages alternant archives et interviews actuelles, positionne le documentaire comme un miroir des évolutions sociétales en musique.
Une première au TIFF et une diffusion imminente sur les plateformes
Le documentaire a eu sa première mondiale au Toronto International Film Festival (TIFF) le 14 septembre 2025, marquant un lancement en grande pompe pour ce projet coproduit par ABC News Studios et CBC, avec une production exécutive assurée par Dan Levy. Au Canada, il sera diffusé dès le 17 septembre sur CBC et CBC Gem, avant une sortie synchronisée le 21 septembre sur Hulu aux États-Unis et sur Disney+ à l’international. Cette stratégie de diffusion reflète l’ampleur du sujet, accessible à un public mondial via les plateformes de streaming.
Inspiré de l’article « Building a Mystery : An Oral History of Lilith Fair » rédigé en 2019 par Jessica Hopper, avec Sasha Geffen et Jenn Pelly, le film s’appuie sur une recherche approfondie pour offrir une narration équilibrée. Sans verser dans l’hagiographie, il interroge les limites du festival – comme les critiques sur son focus principal sur les artistes blanches – tout en célébrant son rôle pionnier. À l’heure où les mouvements pour l’égalité dans la musique gagnent en visibilité, Lilith Fair : Building a Mystery arrive à point nommé, invitant à une redécouverte critique de ce chapitre clé des années 1990. Pour les fans de Sarah McLachlan ou d’Olivia Rodrigo, cette bande-annonce n’est qu’un avant-goût d’une exploration riche en émotions et en leçons.
