Dans une tribune publiée sur Deadline, Dan Gilroy, l’un des scénaristes de la série Star Wars : Andor de Disney+ (et frère de Tony Gilroy, le créateur de la série), tire la sonnette d’alarme sur la suspension indéfinie de l’émission Jimmy Kimmel Live! par ABC, filiale de Disney. Reliant son travail sur une dystopie fasciste à la réalité actuelle, Gilroy voit dans cette décision une capitulation face aux pressions politiques, et appelle l’industrie du divertissement à une mobilisation urgente contre ce qu’il qualifie d’« evil venomous » – un mal sophistiqué et rampant.
Des échos entre fiction galactique et réalité terrestre
Dan Gilroy, qui a consacré six années à explorer un régime autoritaire dans une galaxie lointaine pour Andor, n’hésite pas à dresser des parallèles avec les événements récents. « Beaucoup ont vu des similitudes entre Andor et le monde réel. Je les vois aussi, particulièrement dans les événements de la semaine dernière », écrit-il. La série, centrée sur des citoyens ordinaires face à un empire oppressif, résonne selon lui avec les méthodes de gouvernance de Donald Trump : coercion, intimidation et ciblage d’Hollywood.
La suspension de Kimmel, survenue le 17 septembre, fait suite à ses commentaires sur la mort de l’activiste conservateur Charlie Kirk, fondateur de Turning Point USA, abattu le 10 septembre. Face à un tollé sur les réseaux sociaux, des menaces du président de la FCC – qui a évoqué une approche « facile ou difficile » – et des préemptions par des groupes de stations affiliées comme Nexstar, Disney a choisi de mettre l’émission en pause. Gilroy reconnaît la difficulté de cette décision : « Je suis profondément en désaccord mais je reconnais que c’était une décision difficile. » Il avertit toutefois que quiconque travaille dans l’industrie pourrait bientôt affronter un choix similaire entre conscience et précarité.
Un carrefour pour Disney et l’industrie
Pour Dan Gilroy, Disney se trouve à un carrefour décisif : rompre le contrat de Kimmel et paver la voie à un « nouveau monde trumpien », ou défendre le Premier Amendement face à l’assaut. « Il n’y a pas grand-chose en jeu, juste la liberté d’expression, l’oxygène qui maintient la vie dans cette ville », ironise-t-il. Trump, selon lui, vise à contrôler les contenus produits et les discours tenus à Hollywood. Il évoque des scénarios concrets : un nouveau bureau de supervision ou un poste au cabinet, des représentants trumpistes débarquant à Los Angeles avec des listes de sujets interdits ou obligatoires, des pitches soumis à approbation, des interrogatoires sur des collègues « subversifs ».
Cette attaque n’est pas une simple escarmouche, insiste Gilroy, mais un siège. Il rappelle que les artistes sont souvent les premiers censurés, comme sous Poutine qui a muselé les émissions critiques dès son arrivée au pouvoir. « Les artistes sont censurés en premier parce qu’ils nous craignent le plus », affirme-t-il. Le choc des derniers jours est d’autant plus vif que beaucoup à Hollywood se voyaient comme de simples divertisseurs, ou au mieux des injecteurs de thèmes subtils. Soudain, « tout est devenu réel comme dans [la série télévisée] Westworld« .
Un appel à l’action collective
Gilroy transforme sa tribune en un manifeste : que l’on soit en file d’attente chez Blue Bottle, en pause avant un Zoom ou insomniaque devant un écran, « nous sommes tous devenus des personnages dans une histoire où nos actions ont un poids et des conséquences réels ». Face au « mal le plus sophistiqué, venimeux et rampant de l’histoire américaine », il n’y a pas de neutralité : « Si vous êtes sur la touche, vous avez fait un choix et devez vivre avec. »
Leur objectif, dit-il, est d’instiller la peur, l’impuissance, le désespoir pour briser les résistances. Sa réponse : « Ne les laissez pas. Éduquez-vous. Organisez-vous. Parlez vérité au pouvoir. Parce que l’histoire n’est pas écrite – le stylo est dans votre main. »
Contexte d’un Emmy et de manifestations
Cette intervention de Gilroy intervient peu après son Emmy remporté le week-end dernier pour l’épisode de la saison 2 d’Andor intitulé « Bienvenue dans la Rébellion », qui inclut un discours anti-fasciste de Mon Mothma au Sénat. Cet épisode était au cœur des esprits jeudi lors des protestations organisées par les guildes des scénaristes (WGA) et acteurs (SAG-AFTRA) devant les bureaux de Disney à Burbank. Des pancartes brandissaient des messages comme « Avez-vous seulement regardé Andor ? » ou « C’est littéralement ce dont parle votre série Andor« , soulignant l’ironie d’une entreprise produisant des contenus sur la résistance tout en cédant à des pressions perçues comme autoritaires.
Cette tribune met en lumière les tensions croissantes entre Hollywood et les influences politiques, dans un contexte où la liberté d’expression devient un enjeu central pour l’avenir de l’industrie. Gilroy, avec son expérience sur Andor, offre au passage une perspective unique, transformant une critique en un appel à la vigilance collective.
