Plus de 200 membres des syndicats de scénaristes (WGA) et d’acteurs (SAG-AFTRA) se sont rassemblés ce jeudi 18 septembre 2025 devant les studios Disney à Burbank, en Californie, pour dénoncer la décision d’ABC (chaîne du groupe) de suspendre indéfiniment l’émission Jimmy Kimmel Live !. Cette action spontanée, organisée à la dernière minute, marque un retour sur le site de la grève de 2023, à la porte Alameda, et exprime une colère vive contre ce que les manifestants perçoivent comme une capitulation face à la censure politique. Brandissant des pancartes incisives et scandant des slogans en faveur de la liberté d’expression, ils ont rappelé les enjeux du Premier Amendement, dans un contexte tendu par les récents commentaires de Kimmel sur l’assassinat de Charlie Kirk, qui ont suscité une polémique amplifiée par le président de la FCC, Brendan Carr.
Un appel impromptu qui rassemble les troupes
L’événement, baptisé « Protest ABC – For Comedy, Criticism, and 1st Amendment », a vu les participants répondre à un appel lancé seulement quelques heures avant midi. Devant l’entrée principale de Disney, les manifestants – dont beaucoup arboraient les t-shirts bleus emblématiques de la WGA West – ont marché de long en large, provoquant des coups de klaxon solidaires des automobilistes. Un drapeau américain inversé, symbole traditionnel de détresse nationale, flottait parmi les bannières, soulignant l’urgence perçue de la situation. Alyssa Phillips, actrice et ancienne capitaine de grève au sein de SAG-AFTRA, a exprimé cette fatigue collective en agitant une pancarte en forme de main de Mickey Mouse faisant un geste d’honneur : « Je ne pensais pas avoir à ressortir ça si vite. Je suis fatiguée de me sentir impuissante. Mais je sais que ça aide, comme en 2023. Il y a de la force dans la solidarité et dans le bruit. »

Ce rassemblement impromptu reflète une mobilisation rapide, nourrie par les réseaux sociaux et les souvenirs frais de la grève de 2023, qui avait paralysé Hollywood pendant près de quatre mois. Les participants, issus des deux syndicats, ont uni leurs voix pour défendre non seulement Kimmel, mais aussi les principes de satire et de critique politique au cœur de la comédie télévisée.
Des pancartes qui cognent en référence à Andor et à la satire Disney
Les slogans des manifestants étaient à l’image de leur indignation : des messages comme « ABC Bends the Knee to Fascism » (« ABC plie le genou face au fascisme ») ou « Even Matt Damon Knows this is F*cked » (« Même Matt Damon sait que c’est foutu ») – une vanne en lien avec la fausse rivalité amicale et indéfectible entre Damon et Kimmel – ont capté l’attention des passants. D’autres faisaient directement écho à l’univers Disney, avec des allusions à la série Star Wars : Andor, récemment primée de cinq Emmys lors de la cérémonie du dimanche précédent. Kevin Chesley, un scénariste arrivé sur place quarante-cinq minutes avant le début, tenait une pancarte proclamant : « This is literally what your show Andor is about » (« C’est littéralement de quoi parle votre série Andor »). Un autre participant renchérissait avec « Did you even watch Andor ? » (« Avez-vous seulement regardé Andor ? »), évoquant le discours anti-fasciste de Mon Mothma écrit par Dan Gilroy dans l’épisode « Bienvenue dans la Rébellion ».

Chesley, encore marqué par ces récompenses récentes, a confié : « Quand je vois Trump monter Les Misérables au Kennedy Center, je me dis qu’il n’a rien compris. Ça m’a fait réaliser que je devais être là aujourd’hui, parce que ce qui se passe est affreux. Ce qui est arrivé à Charlie Kirk est affreux. Je suis malade pour ce pays que j’aime, et je veux qu’il aille mieux. Et ça, ce n’est pas ça. » Ces références à Andor, une production Disney+ acclamée pour sa critique subtile des régimes autoritaires, soulignent l’ironie perçue : comment une entreprise qui finance de tels récits pourrait-elle censurer une émission satirique ?
Le contexte de la décision : une conversation tendue au sommet d’ABC
La suspension de l’émission Jimmy Kimmel Live! fait suite à une décision prise par la haute direction d’ABC, filiale de Disney. Mercredi soir, alors que Kimmel s’apprêtait à enregistrer un nouveau numéro de l’émission, la présidente de Disney Entertainment Dana Walden l’a informé d’une « conversation réfléchie » avec lui, expliquant que, de concert avec le PDG Bob Iger, ils choisissaient de « préempter » le programme. Cette mesure vise à atténuer la controverse déclenchée par les remarques de Kimmel sur l’assassinat de Charlie Kirk, qualifiées par le président de la FCC, Brendan Carr, de « l’une des conduites les plus malades possibles ».

ABC n’a pas commenté officiellement la manifestation, mais les manifestants y voient une soumission à des pressions politiques, potentiellement liées à l’agenda de la FCC. Depuis l’annonce, les réseaux sociaux bruissent d’appels au boycott des plateformes Disney, tandis qu’un groupe de Démocrates à la Chambre des représentants a dévoilé jeudi un projet de loi visant à renforcer la protection de la liberté d’expression dans les médias. D’autres citoyens américains et certaines personnalités (elles sont rares quand même) se réjouissent de cette décision.
Une solidarité qui résonne avec 2023
Ce protestation, bien que brève pour le moment, rappelle la puissance des actions collectives dans l’industrie hollywoodienne. En 2023, les mêmes portes d’Alameda avaient été le théâtre d’une grève historique qui avait abouti à des accords salariaux majeurs. Aujourd’hui, les enjeux paraissent plus larges, touchant à la censure et à l’indépendance éditoriale. Phillips, en brandissant son symbole rebelle, a insisté sur l’impact : « Il y a de la force dans la solidarité. »
Peu après la publication de l’affaire Kimmel, la Writers Guild of America West et la Writers Guild of America East écrivaient : « Le droit d’exprimer son opinion et d’être en désaccord – voire de déranger – est au cœur même de ce que signifie être un peuple libre. Il ne peut être nié. Ni par la violence, ni par l’abus de pouvoir gouvernemental, ni par la lâcheté des entreprises », notaient-elles. « En tant que syndicats, nous sommes unis dans notre opposition à quiconque use de son pouvoir et de son influence pour faire taire les voix des écrivains ou quiconque exprime son désaccord. Si la liberté d’expression ne s’appliquait qu’aux idées qui nous tiennent à cœur, nous n’aurions pas eu besoin de l’inscrire dans la Constitution. Ce que nous avons signé – aussi douloureux que cela puisse être parfois – est l’accord libérateur de ne pas être d’accord. Honte à ceux qui, au gouvernement, oublient cette vérité fondatrice. Quant à nos employeurs, nos paroles vous ont enrichis. Nous réduire au silence appauvrit le monde entier. »
Protesters outside of ABC-Disney after the network pulled ‘Jimmy Kimmel Live!’ pic.twitter.com/QSYdc4Jdkm
— Deadline (@DEADLINE) September 18, 2025
Alors que la manifestation s’est dispersée dans l’après-midi, elle laisse un message clair : les créateurs de contenu refusent de voir la comédie plier face à la politique. Avec les Emmys récents d’Andor en toile de fond, cette mobilisation interroge le rôle de Disney dans la défense de la satire, un pilier de son héritage culturel, qui, est également menacé en Europe. Les suites de cette affaire, incluant d’éventuelles négociations ou escalades légales, restent à suivre dans les prochains jours.
