Dans la nuit, un bateau en bois à deux ponts a été posé sur la rive des Rivers of the Far West, visible depuis la croisière du Molly Brown dans le cadre de Thunder Mesa Riverboat Landing. Le nom est encore lisible sur le pavillon supérieur : Coyote. À la proue, on distingue aussi le numéro d’immatriculation P 016 203 F. Il ne s’agit pas pour autant d’une embarcation neuve, loin de là. C’est l’une des deux coques de River Rogue Keelboats, l’ancienne attraction culte de Frontierland. L’autre s’appelait Raccoon. Ensemble, elles ont ouvert avec le parc le 12 avril 1992.
Le décor n’est pas fini comme vous pouvez le constater. La console électronique reste apparente par exemplle ainsi que des bâches. Une thématisation plus poussée, inspirée notamment du film Davy Crockett et les Pirates de la Rivière est attendue, comme le suggérait l’étude préparatoire dévoilée en 2025. Le bateau est échoué, légèrement de biais, à même la terre et l’eau. Rien, pour l’heure, n’a été annoncé par Disneyland Paris.
Surprise depuis le Molly Brown aujourd’hui
Thunder Mesa Riverboat Landing a été amputé il y a des années d’un de ses bateaux à aube et ne compte désormais plus que le Molly Brown dans son parc nautique. Le Mark Twain est hors service et en état de décrépitude avancée dans les coulisses. La croisière, d’une quinzaine à une vingtaine de minutes, contourne Big Thunder Mountain et longe plusieurs scènes emblématiques : la cabane de Catfish Joe, les geysers, le squelette de tyrannosaure figé dans la lave, pour ne citer qu’elles.

Cet été, le parcours a reçu trois nouvelles scènes animalières inspirées de croquis de Marc Davis : bison, cerfs, ratons laveurs et moufette sur un tronc. Disneyphile en avait rendu compte au fur et à mesure de leur installation, fin juin. Jusqu’ici, la quatrième et dernière scène n’était toujours pas apparue. C’est désormais chose faite. Du moins, c’est presque le cas car elle est seulement en cours d’installation. Le Coyote est donc apparu à la vue de tous, entre les bouleaux et l’eau verte.
Une attraction courte, chère, et déjà pirate
River Rogue Keelboats n’était pas un steamer. Il s’agissait de deux petits bateaux de bois, d’une capacité d’accueil de quarante places environ, pont inférieur et toit. Les passagers embarquaient depuis Smugglers’ Cove — un quai dissimulé entre les rochers, à l’écart du Molly Brown. L’idée de cette attraction, dès l’origine, était d’amener davantage de vie et d’histoire aux lieux grâce aux « river rogues » : des pirates d’eau douce qui écumaient encore un Far West déjà presque rangé.

La filiation est américaine. Walt Disney avait tiré ses Mike Fink Keel Boats à Disneyland de l’épisode « Davy Crockett’s Keelboat Race » de la série éponyme. Disneyland Paris a repris le principe sous un nom local, avec deux bateaux inédits, le Coyote et le Raccoon. Mais comme en France, l’attraction a disparu : Disneyland en 1997, Magic Kingdom en 2001. Le Parc Disneyland a été le dernier parc à la faire vivre jusqu’en 2009.

Elle n’a jamais été rentable et souffrait d’un faible débit. Beaucoup de Cast Members devaient la faire tourner pour peu de visiteurs. Et elle imposait, du reste, une formation lourde en termes de navigation et de consignes de sécurité. Son exploitation diurne était, en outre, conditionnée à la météo et à la saison. Le service régulier s’est essoufflé au début des années 2000. Un retour quotidien a eu lieu le 21 juillet 2007, année du fastueux 15e anniversaire. Il n’a pas duré.
Le Coyote n’est pas mort avec l’attraction
Après la fermeture, le Coyote a continué à servir le Parc Disneyland. Oui, mais plus comme un manège à part entière : comme une simple navette. Les Cast Members de Frontierland l’utilisaient pour relier les berges des Rivers of the Far West à celles de Big Thunder Mountain. Un usage discret, interne, qui explique pourquoi la coque n’a pas disparu tout de suite.

Le Raccoon, lui, n’a pas eu cette seconde vie visible. Il croupit en coulisses depuis longtemps, rongé par la végétation. Avec le Coyote désormais fixé à la rive, plus aucun bateau de l’ancienne attraction n’est disponible pour un éventuel retour en service. C’est un point de bascule : les deux bateaux existaient encore, quelque part. Il n’en reste plus un de libre.
Un échouage, pas encore un tableau
Les photos de ce matin le montrent sans fard. L’escalier vers le pont supérieur est en place. Les volets, les bouées, le gouvernail à l’arrière aussi. La caisse technique et la console, elles, n’ont pas été habillées pour le moment. Tant qu’elles restent visibles, le bateau raconte encore une part de son ancienne vie : un véhicule d’attraction reconverti, pas encore un décor achevé. L’étude préparatoire de 2025 montrait le Coyote à un tout autre endroit. Disney a finalement opté pour un lieu final plus naturel.

La suite prévue n’est donc pas un retour à l’eau mais une customisation. Le thème annoncé pour ce travail est pirate — ce qui n’est en soi pas un écart thématique brutal avec Smugglers’ Cove, mais un glissement : d’embarcation de visite à épave thématisée. On pourrait même y voir une forme de poésie ironique, du fait de l’extinction définitive de l’attraction. Les éléments électroniques doivent disparaître sous l’habillage. Mais il ne faut pas s’attendre à davantage. Un peu plus de vie et d’effets dynamiques auraient été les bienvenus au nivbeau de cette quatrème scène supplémentaire des Rivers of the Far West mais il faut, encore une fois, saluer les efforts de Walt Disney Imagineering Paris, d’avoir voulu redorer un peu l’image de ce parcours trop délaissé depuis des années.

Frontierland range ses outils, un par un
Ce geste s’inscrit dans une saison déjà occupée sur les rives de Thunder Mesa. Réhabilitation des Rivers of the Far West, Big Thunder Mountain repris en 2025, chasse au trésor, Fort Comstock peut-être bientôt réhabilité… Disneyphile a suivi ces chantiers séparément. Le Coyote les relie d’une autre manière : ce n’est pas une attraction nouvelle, c’est une pièce d’archive remise dans le paysage de manière pérenne.
Paris n’a plus de canoë indien depuis 1994. Plus de keelboat depuis plus de quinze ans. Plus qu’un steamer en ligne. Et les embarcations qui ont sillonné ces eaux finissent soit dans les coulisses ou s’offrent une nouvelle vie. C’est le cas du Coyote qui est de retour mais n’attend plus de passagers.

