Cinquante ans après sa sortie américaine, le premier Star Wars va être projeté en IMAX — et, dans un nombre restreint de salles, sur copies 70 mm. Le même format accueillera, trois mois plus tard, Star Wars : Starfighter, le film autonome de Shawn Levy avec Ryan Gosling. L’annonce, faite le 8 septembre par Lucasfilm et IMAX, relie un anniversaire, une restauration et un format que le public a récemment réappris à chercher.
Un format rare, un film qui ne l’avait jamais connu
Jusqu’ici, La Guerre des Étoiles (1977), rebaptisé plus tard Star Wars : Épisode IV – Un Nouvel Espoir, n’avait jamais été présenté en IMAX, ni numérique ni argentique. C’est le point central du communiqué : la ressortie du 19 février 2027 sera la première exposition de ce film au réseau IMAX. Des copies IMAX 70 mm seront disponibles dans un nombre limité de salles équipées ; le film sortira aussi en IMAX numérique et, pour une durée limitée, dans d’autres cinémas.
Une précision s’impose, parce que le mot « IMAX » désigne à la fois un réseau de salles et un format de présentation. Lucasfilm affirme que le Star Wars de 1977 sera « presented in IMAX for the first time ever — in digital or on film » : présenté en IMAX, pour la première fois, en numérique ou sur pellicule. C’est le sens industriel du terme. Une sortie IMAX, ce n’est pas seulement allumer le projecteur dans une salle qui porte cette enseigne. C’est une remastérisation pensée pour ce circuit — recadrage, résolution, copies 70 mm IMAX le cas échéant — et le label qui va avec. Pour Un Nouvel Espoir, cela n’avait jamais eu lieu.
Cela n’empêche pas que le film ait déjà occupé, ponctuellement, des auditoriums IMAX. Certaines salles, comme l’IMAX Melbourne ou le BFI IMAX à Londres, l’ont projeté sur leur grand écran en numérique standard, parfois en le précisant elles-mêmes : pas de remaster IMAX, simple copie 2K ou 4K dans la salle. Le public voyait donc le film dans une salle IMAX, pas une version IMAX du film.
Deux autres confusions reviennent souvent. Dès 1977, Star Wars a connu des copies 70 mm classiques, agrandies à partir du 35 mm. Ce 70 mm-là n’est pas l’IMAX 70 mm (pellicule 15/70 à défilement horizontal, cadre plus haut, parc d’une quarantaine de salles dans le monde). Et en 1996, le documentaire IMAX Special Effects: Anything Can Happen, de Ben Burtt, recréait la séquence d’ouverture d’Un Nouvel Espoir en grand format : une reconstitution, pas le long-métrage.
Enfin, d’autres films de la saga ont bien eu droit à l’IMAX : L’Attaque des Clones dès le début des années 2000, puis notamment Le Réveil de la Force, dont certaines séances ont même occupé des salles IMAX 70 mm. La « première » de 2027 concerne le film de 1977, pas toute la franchise.
En résumé : jamais de présentation IMAX officielle d’Un Nouvel Espoir jusqu’ici. Déjà, parfois, le même film sur un écran IMAX, sans être devenu pour autant un film IMAX. L’événement de 2027 n’en est pas moins inédit pour le film fondateur, tourné en 35 mm et jamais conçu pour ce cadre.

Lucasfilm parle d’une « version nouvellement restaurée du film original », celui qui s’appelait simplement La Guerre des Étoiles ou Star Wars à sa sortie. Le studio n’a pas publié, à ce stade, un inventaire plan par plan des choix de restauration.
Ce que « IMAX 70 mm » veut dire concrètement
L’IMAX numérique, désormais courant dans les multiplexes, n’est pas le 70 mm. L’IMAX 70 mm, parfois appelé 15/70, utilise une pellicule de 70 mm qui défile à l’horizontale, avec quinze perforations par photogramme. L’image est plus grande, plus détaillée, et le ratio peut s’ouvrir jusqu’à environ 1,43:1 dans les salles conçues pour ce projecteur — un cadre plus haut que le Scope classique. Il n’existe qu’une quarantaine de ces salles dans le monde. Les copies sont lourdes, coûteuses, et les projecteurs demandent une maintenance particulière. C’est précisément cette rareté qui a relancé le désir autour du format.
Pour Un Nouvel Espoir, il s’agira d’un agrandissement et d’une présentation d’un film 35 mm restauré, pas d’une prise de vues originelle en IMAX. Pour Starfighter, le geste est inverse : le film a été tourné avec des caméras certifiées IMAX, puis converti en copies 70 mm pour les salles film. Les deux titres seront aussi disponibles en IMAX numérique, nettement plus nombreux.
Le 19 février 2027, le premier Star Wars retrouve la salle
La ressortie s’inscrit dans une année d’anniversaire orchestrée par Lucasfilm. Aux États-Unis, Star Wars a été dévoilé le mercredi 25 mai 1977, dans une poignée de salles — une trentaine le premier jour — avant de devenir un phénomène. En France, le film est arrivé plus tard : festival de Deauville en septembre, sortie commerciale le 19 octobre 1977.
Le 19 février 2027 n’est donc pas « le » jour anniversaire. C’est le créneau choisi pour remettre le film en salle, en amont du week-end de mai où sortira Starfighter. La durée d’exploitation, la liste des salles IMAX 70 mm et le calendrier français n’ont pas encore été détaillés. Compte tenu du nombre de projecteurs 70 mm IMAX, une grande partie du public verra de toute façon la version numérique grand format.
Ceux qui ont connu les ressorties de 1997 (édition spéciale), de 2012 ou les passages télévisés retrouveront un objet un peu différent selon la copie retenue. Le communiqué insiste sur le film original restauré. Les débats d’aficionados — Han et Greedo, Jabba dans le hangar, densité des effets numériques ajoutés plus tard — reprendront dès que la première séance publique permettra de comparer. Pour l’instant, ce n’est pas documenté.
Le week-end de mai qui ferme la boucle des cinquante ans
Star Wars : Starfighter sortira le 28 mai 2027. Ce n’est pas le 25 mai au jour près, mais le week-end d’anniversaire des cinquante ans de la première américaine. Shawn Levy l’a dit clairement à la D23 : le film sort le même week-end que le Star Wars de 1977, « cinquante ans plus tôt ». Le réalisateur a ajouté que le calendrier n’avait pas été calculé ainsi au départ.
Levy (Deadpool & Wolverine, Stranger Things) réalise et produit avec Kathleen Kennedy. Le scénario est de Jonathan Tropper. Ryan Gosling, Dan Levine, Mary McLaglen et Josh McLaglen sont producteurs délégués. Le film est présenté comme une aventure autonome, située environ cinq ans après L’Ascension de Skywalker (2019), dans une période que la saga n’avait pas encore filmée, avec des personnages nouveaux. Levy a évoqué, parmi ses références de mise en scène, Outsiders de Francis Ford Coppola : des figures venues « du mauvais côté de la galaxie ».
Gosling incarne Kade Auberon, pilote décrit comme un rôdeur cynique dont le passé le rattrape. Le synopsis officiel indique ceci : lorsqu’il est confronté à ce passé mystérieux, il est jeté dans une aventure dangereuse à travers la galaxie, « sur une trajectoire de collision avec son destin ». À la D23, le personnage a aussi été présenté comme un homme « du mauvais côté de la galaxie », dont le sort s’entrelace avec « le starfighter le plus rapide jamais construit ». Le jeune Flynn Gray joue aux côtés de Gosling ; plusieurs sources de production le donnent pour le neveu du pilote.

L’équipe confirmée par Lucasfilm comprend également Matt Smith, Mia Goth, Aaron Pierre, Simon Bird, Jamael Westman, Daniel Ings et Amy Adams. Smith et Goth sont régulièrement indiqués comme des figures antagonistes ; Adams serait la mère du personnage de Gray. Ces attributions de rôles restent partiellement informelles : le studio n’a pas publié de distribution complète personnage par personnage. Le tournage, commencé au Royaume-Uni à la fin de l’été 2025, était achevé fin 2025. Claudio Miranda est chef opérateur ; Thomas Newman est annoncé à la musique.
Starfighter, autre film, autre rapport à l’image
Là où Un Nouvel Espoir arrive en IMAX par restauration et tirage, Starfighter a été conçu pour ce circuit. Lucasfilm indique un tournage « filmed for IMAX », caméras certifiées, puis conversion en copies 70 mm pour un parc restreint de salles film. C’est la logique devenue familière depuis que les blockbusters négocient avec IMAX : une partie du film est pensée pour le grand cadre, même si la majorité des spectateurs verra une copie numérique.
Cela ne dit rien, encore, de la qualité du récit. Cela dit quelque chose de la stratégie : Lucasfilm aligne l’anniversaire du film qui a inventé le blockbuster moderne et la sortie d’un nouvel opus sur le format qui, en 2026, a le plus clairement relancé l’idée de « séance événement ».
L’effet Odyssée
Le calendrier n’est pas anodin. Durant l’été 2026, L’Odyssée de Christopher Nolan a saturé les salles IMAX 70 mm. Le film, premier long métrage de fiction tourné entièrement avec des caméras IMAX, est devenu la plus grosse sortie IMAX de l’histoire, avec plus de 450 millions de dollars de recettes sur le seul réseau IMAX. Les projections 70 mm, limitées à une quarantaine d’écrans dans le monde, ont été prolongées jusqu’à fin septembre, soit onze semaines. L’Odyssée est aussi, selon les compilations de septembre 2026, le plus gros film classé R de l’histoire du box-office mondial, au-delà de 1,5 milliard de dollars de recettes globales, et le plus gros succès de Nolan.
On estime que le film a engrangé 78 millions de dollars seulement pour les salles IMAX 70 mm, soit environ 1,9 million de dollars de moyenne par écran — des chiffres d’un parc minuscule, donc spectaculaires. Les files d’attente et les séances vendues des semaines à l’avance ont rappelé aux studios qu’un format rare peut encore créer de la rareté. Disney et Lucasfilm s’engouffrent dans cette fenêtre.
Il serait excessif d’en déduire que le 70 mm « sauve » le cinéma. Il concerne quelques dizaines de salles. Il encadre surtout un discours : le film comme objet physique, la séance comme destination. Star Wars : Une Nouvel Espoir de 1977 a déjà connu le 70 mm classique dès sa sortie, dans un petit nombre de cinémas américains. L’IMAX 70 mm de 2027 n’est pas le même dispositif : autre cadre, autre projecteur, autre promesse d’immersion.
Ce que l’annonce ne règle pas
Plusieurs points restent ouverts, et mieux vaut les nommer.
- La liste des salles IMAX 70 mm n’a pas été publiée avec l’annonce. Le format n’a jamais été abondant en Europe ; une partie du public français n’y aura tout simplement pas accès. L’IMAX numérique, lui, est plus répandu.
- On ignore encore la durée exacte de la ressortie de février, le nombre de copies 70 mm tirées pour chaque titre, et si la version restaurée sera ensuite éditée en vidéo dans la même conformation.
- Sur Starfighter, le récit reste volontairement fermé. C’est un film autonome avec des nouveaux personnages. Les premières images ont été montrées à la D23 en août 2026, sans diffusion publique large au moment de l’annonce IMAX.
- Enfin, l’IMAX ne dit rien du sort commercial de la saga au cinéma après The Mandalorian & Grogu (2026) et avant Starfighter.
Deux séances, une même idée de grandeur
En 1977, Star Wars tenait dans quelques salles et un budget modeste. En 2027, son retour se joue sur le format le plus rare du marché premium, suivi d’un nouveau film déjà cadré pour ces murs. Entre les deux, il y a cinquante ans de copies, de versions, de débats sur « le vrai » Star Wars, et un public qui, pour une partie d’entre lui, n’a jamais vu le premier film autrement que sur un écran domestique.

L’intérêt de l’annonce n’est pas de dire que « la galaxie n’a jamais été aussi belle ». C’est plus simple. Le film qui a ouvert la saga aura enfin une carrière IMAX ; le film qui portera la date des cinquante ans a été tourné en tenant compte de ce circuit.


