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Aladdin – Critique du Film

Dans la prospère cité d’Agrabah, un charmant garçon des rues, fougueux et le coeur sur le main, cherche à conquérir la belle et énigmatique fille du Sultan veuf, Jasmine. Grâce à une rencontre fortuite avec un puissant Génie, sa destinée se voit bouleversée à jamais. Mais le vizir Jafar, avide de pouvoir et éperdument jaloux d’être un éternel numéro deux dans la vie, cherche à renverser le père de Jasmine. Pour arriver à ses fins, il va tenter de mettre la main sur la précieuse Lampe magique d’Aladdin, qui renferme le Génie…

Aladdin de 1992 à 2019

Aladdin est un remake basé sur l’un des hits des films d’animation les plus populaires du catalogue Disney et surtout les plus iconiques pour toute une génération bercée dans le flot des années 1990. La nouvelle vision offerte par Guy Ritchie propose, il est vrai, un réel ancrage dans l’héritage de l’oeuvre dont elle est issue tout en offrant des apports inédits, certains étant plus perfectibles que d’autres. Le casting à l’ouvrage, bien que faisant le job, est quant à lui trop inégal pour rivaliser avec n’importe quel autre qu’il s’agisse du film d’animation ou encore de l’adaptation en musical.

Aladdin

Fort d’un héritage conséquent, le film de 2019 se devait de tenir la barre. En 1992, le Grand Classique Disney animé dont il est issu, réalisé par les brillants John Musker et Ron Clements s’offre la première place du box-office de l’année, récoltant 217 millions de dollars aux États-Unis et plus de 504 millions dans le monde. L’adaptation libre du conte des Milles et Une Nuits Aladin et la Lampe Merveilleuse par la maison de Mickey se révèle être un bijou de plus au palmarès des Studios d’Animation Walt Disney qui vivent alors une Renaissance, à l’image de La Petite Sirène, La Belle et la Bête, Le Roi Lion, Pocahontas : Une Légende Indienne, Hercule ou encore Mulan. Comme tous ces hits, Aladdin réussit à s’ancrer dans l’entreprise Disney comme une marque résolument incontournable tandis que la Princesse Jasmine s’intègre aisément à la gamme commerciale des Princesses Disney.

Aladdin

Il faut dire que le casting de l’époque emmené notamment par Robin Williams dans la peau du Génie couplé aux talents de conteurs de Musker et Clements et à la direction musicale enivrante de Alan Menken sur des paroles de Howard Ashman, permettent au film de bercer une génération, là où Disney voit une façon d’exploiter une nouvelle poule aux oeufs d’or. N’oublions pas que pour l’époque, placer une star américaine au devant – en l’occurrence Robin Williams – d’un film d’animation Disney, n’était pas quelque-chose d’habituel. Grâce à son bagout et ses talents d’improvisateur, Robin Williams réussit à donner littéralement vie au Génie au point que ce personnage est devenu indissociable de l’acteur et humoriste. De leur côté, Alan Menken, Howard Ashman accompagnés de Tim Rice livrent des séquences musicales devenues depuis mythiques. Des airs arabisants en passant par des chansons ragtime ou une balade, la bande-originale d’Aladdin devient très vite tout aussi célèbre que le film et ses personnages dessinés par les plus grands animateurs de l’époque – Glenn Keane, Eric Goldberg, Mark Henn, Andreas Deja pour ne citer qu’eux.

Un univers incontournable

Le film est naturellement ovationné par le public mais aussi par la profession puisque sa musique se voit couronnée d’un Oscar et d’un Golden Globe tandis que la chanson « A Whole New World » est distinguée elle aussi avec un Grammy Award et un Golden Globe. Aladdin – qui prendra donc deux « d » chez Disney contrairement au conte originel – devient une licence lucrative dès sa sortie. Il faut dire, qu’à l’époque, les Studios d’Animation Walt Disney, n’ont pas encore trop l’habitude de connaitre le succès avec un protagoniste principal masculin. Il fallait remonter à Peter Pan et Pinocchio pour voir apparaître des héros masculins qui ont marqué leur temps. C’est probablement l’élément déclencheur qui fera en sorte de proposer davantage de films axés sur des hommes : pensons notamment à Hercule et Tarzan. Quoi qu’il en soit, Aladdin se décline sous forme de suites au sein du label DisneyToon Studios, Le Retour de Jafar en 1994 puis Aladdin et le Roi des Voleurs (1996). Mais ce n’est pas tout, une série d’animation est produite et diffusée sur Disney Channel ; elle connaîtra en tout trois saisons.

Aladdin jasmine

Aladdin s’exporte facilement dans les Parcs à thèmes Disney dans les années 1990 connaissant des attractions dédiées telles que The Magic Carpets of Aladdin au Magic Kingdom et Le Passage Enchanté d’Aladdin au Parc Disneyland, des déclinaisons dans diverses formes de spectacles et même des parades exclusives comme Aladdin’s Royal Caravan au Parc Disney’s Hollywood Studios et La Parade d’Aladdin au Parc Disneyland. Ses personnages figurent parmi les plus populaires dans les Parcs Disney et il n’est pas rare de pouvoir les y rencontrer quasi quotidiennement. En 2014, le film d’animation se voit adapté sur les planches de Broadway par le librettiste Chad Beguelin sous la houlette de la firme Walt Disney Theatrical Productions puis s’exporte notamment à Londres, Hambourg, Tokyo ou encore Sydney. Entre temps, la licence Aladdin se développe sur tous les supports possibles des jeux vidéos (dont certains devenus cultes dans les années 1990) en passant par les bandes dessinées.

prince ali

La Lampe magique des remakes

2019 sonne comme une année exceptionnelle pour les studios Disney qui enchaînent coup sur coup des projets faramineux, espérant culminer au plus haut point dans le combat acharné du box-office mondial. Ainsi, la division cinématographique de la maison de Mickey, chargée des films en prises de vue réelles, continue inlassablement sa vaste entreprise d’adaptations de contes animés du catalogue des Studios d’Animation Walt Disney en films dits en « live-action ». Depuis 2010 et l’avènement du genre avec Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton, plus rien n’arrête le studio dirigé par Alan Horn pour offrir au plus grand nombre une vision tantôt fraîche, tantôt miroir d’histoires déjà adulées du public, si bien que la demande en vient à surpasser l’offre, en veulent pour preuve des franchises désormais incontournables comme Maléfique qui développe l’arc narratif autour de la célèbre méchante de La Belle au Bois Dormant ou Mary Poppins qui s’est vue offrir une suite en 2018.

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De cette manière, Disney choisit d’enchaîner en l’espace d’un semestre à peine la production et distribution de trois nouveaux films en « live-action » tirés de films d’animation tous plus célèbres les uns que les autres. Dumbo a eu droit à une relecture par Tim Burton en mars 2019 avec un succès mitigé puisqu’il n’engrange que 340 millions de dollars sur le globe malgré un succès d’estime sur le sol français ; Le Roi Lion de Jon Favreau tentera en juillet 2019 de transformer l’essai de 1994 avec la technologie CGI. En mai de la même année, c’est Aladdin, autre histoire incontournable du folklore disneyen, qui a droit à une réadaptation en chair et en os. Le défi est simple : offrir une retranscription en prises de vue réelles du classique animé comme ce fut le cas pour Cendrillon en 2015, Le Livre de la Jungle en 2016 et La Belle et la Bête en 2017. Ces derniers remakes tout comme les relectures de contes Disney et autres préquels tels que Alice au Pays des Merveilles (2010), Le Monde Fantastique d’Oz (2013), Maléfique (2014), Alice de l’Autre Côté du Miroir (2016) ou encore Jean-Christophe & Winnie (2018) finissent pas lasser une certaine frange du public et des fans Disney, tant ils n’apportent quasi aucun défi créatif réel. S’ils subsistent, c’est parce qu’ils génèrent des recettes considérables que les studios historiques de Disney se garderaient bien de stopper. Au jeu de l’offre et la demande, la stratégie calibrée par Alan Horn et Bob Iger, respectivement patrons des Walt Disney Studios et The Walt Disney Company, reste toujours aussi payante en 2019. Le public plébiscite le genre plus qu’aucun autre parmi toutes les productions du label. Quand des films comme La Belle et la Bête en 2017 dépassent le milliard de dollars de recettes, la société aux grandes oreilles se dit qu’elle aurait tort de s’arrêter là. Malgré cela, elle poursuit une quête inespérée à vouloir proposer de nouvelles franchises dites « originales » mais, à ce jour, ni John Carter (2012), ni Prince of Persia : Les Sables du Temps (2010), ni Lone Ranger, Naissance d’un Héros (2013), ni A la Poursuite de Demain (2015) et encore moins Un Raccourci dans le Temps (2018) n’ont permis aux studios de trouver une alternative heureuse à cette entreprise facile de remakes effrénée.

Alors que la seule franchise qui s’extirpait de ce schéma, à savoir Pirates des Caraïbes, celle-ci s’essouffle, Disney, pris à son propre piège, se doit de continuer à faire tourner la machine. Peter Pan, Pinocchio, Blanche Neige et les Sept Nains, Les 101 Dalmatiens, Mulan, Le Bossu de Notre-Dame… Tous ces univers sont amenés à se voir transposer en prises de vue réelles eux aussi dans les années futures. La marque Disney « live-action » est définitivement trop « disneyisée » et le public ne s’y trompe pas, bien que la machine qui tourne en rond, va finir par s’user d’elle-même et emporter avec elle le label le plus iconique des studios Disney. Aladdin est un titre de plus à rajouter à cette longue liste de réadaptations et, comme beaucoup de ses prédécesseurs, n’est clairement pas assuré de traverser les générations, alors que le film d’animation dont il découle est quant à lui certain depuis belle lurette d’être pérennisé : c’est sans doute ce qui différenciera ces remakes des films d’animation dont ils trouvent leur inspiration (exception peut-être faite pour le précurseur Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton et le futur Le Roi Lion de Jon Favreau).

Guy Ritchie à la réalisation

Officialisé via la presse américaine en octobre 2016, ce nouveau projet est confié au réalisateur Guy Ritchie. Ce cinéaste d’origine britannique fait ses débuts dans des clips et des publicités avant de percer en 1998 avec un premier long-métrage, Arnaques, Crimes et Botaniquemettant en scène le chanteur Sting et un tout jeune Jason Statham. En 2000, après avoir dirigé derrière la caméra sa compagne de l’époque Madonna, dans le film A la Dérive (pour lequel il récolte les foudres du public et de la critique), il réalise une nouvelle comédie de gangsters, Revolver, produite par Luc Besson. L’année 2009 le fait émerger auprès du grand public avec sa première franchise cinématographique, Sherlock Holmes chez Warner Bros. Grâce à sa patte artistique, le duo Robert Downey Jr. / Jude Law devient très vite mythique si bien qu’une suite est mise en chantier, toujours réalisée par Guy Ritchie et distribuée en 2011. En 2015, il se voit la confier la réalisation d’une adaptation de série télévisée au cinéma, Agents très spéciaux : Code UNCLE, avec Henry Cavill, Armie Hammer, Alicia Vikander et Hugh Grant, un succès mitigé là encore. Mais la fan base de Guy Ritchie subsiste et apprécie les nouvelles aventures du Roi Arthur narrées par le réalisateur en 2017. Choisi par les studios Disney, il planche donc à partir de 2016 sur l’adaptation d’Aladdin au cinéma.

Du talent sans génie

Tous nos souhaits ne sont pas exaucés. Guy Ritchie n’est pas un adepte du genre musical et ça se sent. On peut, dès lors, se demander pourquoi les studios Disney ont fait appel à lui outre la popularité mesurée de son nom. Sans doute pas dans un éclair de génie… Le pari de Guy Ritchie est d’offrir une vraie retranscription du film d’animation tout en y apportant sa patte. Mais bien que le film reste au demeurant assez divertissant, l’ensemble ne prend pas. Tout d’abord à cause d’un scénario qui manque cruellement d’inventivité. A vouloir trop calquer sur une histoire déjà installée depuis 27 ans dans le catalogue Disney, le scénariste John August se perd dans une non prise de risque ostentatoire. Si La Belle et la Bête en 2017 ou encore Le Livre de la Jungle un an plus tôt avaient eu la bonne idée d’approfondir certains pans de leur histoire respective, en développant certains personnages tout en respectant le matériau scénaristique de base, Aladdin en 2019 suit de manière trop lisse son prédécesseur de 1992. Et ça n’est pas l’élan d’audace du dernier acte du film qui rattrape l’entreprise ; car oui, le film de 2019 est sensiblement plus long que celui de 1992 mais ne raconte pas pour autant plus de choses. L’étayage très artificiel du dénouement n’a même pas le panache du final de 1992 et c’est fort dommage quand on mesure l’écart chronologique qui les sépare. Les nouvelles technologies n’y font rien quand l’histoire n’est pas assez saisissante.

C’est peut-être ce qui manque le plus à cette nouvelle version. Sa magie. Là où le film de 1992 réussissait à émerveiller, le film de 2019 ne fait que raconter quelque-chose de déjà connu sans y apporter la dose nécessaire de somptuosité supplémentaire. La faute peut-être à un diktat de producteurs qui n’a cure de l’investissement artistique et préfère tout miser sur de la facilité commerciale en offrant un produit (beaucoup trop) clair, lisible et suffisamment peu élaboré pour plaire au plus grand nombre. Guy Ritchie essaye malgré tout de se détacher un peu de l’héritage du film d’animation en posant davantage sa caméra entre deux séquences cultes, en rallongeant certains numéros musicaux et prenant davantage le temps d’installer l’intrigue déjà connue. Mais quasiment rien ne prend : Aladdin est un bon divertissement mais ne procure, il est vrai, que très peu de sensations dans la salle de cinéma. L’émotion des années 1990 ne se réitère pas en 2019. Une erreur fondamentale de ce film est d’avoir voulu aller trop creuser dans un film d’animation qui se suffisait à lui-même au lieu d’explorer de nouvelles pistes dans une mine littéraire que sont les Milles et Une Nuits. Car si le Aladdin de 1992 rend un fier hommage à ce recueil de contes qui a traversé les siècles, celui de 2019 en perd complètement la saveur comme si il souhaitait coûte que coûte s’en dépêtre.

S’en dépêtre comment ? En apportant quelques menus changements dans le déroulé de l’histoire, qui reste sensiblement la même malgré tout. Ainsi, le final s’en voit complètement changé offrant des moments inédits à certains personnages, dont les motivations diffèrent pour certains par rapport au film d’animation. La relation qui se construit entre Jasmine et Aladdin est elle aussi légèrement revue du fait de l’allongement de l’histoire. Certains personnages prennent davantage de place dans le récit sans que cela paraisse bizarrement exagéré, bien au contraire. C’est le cas du Sultan par exemple. Pour rester proche sans calquer tout le script de 1992, Guy Ritchie et John August choisissent de supprimer la scène d’ouverture du marchand pour apporter quelque-chose de différent mais pas plus intéressant au final. Il faut dire que la scène d’ouverture du film d’animation de 1992 avait suscité de vifs débats au sein de la production notamment dans la façon d’amener l’ouverture de l’histoire avec ce marchand très stéréotypé dont les paroles de sa chanson « Arabian Nights » furent d’ailleurs changées, en raison de leur caractère barbarisant pour la culture orientale. Ici, c’est Will Smith qui se charge d’offrir une introduction plus léchée. Enfin, et c’est peut-être ce qui reste le plus intéressant dans les changements apportés, la relation qui se noue entre Aladdin et Jafar, amène une fraîcheur par rapport au film d’animation qui était, en ce sens, beaucoup trop manichéen. Les enjeux autour des plans machiavéliques du sorcier sont d’autant plus crédibles en 2019.

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Hollywood et Bollywood

Concernant l’empreinte artistique, elle aussi est discutable. A l’univers oriental ultra-stylisé de 1992 s’oppose en 2019 un cadre bollywoodien totalement caricatural. Trop de couleurs se mélangent dans une cité d’Agrabah moyennement amenée, faite d’un mélange de CGI et de décors réels. L’harmonie esthétique en prend un coup…. En revanche, on soulignera le soin apporté à certains costumes comme celui de Jafar ou les différentes tenues portées par Jasmine. Mais les scènes les plus éblouissantes restent celles tournées dans des déserts jordaniens, prouvant encore une fois que les décors naturels sont irremplaçables avec une photographie adéquate. Dans la même veine, la Caverne aux Merveilles resplendit et ne fait pas injure à la version présentée en 1992 et qui mêlait elle aussi à l’époque de l’animation créée par ordinateur. Les effets visuels d’Aladdin en 2019 sont signés d’Industrial Light & Magic, filiale de Disney.

Certaines scènes perdent malgré tout leur saveur magique : la chanson « A Whole New World » est illustrée avec des décors créés en animation par ordinateur qui pêchent avec l’incrustation hasardeuse des deux tourtereaux sur leur tapis volant. Ce dernier justement offre malgré tout un rendu plutôt correct tout comme le Génie, qui, bien qu’il ne surpasse en rien le trait d’Eric Goldberg, ne choque pas plus que ça visuellement (les bande-annonces et les premières photos montrant le Génie de Will Smith  avaient suscité une vague d’effroi de la part des fans et de la presse).

Aladdin propose un éventail de personnages tous plus attachants les uns que les autres. Animaux, êtres magiques ou humains : ces figures sont inscrites dans l’inconscient collectif des fans Disney. Il fallait des acteurs à la hauteur pour les incarner en 2019. Et si le film s’appelle Aladdin, après projection, on peut se demander s’il n’aurait pas du s’appeler plutôt Jasmine tant ce personnage crève l’écran.

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Un trio inégal

Aladdin donc, est campé par le jeune acteur Mena Massoud, recruté parmi des centaines de candidats à travers le monde. L’idée de Disney était de prendre soin « d’ouvrir » son casting pour éviter toute accusation de « whitewashing », une pratique à Hollywood consistant à engager des acteurs blancs pour jouer des personnages d’une autre couleur de peau. Le casting pour le rôle d’Aladdin (mais aussi Jasmine et Jafar) s’adressait ainsi à des acteurs originaires du Moyen-Orient, entre 18 et 25 ans, doués pour le chant et la danse. Mena Massoud livre en revanche une interprétation très plate du personnage qui dégageait pourtant un charme fou dans la version animée. L’innocence intrinsèque du personnage est en revanche plutôt préservée dans la version de 2019, peut-être un peu trop. Certaines scènes où la maladresse d’Aladdin est pointée du doigt frôlent justement l’humiliation : c’est finalement ce que l’on retient de cette interprétation de 2019, trop jeune, trop lisse et peu convaincante. Aladdin est sensé être également un jeune homme sans peur et sans reproche, courageux et malin… La scène de la chanson « One Jump Ahead » ne lui rend pas hommage de ce fait… Globalement, ce nouvel Aladdin subit davantage le récit qu’il ne le mène contrairement au Grand classique de 1992. Le Génie, Jafar ou même Jasmine, tous ont plus ou moins le dessus psychologique sur lui et le gentil Aladdin reste gentil. Même son singe Abu le malmène tout le long. Est-ce un défaut d’écriture du personnage de 2019 plus qu’un mauvais coaching de l’acteur ?

A contrario, Jasmine est le personnage qui s’émancipe le plus de sa version animée. Il faut dire que son interprète Naomi Scott, manifestement très inspirée, a eu à cœur de jouer ce personnage, de le retravailler et d’en proposer des facettes inédites. Introduit au cinéma dans le reboot de Power Rangers en 2017, Naomi Scott, s’est peu à peu fait un nom dans la profession. Alors qu’un juste équilibre aurait pu se créer entre les deux, on assiste finalement à l’inévitable : Jasmine vole la vedette à Aladdin. Tout d’abord, grâce à un temps de présence à l’écran supérieur à la version précédente, mais aussi par une interprétation du personnage plus pointue. Ce qui ne change pas en revanche, c’est sa dépendance à l’égard de son surprotecteur de père (gentil tyran présenté positivement) comme le fut aussi Ariel avec le Roi Triton. Les revendications d’émancipation de Jasmine restent les mêmes en 2019 mais vont plus loin que ça avec un vrai retournement de situation dans le dernier acte, chose qui ne figurait pas dans le film d’animation où Jasmine se contentait d’user de ses charmes physiques par exemple pour leurrer Jafar… C’est une belle évolution donc pour ce personnage qui souhaite davantage s’investir dans les affaires courantes du Royaume d’Agrabah et marcher sur les pas de sa mère. Sa chanson « Speechless » est un hymne éloquent  à la privation de libertés des filles de son âge (celles vivant au Moyen Orient mais plus généralement dans le monde entier) et à leur désir de s’affirmer dans une société de la pensée muselée et dominée par le pouvoir masculin. Et tout ceci est amené de manière tellement naturelle sans arrière-pensée que l’on se prend d’affection pour son combat. Jasmine devient maîtresse de son destin et espère apporter du changement dans sa Cité. Ce qui est dommage, c’est que ce formidable travail sur ce personnage éclipse quasi totalement ses affinités amoureuses avec Aladdin…

Le Génie est un défi en soi pour Aladdin. L’héritage fort de Robin Williams qui a donné vie au personnage ne devait pas être sali et les enjeux étaient de taille pour lui succéder. Nul doute que si l’acteur avait été encore de ce monde, Disney lui aurait directement demandé de rempiler pour cette version live-action. Le destin en a décidé autrement et il fallait un acteur à la fois assez populaire mais suffisamment créatif pour apporter quelque-chose de différent par rapport à Robin Williams. Car il est clair que l’imiter n’aurait été qu’une vaine tâche, au mieux un pastiche correct, au pire une pâle copie non défendable. Alors que Disney prévoyait un temps de consacrer un spin-off de Aladdin au Génie, la firme s’est ravisée tant le pari était beaucoup trop risqué. C’est Will Smith qui est choisi pour succéder à Robin Williams dans la peau de cette star des personnages Disney. Le petit Prince de Bel-Air choisit donc d’insuffler son propre style au personnage, qui se voit lui aussi légèrement développé dans le récit. Le personnage est, du moins dans une partie du film, davantage plus humain et paternaliste avec Aladdin. Il ne plagie pas non plus tous les gags du personnage animé mais en propose de nouveaux, peut-être moins délurés, mais qui font leur effet pour certains d’entre eux. Contrairement à Jasmine, le Génie de 2019 ne vole pas la vedette à Aladdin quand ils sont ensemble dans de nombreuses scènes et la relation amicale qui se crée entre les deux est plutôt convaincante. En revanche, qu’on ne s’y méprenne, Will Smith offre une interprétation correcte mais pas exceptionnelle et c’est d’autant plus significatif quand il s’agit de faire le show et de donner de la voix. Le travail est fait mais n’a pas grand intérêt.

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Jafar, petit vizir

L’acteur Marwan Kenzari entre dans la peau d’un des vilains les plus iconiques des studios Disney, Jafar. Dans la nouvelle approche de ce personnage, on dirait que tout est fait pour désacraliser cette légende. Certes, Jafar est plus humain et pragmatique ce qui devrait être plutôt bien accueilli pour un film censé se passer dans le réel. L’acteur choisi est déjà beaucoup trop jeune pour offrir au personnage ses lettres de noblesse, non pas qu’il faille nécessairement un acteur plus âgé pour l’incarner mais que le mythe de sorcier est souvent associé à une certaine maturité et de corps et d’esprit. Pour l’esprit, le personnage de Marwan Kenzari s’en sort plutôt bien. Mais il ne parvient pas à lui offrir tout le charme et l’élégance subtile du personnage que l’on connait. Trop premier degré, sa relation tissée avec Aladdin est double tranchant : à la fois compréhensible mais lui faisant perdre toute sa crédibilité et sa hauteur. On oublie vite qu’il s’agit là d’un immense sorcier et le film a d’ailleurs aussi tendance à nous le faire oublier pour mieux nous vendre les motivations d’un énième politicien véreux ou pire d’un rejeté de la vie. Bref, des caricatures dont les scénaristes auraient mieux fait de se passer.

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Les seconds rôles sont plutôt bien servis. Le sultan est joué par Navid Negahban et prend un peu plus de profondeur dans l’histoire. La servante de Jasmine, rôle inédit, est incarnée par Nasim Pedrad. Elle n’a pas été créée pour faire simplement de la figuration dans l’entourage de Jasmine mais au contraire, elle est la confidente et meilleure amie de la princesse. Le très loyal Hakim (interprété par Numan Ancar), à ne pas confondre avec Cassim, le père d’Aladdin dans les films d’animation, est le chef des gardes du palais. Son rôle se révèle être intéressant vers la fin du film. Enfin, comment ne pas évoquer les animaux du film, Iago, Abu et Rajah, tous réalisés en CGI (assez convaincant d’ailleurs). Les bruitages de l’oiseau cruel de Jafar sont signés de Alan Tudyk (Les Mondes de Ralph, La Reine des Neiges, Les Nouveaux Héros, Zootopie, Vaiana : La Légende du Bout du Monde, Rogue One : A Star Wars Story) tandis que ceux de Abu et Rajah proviennent à nouveau de Frank Welker, qui n’hésite pas également à donner de la voix pour Caverne aux Merveilles tout comme dans le film d’animation. La boucle est bouclée.

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Le retour d’Alan Menken

Aladdin est un film musical avant tout. Et cette nouvelle version ne démérite pas. Alan Menken, oscarisé pour la bande-originale du film de 1992, revient en force ici en réorchestrant tous les monuments musicaux de l’histoire et en y apportant une touche moderne salvatrice. Les paroles écrites par Howard Ashman puis complétées par Tim Rice se voient agrémentées d’éléments inédits pour mieux coller à cette nouvelle vision. On était, dès lors, en droit de se demander, si le musical de Broadway allait influencer quelque peu ce nouveau film. Manifestement pas… Des chansons du spectacle telles que « Proud of Your Boy » (une chanson écrite à l’origine pour le film d’animation puis remise au placard avant d’être réutilisée pour la version scénique) auraient trouvé aisément leur place dans un scénario plus développé. Le lien qui unit Ali et sa maman dans cette chanson n’avait pas réellement de place dans l’histoire de 2019 comme l’a évoqué Alan Menken lorsque nous l’avons rencontré lors de la promotion du film à Paris.

Commençons par « Arabian Nights » (« Nuits d’Arabie ») chantée par Will Smith. Fini l’ouverture du film faite par un marchand ; il s’agit ici de proposer une perspective plus consensuelle au récit et logique dans sa progression. Les paroles s’en voient ainsi changées sans pour autant que cela détonne. Pour cela, Disney fait appel aux paroliers prolifiques des films à succès La La Land et The Greatest Showman, Benj Pasek and Justin Paul. Ces derniers travaillent déjà à l’écriture de chansons pour une réadaptation de Blanche Neige et les Sept Nains en live-action chez Disney. La seconde chanson « One Jump Ahead » (« Je Vole ») ne rend pas hommage à la première version de 1992 ; la faute probablement aux décors trop carton pâte de la scène qui offrent un rendu d’ensemble pas assez spectaculaire… La chanson associée est dévalorisée de la sorte. « A Friend Like Me » (« Je suis Ton Meilleur Ami ») est le numéro le plus attendu du film. Si visuellement, la scène n’impressionne pas plus que ça, la réorchestration de la chanson par Alan Menken et les vibes de Will Smith qui apporte sa touche hip-hop à l’ensemble permettent de se détacher de la chanson originale tout en offrant quelque-chose de plus frais. Elle est d’ailleurs reprise dans les crédits du film par Will Smith et DJ Khaled. L’autre grande chanson attendue au tournant est « Prince Ali ». Passons l’interprétation peu inspirée de Anthony Kavanagh dans la version française et attardons-nous sur la version originale délivrée par Will Smith. Ce dernier s’en sort bien, sans encore une fois, rivaliser d’ingéniosité créative avec Robin Williams… En revanche, la direction artistique de la scène, visuellement parlant, est bien amenée. Les nombreux performeurs y croient, le numéro bollywoodien, coloré et chatoyant, n’en reste pas moins millimétré et évoque les grandes heures du cinéma hollywoodien comme l’entrée spectaculaire de Cléopâtre (jouée par Elizabeth Taylor) dans Rome dans le film éponyme de 1963. A noter que Jafar ne reprend pas « Prince Ali » dans le film de 2019.

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Speechless

De cette bande-originale, on ne retiendra pas « A Whole New World » (« Ce Rêve Bleu ») pourtant sensé marquer les esprits. La balade portée par Mena Massoud et Naomi Scott manque cruellement de magie pour honorer celle du film de 1992… Et ça n’est pas la traditionnelle reprise de la chanson prévue pour le générique de fin qui rattrape ça : la version proposée par le duo Zayn Malik et Zhavia Ward est tout aussi oubliable. L’interprète de Jasmine bénéficie en revanche d’une toute nouvelle chanson composée par Alan Menken et écrite par le duo Pasek & Paul. Personne ne misait sur cette chanson intitulée « Speechless » et traduite en français par « Parler » et pourtant, elle réussit le tour de force à voler à la vedette à toutes les autres du film. Idéalement adaptée à l’histoire et développant la psychologie de Jasmine, cette chanson se découpe en deux temps ; c’est une véritable montée en puissance qui est proposée avec cette chanson dans la seconde partie du film. « Speechless » bénéficie d’ailleurs d’une version longue proposée dans l’album de la bande-originale d’Aladdin.

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Aladdin n’est pas le premier remake auquel on pense quand on évoque la branche live-action des studios Disney. Divertissant mais sans intérêt, il ne parvient pas à détrôner le film d’animation incontournable des années 1990. S’il faut l’analyser comme oeuvre cinématographique isolée, on pourrait dire qu’il n’a clairement pas assez de panache ni d’inventivité. Peut-être fallait-il recruter un réalisateur moins en vogue mais plus compétent pour ce format ultra précis qu’est le film musical. Néanmoins, Aladdin brille malgré tout par ses airs cultes remis au goût du jour et sa nouvelle chanson « Speechless » dont l’interprète, Naomi Scott, est définitivement la seule valeur ajoutée.

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