Disneyphile

Annecy 2024 : Walt Disney Animation Studios : animation et inspiration par Mark Henn

Mark Henn était présent au Festival international du film d’animation d’Annecy le jeudi 13 et vendredi 14 juin 2024, d’abord dans le cadre d’une masterclass organisée pour les étudiants du MIFA (Marché international du film d’animation d’Annecy), puis pour participer à la présentation de Vaiana 2 et dévoiler à cette occasion la plaque de ses empruntes qui sera disposée sur le Walf of Fame au Harras du festival dès son ouverture l’année prochaine.

Le parcours d’une Disney Legend

Le jeudi 13 juin à Annecy, la masterclass « Walt Disney Animation Studios : animation et inspiration » animée par Mark Henn au Campus MIFA a permis aux étudiants et passionnés en animation d’apprendre auprès de l’un des plus grands animateurs Disney. La leçon de cinéma de l’animateur fut l’occasion de revenir sur ses sources d’inspiration et les secrets de son processus créatif tout en permettant ensuite aux étudiants de pouvoir échanger avec lui autour de différents sujets. Toute la masterclass de Mark Henn fût ponctuée de nombreuses séquences achevées, d’animatiques et d’esquisses permettant d’illustrer ses différents propos et conseils.

mark henn annecy
Mark Henn à Annecy le 13 juin 2024 – Crédit : Disneyphile

Pour débuter sa conférence, Mark Henn a présenté une photo de lui enfant, lui donnant le bon prétexte pour revenir sur les différents films qui, à l’époque, lui ont donné envie de devenir animateur et surtout d’exercer ce métier spécifiquement chez Disney. Ainsi, l’animateur nous a appris que ses deux références phares durant sa jeunesse furent Cendrillon qui l’a fait tombé amoureux à la fois de l’héroïne et de l’animation, ainsi que Le Dragon Récalcitrant qui l’a convaincu de vouloir travailler au sein des studios Disney. Mark Henn est également revenu sur l’admiration sans bornes qu’il porte au Neuf Vieux Sages – neufs animateurs éminents qui ont été les piliers des studios durant des décennies – dont il tire une grande partie de son inspiration. L’animateur a ensuite rapidement évoqué son parcours à l’école Cal Arts et ses débuts sous la supervision de l’animateur Eric Larson dont il rapporte la bienveillance et la joie de travailler avec des débutants dans le métier (« même face à la fougue et la folie des jeunes »). Pour lui, Cal Arts est vraiment le meilleur moyen pour les studios de « trouver le nouveau sang pour l’animation Disney » grâce aux nouvelles générations qui y sont formées. 

Courtoisie de Disney

L’animateur vétéran a d’ailleurs révélé au public qu’il fut refusé trois fois de suite par les studios Disney avant d’être engagé finalement, preuve que la persévérance est importante dans ce métier. Ce sont ces refus successifs qui l’ont poussé à aller davantage se perfectionner à Cal Arts, en agrémentant son portfolio. Mark Henn nous a brièvement expliqué comment fonctionne l’école. Au bout de la deuxième année, les étudiants peuvent produire leur propre court-métrage sonorisé. C’est à ce moment-là que les studios commencent à les repérer.

mark henn annecy
Courtoisie de Disney

Mark Henn nous a ensuite proposé un panel de tous les personnages qu’il a animé et a plaisanté en rapportant qu’il a été vite surnommé le « Princess Guy » au sein des studios, en référence à toutes les héroïnes auxquelles il a donné vie. Et effectivement, l’animateur de légende est à l’origine de pas moins de cinq héroïnes : Ariel, Jasmine, Belle, Mulan puis Tiana. Il a également animé Simba, ou encore Mickey dans Le Noël de Mickey. Il nous a également montré son travail sur Bienvenue chez les Robinson ou Winnie l’Ourson. Pour illustrer son travail, l’animateur nous a présenté différents tests d’animation qu’il a supervisé. Évoquant sa participation à Vaiana, La Légende du Bout du Monde, il a exprimé ses difficultés de donner vie à la mer, d’en faire un personnage à part entière. Pour Ralph 2.0, il nous racontait sa joie d’avoir pu travailler sur la fameuse scène des princesses avec de nombreuses voix originales qui reprenaient du service spécialement pour cette séquence. Différents croquis de ces personnages ont été révélés au public à cette occasion. Mark Henn a précisé qu’une session d’enregistrement « un peu folle » s’est déroulée pour cette scène des princesses dans Ralph 2.0. Les comédiennes ont été filmées en train de parler face caméra. Les animateurs ont pu poser des questions aux voix en même temps pour faire avancer l’animation. Après son travail sur Winnie l’Ourson, il est devenu davantage un consultant pour d’autres animateurs plus jeunes, les aidant notamment sur le travail de la posture des personnages.

La leçon de cinéma de Mark Henn à Annecy

Dans sa démarche de faire de sa masterclass une véritable leçon de cinéma pour les étudiants présents, Mark Henn est ensuite revenu plus largement sur ses cinq points essentiels de l’animation, réunis sous l’acronyme « SPEED » :

  • « S » pour « Spend time » (passer du temps) : La première étape essentielle pour réussir son animation est pour l’artiste de prendre le temps de se familiariser avec l’univers du film.
  • « P » pour « Plan » (planifier) : Un autre point essentiel est de planifier son travail. Mark Henn nous explique avoir souvent fait l’erreur à ses débuts de courir à son bureau et animer sans penser ni planifier dès qu’on lui confiait un travail. Cela constitue pour lui une véritable erreur car c’est le meilleur moyen de se tromper, de rater ou passer à côté des choses. L’animateur recommande au contraire de prendre le temps de planifier, de réaliser des séries de « thumbnails » par séquence, à savoir de planifier sous forme de miniature les différentes poses essentielles et étapes de l’animation. Cela permet de tester les possibilités et d’avoir ensuite un plan de référence pour commencer la véritable animation. 
  • « E » pour « Execute » (éxécuter) : Il est ensuite évidemment essentiel d’animer, autant que possible en évitant d’être distrait. C’est le moment de réaliser la séquence animée, après le plan en travaillant avec le plus de sérieux possible pour produire la meilleure séquence possible et faciliter le moment du « cleaning » ensuite. Mark Henn nous racontait à ce sujet que plus jeune, il lui ait arrivé de réaliser le « clean » de certaines séquences en se demandant qui avait bien pu produire des scènes aussi brouillonnes… avant de se rendre compte qu’il s’agissait des siennes. 
  • « E » pour « Evaluate » (évaluer) : L’animateur a ensuite insisté sur l’importance de faire des tests le plus souvent possible tout en se posant les questions : Est-ce que ça bouge comme je voulais ? Est-ce que ça marche ? Il faut régulièrement évaluer son travail afin de rectifier tous les éléments qui pourraient ne pas fonctionner.
  • « D » pour « Discipline » : Enfin, Mark Henn a expliqué l’importance de rester discipliné, d’aller régulièrement à son bureau pour animer et recommencer encore et encore tout en privilégiant un travail économique. Il a insisté en effet sur l’impossibilité dans un planning serré de rester un mois entier sur une même scène. 
mark henn annecy
Mark Henn fraîchement engagé chez Disney au début des années 1980 (courtoisie de Disney)

Parallèlement à ces cinq mantras, l’animateur s’est penché un moment sur l’importance des recherches préparatoires. Pour lui, les recherches sont essentielles pour réussir ensuite à rendre le film aussi réaliste, et, chez Disney, c’est, selon lui, cette force des recherches et du rendu réaliste qui ont permis tous les succès passés. Pour illustrer son propos, Mark Henn nous a montrés des images d’archives de cerfs et faons présents dans les studios au moment de la production de Bambi, ayant permis aux animateurs de les observer, les analyser et les dessiner. Il y avait également un expert présent pour expliquer aux équipes toutes les subtilités à savoir sur ces animaux. Pour Mark Henn, c’est tout ce travail en amont qui permet au film d’obtenir une patte naturaliste. Mais si les animateurs ont accueilli des cerfs dans les années 1940 pour Bambi, Mark Henn a enchainé en rigolant : « et devinez maintenant qui a dû travailler avec des lions ? ». Ce cas de figure s’est reproduit dans la création de La Princesse et la Grenouille puisque de vrais batraciens ont été amenés au sein des studios afin de les étudier pour animer Tiana et Naveen transformés en grenouilles. L’animateur a en effet vécu le même scénario lors de la préparation du film Le Roi Lion mais avec cette fois-ci deux lions venus passer quelques jours à Burbank pour être observés et croqués par les animateurs. Mark Henn nous a également confiés que pour ce film, il rêvait au départ d’animer le personnage de Scar, mais lorsqu’il a fait sa proposition au producteur, celui-ci lui a répondu que Simba était le cœur du film et qu’on avait besoin de lui pour l’animer, ce à quoi il s’est résigné avec plaisir, nous disant « Comment dire non à ça ? ».

Esquisse de Simba signée Mark Henn (courtoisie de Disney)

Durant sa leçon à Annecy, l’animateur Mark Henn a expliqué ses méthodes de travail sur certains films, méthodes qui ont forcément un peu évolué au cours du temps au gré des apports technologiques même si le fond créatif reste toujours le même. Il nous a montré des tests de dessins à la main pour Les Mondes de Ralph et nous a expliqué comment Disney travaille ensuite le passage du dessin à l’ordinateur. « C’est assez amusant ! » Même cas de figure pour des tests sur Vaiana, La Légende du Bout du Monde et certains personnages comme Hei Hei, Talla et sa petite-fille. Les esquisses permettent ainsi de voir comment faire évoluer des personnages animés pour voir « comment ça bouge, explorer le ‘shape’, le design et la voix. » Mark Henn nous a ensuité révélé ce qu’on appelle des « character designs » dans le cadre de la production du film Les Nouveaux Héros et des WIP (« Work in Progress ») pour voir comme la CGI fonctionne sur le métrage. Au début, les personnages étaient représentés juste par des gros rectangle. « Tout le monde ne travaille pas comme ça mais là c’était le cas. » Enfin, il a nous a parlé des personnes qui servent de modèles pour animer des personnages en action.

L’animateur s’est penché ensuite sur le sujet principal de la conférence, l’animation d’un personnage et a pris le cas d’Ariel. Il a été révélé que différents croquis sont créés au fur et à mesure et permettent d’avoir une vue d’ensemble du travail pour mieux finaliser le personnage. Mark Henn a expliqué qu’il est important aussi de ne pas mettre de côté ses premières intuitions dans la création d’un personnage. C’était vraisemblablement le cas pour Ariel. Différentes planifications du personnage dans différentes scènes comme « Kiss the Girl » ou le bateau ont été montrées au public. Mark est aussi revenur sur l’évolution de Belle, qu’il a animé depuis la Floride tandis que son collègue Glen Keane s’occupait de la Bête depuis Burbank en Californie. Pour arriver à une osmose parfaite, Mark a insisté sur le fait qu’il faut prendre le temps de bien planifier sur papier avant, revenant ainsi au deuxième point de ses grands principes fondamentaux d’animateur. Ce même procédé fut également expliqué des « thumbnails » d’Aladdin et c’est la scène où Ali propose à Jasmine d’aller sur le tapis qui a été retenue par l’animateur ici, nous permettant de comprendre que différentes possibilités ont été posées sur le papier avant d’aboutir à un produit fini. « J’ai animé le tapis qui interagit avec Jasmine qui lui fait un bisou. On voit dans les thumbnails, mes différents essais, mes options. »

Un échange bienveillant avec le public

La masterclass se terminant, Mark Henn a ensuite pris le temps de répondre aux différentes questions des étudiants d’abord sur un axe professionnel, les conseillant sur les éléments importants à mettre dans leur portfolio. Il leur a recommandé ainsi tout particulièrement de ne jamais délaisser les crayons et l’animation traditionnelle en deux dimensions pour ne se concentrer que sur la 3D. Pour lui, quand on sait travailler en 2D, on sait ensuite travailler en 3D, ce ne sont que les outils qui changent. Il est ainsi important de savoir montrer des compétences sur la 2D qui reste la base traditionnelle de l’animation et à laquelle de nombreux studios reviennent. Les étudiants lui ont ensuite posés des questions sur un axe personnel en s’intéressant notamment à des anecdotes de son parcours. Il lui a été par exemple demandé quel personnage il avait préféré animer. Il s’est mis alors à rigoler en s’exclamant : « Tiens ! Voilà une question qu’on ne m’avait jamais posé ! » Mais il a tout de même répondu l’héroïne Mulan.

L’animateur travaillant sur le film Mulan (courtoisie de Disney)

Une étudiante lui a également demandé si au contraire, il avait eu des difficultés à se connecter avec l’un de ses personnages. Mark Henn a alors révélé avoir mis du temps à comprendre le personnage de Jasmine dans Aladdin. Pour trouver le lien, la connexion, il s’est alors inspiré de sa petite sœur qui était du même âge que l’héroïne et avait des cheveux similaires. Elle est alors devenue sa muse pour surmonter ce blocage et il a disposé sa photo sur son bureau pendant qu’il l’animait. Aujourd’hui, sa sœur a des enfants qui sont fiers d’affirmer « Notre maman, c’est Jasmine ». Enfin, à la question de savoir quel a été le personnage le plus compliqué à animer, l’animateur a une nouvelle fois souri en répondant : « Vous savez, les humains ont deux jambes… Et les lions en ont quatre ! ». 

Une masterclass de Mark Henn enrichissante pour les étudiants du festival d’Annecy

La masterclass « Walt Disney Animation Studios : animation et inspiration » de Mark Henn fut de loin l’un des événements les plus intéressants de cette 48e édition du festival pour les étudiants présents, qui ont pu en apprendre beaucoup sur le parcours d’une Disney Legend tout en bénéficiant de tous ses conseils avisés et de sa sagesse, lui qui a passé 43 années au sein de la maison de Mickey. Le temps d’échange à la fin fut également le bienvenu pour leur permettre de demander des précisions sur leur manière de mettre en avant leur travail et d’obtenir leurs meilleurs chances dans leur candidature. C’est dans cet esprit que Mark Henn a conclu son intervention en affichant sur l’écran géant le code QR redirigeant vers le site web Disney Animation Careers qui recueille chaque année toutes les candidatures des étudiants qui espèrent faire leur carrière au sein des studios Disney.

« Il vaut mieux un portflio avec moins de contenu mais qualitatif que beaucoup de contenus mais beaucoup moins qualitatif. » Mark Henn aux étudiants en animation au 48e Festival International du Film d’Animation d’Annecy



© Disneyphile 2026 / Tous droits réservés / Reproduction interdite

Articles en lien

Disney diffusera au cinéma et sur Disney+ un documentaire sur le groupe Oasis

Akibe Kone

Disney Musicals in Schools fête ses dix ans : une décennie d’éducation théâtrale au cœur des écoles de Floride centrale

Florian Ternet

Disney+ renforce son catalogue au Mexique grâce à un nouvel accord avec TV Azteca

Florian Ternet

Dragon Striker : la bande-annonce enfin dévoilée avant le lancement de la série

Florian Ternet

Disney s’associe à DonorsChoose pour une campagne de rentrée scolaire autour de Sofia the First : Royal Magic

Camille Teixidor

Mike Stenson, ancien cadre de Disney et partenaire de production de Jerry Bruckheimer est décédé à l’âge de 65 ans

Akibe Kone

Laisser un commentaire