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Disney Lorcana fait face à des accusations d’utilisation d’IA

Dans l’univers en pleine expansion des jeux de cartes à collectionner, Disney Lorcana occupe une place particulière, mêlant l’héritage iconique de Disney à une mécanique innovante. Lancé en 2023 par Ravensburger en partenariat avec The Walt Disney Company, ce jeu transporte les joueurs dans les « Inklands », un monde enchanté où des reflets de personnages Disney, appelés Glimmers, sont invoqués par des Illumineurs. Mais au-delà des parties stratégiques, c’est souvent l’illustration des cartes qui captive les fans, avec des dessins détaillés et immersifs. C’est précisément sur ce terrain que s’est cristallisée une controverse récente impliquant l’artiste James C. Mulligan, connu pour ses contributions à plusieurs cartes emblématiques. Accusé d’avoir recours à l’intelligence artificielle (IA) générative pour créer ses œuvres, Mulligan a vu sa réputation mise à mal par des allégations virales, notamment suite à un incident survenu lors de la convention Anime NYC en août dernier.

Des origines tendues à Anime NYC : quand une confrontation personnelle enflamme les réseaux

Dans une déclaration publique, l’artiste nie fermement ces reproches, affirmant n’avoir jamais utilisé l’IA pour ses travaux officiels avec Disney. Cette affaire soulève des questions plus larges sur l’authenticité de l’art dans l’industrie des jeux de cartes et sur les défis posés par les outils numériques modernes.

La polémique a éclaté lors de l’édition 2025 d’Anime NYC, une convention majeure dédiée à la culture anime et pop à New York, qui attire des milliers de fans et d’artistes. James C. Mulligan, un illustrateur expérimenté avec plus d’une décennie de collaborations avec Disney – incluant des expositions comme D23, San Diego Comic-Con et bien d’autres événements, y présentait ses œuvres, dont des impressions de cartes Disney Lorcana. Parmi ses contributions notables figurent les cartes « Polochon – Compagnon de la Collectionneuse » et « Chef Transformé – Poêle du Château » du set Le Retour d’Ursula, ainsi que « Le Lapin Blanc – Héraut Royal » du set Ciel Scintillant. Ces illustrations, mettant en scène des personnages comme Ariel, Raiponce, Bambi, Dumbo ou encore Balthazar Picsou, sont appréciées pour leur style traditionnel à l’huile, fidèle à l’esthétique Disney.

C’est lors d’une interaction avec un visiteur, connu sous le pseudonyme @Toon_Emu sur X (anciennement Twitter), que les tensions ont monté. Selon le récit de @Toon_Emu, Mulligan aurait nié utiliser l’IA dans son processus créatif, affirmant travailler avec Procreate, une application de dessin numérique. Pressé de montrer une vidéo timelapse – une fonction automatique de l’outil qui enregistre le processus en temps réel, l’artiste aurait refusé, ce qui a suscité des soupçons. L’utilisateur a ensuite accusé Mulligan d’avoir escroqué sa mère en lui vendant pour plusieurs centaines de dollars des impressions prétendument générées par IA, présentées comme des œuvres manuelles. Ce thread sur X a rapidement cumulé plus de 2,7 millions de vues, amplifiant les allégations et attirant l’attention d’une communauté déjà sensible aux débats sur l’IA dans l’art.

La vague d’accusations ne s’est pas limitée à cet incident. Des internautes ont fouillé le passé de Mulligan, pointant du doigt des publications supprimées sur Instagram où il aurait partagé des œuvres suspectées d’être assistées par IA. D’autres ont relevé qu’il peignait par-dessus des cartes Lorcana d’autres artistes, effaçant leurs signatures pour y apposer la sienne et les vendre à des prix élevés, parfois autour de 300 dollars l’unité. Ces pratiques, qualifiées de « vol » par certains, comme l’artiste Kendall Hale, ont alimenté un narratif de tromperie systématique. Sur X, des publications récentes, comme celle de @arvalis, décrivent Mulligan vendant des « images IA » à la Dragon Con pour plus de 500 dollars, renforçant l’image d’un artiste « prospérant dans l’escroquerie ».

Une défense vigoureuse : Mulligan brise le silence et invoque son héritage artistique

Face à cette tempête médiatique, James C. Mulligan a choisi de s’exprimer publiquement via un long communiqué sur Facebook, daté du 6 septembre 2025. Dans cette déclaration, qu’il a également partagée avec des médias spécialisés, l’artiste adopte un ton ferme mais mesuré, réfutant point par point les allégations. « En tant qu’artiste concerné, je déclare de manière définitive que plusieurs affirmations sont patentement et prouvablement fausses. Premièrement et avant tout, que l’IA a été utilisée pour créer mes multiples cartes Lorcana. Ce n’est absolument pas vrai. Je n’ai pas non plus été blacklisté par Disney« , écrit-il.

Mulligan met en avant sa longue carrière, soulignant qu’il collabore avec Disney depuis longtemps et ce, dans divers domaines, de l’art des parcs à thème aux illustrations officielles. « J’ai travaillé d’une manière ou d’une autre avec Disney pendant des décennies, et mes années de travail résisteront à ces accusations », ajoute-t-il. Il comprend la « haine » envers les artistes utilisant l’IA, mais insiste : « Je ne l’ai PAS utilisée, et je n’ai reçu aucune communication de mon équipe Ravensburger/Lorcana m’accusant de cela. » Pour étayer ses dires, il mentionne qu’il attend l’autorisation de Ravensburger pour partager les fichiers en couches de ses cartes Lorcana, démontrant ainsi un processus entièrement manuel. Ces fichiers, protégés par des accords contractuels, ne peuvent être divulgués sans permission écrite, ce qui explique le délai.

Courtoisie de James C. Mulligan (Instagram)

L’artiste évoque aussi les répercussions personnelles : des menaces contre lui et sa famille, l’obligeant à adopter un profil bas. Il invite néanmoins les critiques « professionnels et réfléchis » à le contacter via les messages directs de ses comptes Instagram et Facebook, promettant de dissiper les doutes une fois les preuves disponibles. Charlotte Mulligan, vraisemblablement une proche, a également réagi sur X, menaçant de poursuites judiciaires pour « interférence tortieuse et diffamation » contre @Toon_Emu.

Preuves en suspens et contre-accusations : un débat technique et éthique

Au cœur de la controverse se trouve la question de la détection de l’IA, un domaine encore imparfait. Mulligan ironise sur les outils de détection en ligne, citant un exemple où l’un de ses travaux de 2014 pour D23 a été qualifié à 99,9 % d’IA générée – une absurdité qui illustre les limites de ces technologies. D’un autre côté, les accusateurs s’appuient sur des indices indirects : l’absence de timelapse à Anime NYC, des incohérences stylistiques présumées dans ses backgrounds, et des posts effacés sur les réseaux sociaux. Un utilisateur prétendant travailler pour l’équipe Lorcana, @The_Green_Nymph, a initialement affirmé avoir vérifié auprès de son directeur créatif que les œuvres de Mulligan étaient bien assistées par IA, et que Disney l’avait blacklisté. Cependant, ce compte a supprimé ses tweets et est passé en privé peu après, jetant un doute sur la crédibilité de ces déclarations.

La communauté artistique est divisée. Des voix comme celle de Jon Del Arroz sur X défendent Mulligan, dénonçant une « chasse aux sorcières IA » orchestrée par une « meute woke », et arguent que même une assistance IA pour les fonds d’écran ne serait pas répréhensible. À l’inverse, des artistes comme RJ Palmer (@arvalis) et Kendall Hale condamnent non seulement l’usage présumé d’IA, mais aussi les pratiques de « vol » de signatures, qualifiant Mulligan de « scélérat extrêmement maléfique ». Des sites comme Bounding Into Comics rapportent que Disney aurait confirmé l’usage d’IA et blacklisté l’artiste, bien que sans source officielle.

Le mutisme des géants : Disney et Ravensburger dans l’expectative

À ce jour, ni The Walt Disney Company ni Ravensburger n’ont publié de communiqué officiel sur l’affaire. Cela contraste avec la politique stricte de « zéro tolérance » pour l’IA annoncée par Disney Lorcana, comme rapporté par plusieurs médias. Selon des sources internes citées anonymement, l’entreprise aurait été alertée et aurait cessé de collaborer avec Mulligan après un certain nombre de sets, mais sans détails précis. Cette absence de réaction officielle alimente les spéculations : s’agit-il d’une enquête en cours, ou d’une volonté de minimiser l’impact sur la marque ? Pour les fans de Disney Lorcana, cette opacité soulève des interrogations sur la vigilance des éditeurs face aux outils IA, de plus en plus omniprésents dans l’industrie créative.

Au-delà de l’individuel : une affaire qui interroge l’avenir de l’art dans les TCG

Cette controverse autour de James C. Mulligan n’est pas isolée ; elle reflète un malaise croissant dans le monde des jeux de cartes à collectionner (TCG), où l’authenticité artistique est un pilier de la valeur culturelle et économique. Disney Lorcana, avec ses illustrations haute qualité, se positionne comme un hommage à l’héritage de la firme aux grandes oreilles, mais les accusations d’IA menacent cette pureté perçue. Si Mulligan parvient à prouver son innocence via les fichiers promis, cela pourrait discréditer les chasseurs d’IA et souligner les risques de diffamation en ligne. Inversement, une confirmation des allégations pourrait renforcer les politiques anti-IA et inciter à plus de transparence chez les artistes et éditeurs.

En attendant une résolution – peut-être via une enquête indépendante ou une déclaration des parties impliquées –, cette histoire rappelle que dans un écosystème numérique accéléré, la frontière entre création humaine et assistance algorithmique reste floue. Pour les collectionneurs et fans de Disney Lorcana, l’enjeu est clair : préserver la magie authentique qui fait le sel de ces univers enchantés.



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