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Écraser et Ramasser – Critique du Sparkshorts Pixar

Nouveau programme révélé par Pixar Animation Studios en août 2017, Sparkshorts propose des courts métrages expérimentaux qui ont pour volonté de mettre en avant les nouvelles générations de talents des studios de Luxo. Ces cartoons correspondent à un format d’environ sept minutes et sont réalisés dans un délai limité de six mois environ. Cette nouvelle série se veut originale et offre quelque chose de différent au sein de ce label, tant par le ton que le parti pris artistique.

Des robots humanisés dans un monde futuriste

Écraser et Ramasser (Smash & Grab) est le deuxième cartoon de la collection Sparkshorts sorti en février 2019 sur Youtube et disponible actuellement sur la plateforme Disney+. Réalisé par Brian Larsen et produit par David Lally, le court métrage offre une immersion de huit minutes dans un monde futuriste peuplé de robots. Écraser et Ramasser

Le film en image de synthèse met en scène deux robots humanisés, enchainés dans une routine de travail austère. Les deux amis semblent en effet employés à alimenter un train de roches incandescentes. Les robots essaient de rendre cette corvée agréable par le jeu, mais sont sans cesse rappelés à l’ordre par un câble qui les relie à leur batterie et les limite ainsi dans leur mouvement. Toutefois, l’un des deux robots se rend compte un jour, de la vie en dehors de leur wagon, et réalise que d’autres robots vivent librement grâce à des batteries semblables à des boules de cristal luminescentes. Il se met alors en tête avec son compagnon de s’emparer de deux cristaux et de fuir leur vie de labeur pour partir à la découverte du monde extérieur. 

L’envol vers le changement et l’affranchissement

La proposition qu’offrent les studios Pixar avec cette animation est particulièrement intéressante et rejoint les deux autres Sparkshorts le précédant et lui succédant Purl et Chatbull (Kitbull) : il propose un message, une critique, une analyse. Les robots présentant ainsi l’enfermement dans une routine de travail, déshumanisante et aliénante. Ils sont privés d’un monde extérieur, de liberté, pour obéir à la manière d’esclaves au rôle qui leur est conféré. Les gestes répétitifs, le travail comme à la chaîne qu’effectuent les deux protagonistes ne sont pas sans rappeler les mécanismes du travail à l’usine de Charlie Chaplin dans Les Temps Modernes, et proposent un même regard sur ce mode de service. La soif de liberté qui étreint les robots à la découverte d’un monde extérieur disponible sans chaîne ni câble pour les restreindre, insuffle un vent de rébellion sur les deux amis. Synonyme de changement et d’espoir, cette métaphore s’inspire du réalisateur Larsen lui-même qui dit avoir puisé dans son expérience au sein de l’entreprise Pixar où lui même désirait opérer un changement dans son travail de scénariste. Le court métrage, dont le parti pris graphique n’est pas sans rappeler Wall•E, joue considérablement sur les effets de lumière et les oppositions entre clair/obscur pour souligner le monde qui sépare le wagon sombre des robots condamnés au travail et l’univers lumineux extérieur respirant la liberté et l’affranchissement. Les cristaux de batterie des robots étincellent eux-mêmes d’une lumière bleue comme promesse d’un accès à ce monde autonome, plein de possibilités.

Les valeurs d’entraide au cœur de tous les possibles

Au-delà de la thématique de la liberté, du changement et du possible, Écraser et Ramasser met l’accent sur les thèmes de l’amitié, de l’entraide et de la solidarité. Les robots sont unis par un lien indéfectible ;si ils doivent s’échapper, c’est à deux et en unissant leur force. L’un des deux robots, plus fort et intelligent que le deuxième, prend son camarade sous sa protection. Alors que sur le toit du train ils se font attaquer et que le petit robot est blessé par les assaillants, son ami entre dans une colère telle qu’il ne cesse de se battre en protégeant le corps de son compagnon. Le travail sur l’émotion et le ressenti effectué par les animateurs est alors brillant d’expressivité et de réalisme, tant le spectateur reçoit le bouleversement du robot en plein cœur. L’animation des yeux, du regard de l’humanoïde est alors particulièrement admirable et fonctionne en synergie avec l’ensemble de la scène et de l’action. A l’issue de leur libération, les deux robots ne possèdent plus qu’un cristal de batterie, auquel ils se rattachent ensemble pour continuer leur périple. Le travail d’animation sur les deux personnages est sans contexte le témoin d’une réalisation hautement maitrisée. Toutefois, le regret que donne à voir principalement la deuxième partie en extérieur, est un travail moins poussé sur le fond et les décors. L’action se déroule dans des paysages extrêmement sobres et dépouillés, aux textures pas toujours des plus étincelantes et surtout avec un manque évident d’animation de ce fond. Libre en est d’interpréter cela comme un choix de mise en scène ou bien comme une limite découlant du temps restreint de la production d’un Sparkshorts tout autant que du budget lui aussi bien défini. 

Écraser et Ramasser

Écraser et Ramasser, un message d’espoir porté par d’attachants humanoïdes

Écraser et Ramasser (Smash & Grab) est un court métrage bourré d’émotions. Les deux protagonistes endossent des rôles de gardiens d’espoir dans le sens où la capacité humaine au service de l’entraide pour s’affranchir de toutes les barrières est le vecteur principal du récit. Le message est honorable et passe avec une finesse délicieuse dans ce monde futuriste emprunt d’inspiration science-fictionnelle. L’accent mis sur l’animation des personnages et leurs émotions inscrit ce court métrage dans la tradition des studios Pixar, malgré une thématique futuriste trop peu mise en avant si l’on excepte Wall•E dans le catalogue de la célèbre lampe de bureau. 

Écraser et Ramasser

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