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Glass – Critique du Film

Peu de temps après les événements relatés dans Split, David Dunn – l’homme incassable – poursuit sa traque de La Bête, surnom donné à Kevin Crumb depuis qu’on le sait capable d’endosser 24 personnalités différentes. De son côté, le mystérieux homme souffrant du syndrome des os de verre Elijah Price suscite à nouveau l’intérêt des forces de l’ordre en affirmant détenir des informations capitales sur les deux hommes…

Glass, conclusion d’une trilogie iconoclaste

L’esprit du cinéaste M. Night Shyamalan est décidément l’un des réalisateurs les plus surprenants de sa génération. Avec le film Glass, il offre une conclusion somme toute modeste à une trilogie cinématographique iconoclaste qui s’étale depuis une vingtaine d’année.

Glass Trio

Une oeuvre à mi-chemin entre le genre super-héroïque, le thriller psycho-fantastique et la fable, Glass est né de l’imagination de M. Night Shyamalan et non d’un comic-book. Il n’en reste pas moins que son propos s’attarde sur le super-héroïsme, un concept analysé et décortiqué dans tous les sens par le réalisateur, qui se sert des deux opus précédents Glass pour présenter sa propre réflexion sur le genre, à l’heure où le monde entier est docteur es super-héros. Il est vrai, la fin de Split en 2017, sur les notes musicales d’Incassable composées par James Newton Howard, nous avait assommé. Tout l’art du réalisateur à surprendre là où on ne l’attend guère se fonde avec cette scène (gardée secrète jusqu’à la sortie du film) où la silhouette d’un Bruce Willis hiératique incarnant l’incassable David Dunn, se profilait, révélant au spectateur une mythologie super-héroïque insoupçonnée jusqu’alors, la connexion entre le film Incassable (2000) fruit de la collaboration entre la société de production du réalisateur, Blinding Edge Pictures, et Disney via la filiale Touchstone Pictures, et le film Split (2017) distribué par Universal Pictures.

Glass

Split s’achevait ainsi sur une promesse future d’affrontement entre deux personnages de M. Night Shyamalan, David Dunn, le sauveur de la Cité par excellence, et la Bête, l’identité la plus dangereuse du psychotique Kevin Wendell Crumb. Le protagoniste Elijah Price alias Mister Glass, porté par Samuel L. Jackson dans l’œuvre séminale était donc la troisième pierre à l’édifice pour savamment créer l’émulsion dans un cross-over d’une trilogie qui n’en était pas une jusqu’à aujourd’hui. En 2019 donc, le projet de Glass est chapeauté par Disney et Universal à la fois, la maison de Mickey ayant accepté l’apparition furtive du personnage de David Dunn à la fin de Split, à la condition qu’en cas de succès de ce dernier, une suite voit le jour. Glass sort non pas sous le label Touchstone Pictures comme on aurait pu le croire mais sous le classique Buena Vista International, qu’on avait pas aperçu depuis longtemps, confirmant à nouveau l’abandon pur et simple des activités de Touchstone Pictures par Disney depuis l’arrêt des co-productions cinématographiques aux côtés de DreamWorks.

Anti-héros et anti-spectacle

L’originalité principale de Glass tient au fait qu’il ne dépeint pas seulement en 129 minutes la vie de surhommes endommagés par la vie, mais en tire un traité quasiment philosophique sur la nature même de ce qu’est ou pourrait être l’héroïsme de bande dessinée, dans une Amérique fascinée et jamais trop rassasiée. Ce film prend des airs de conversation décousue par moments quand il ne retombe dans le thriller simple. Le dépassement de Shyamalan réside dans sa capacité à mettre en place une torsion métatextuelle au dessus d’une torsion déja vertigineuse qu’amène le propos. Les personnages du réalisateur sont ainsi tous brisés d’une façon ou d’une autre par l’existence, cherchant un but quelconque à travers le prisme de leurs alters égos. David Dunn a ainsi recours à la justice, Elijah Price au meurtre de masse et Kevin Wedell Crumb au kidnapping pour satisfaire la personnalité la plus malveillante de sa psyché, la Bête. Horrifiée par ces trois philadelphiens troublés, le Docteur Ellie Staple, psychiatre spécialiste en troublés mégalomaniaques, incarnée par une nuancée Sarah Paulson les fait incarcérer pour les prendre en charge dans un établissement spécialisé, où elle peut les interroger ensemble, pour tenter de faire la lumière sur leurs idées, qu’elle conçoit simplement comme des délires de grandeur liés aux illusions provoquées par le comic-book de super-héros.

Glass

A l’instar d’Incassable, Glass joue, dans un premier temps tout du moins, dans la cour du réalisme exacerbé. Ellie Staple, pourfendeuse cartésienne, explique qu’il existe sans nul doute des liens de cause à effet parfaitement rationnels, expliquant les exploits de David et Kevin et les tendances meurtrières de Elijah. Ces raisons sont toutes issues du passé violent subi par ces patients. Cette moitié de film se confronte à l’autre moitié, au ton plus zanier comme l’était Split, dominée par un James McAvoy au sommet de son art (il en mériterait une nomination aux Oscars), oscillant avec toujours plus de facilité déconcertante entre ses dizaines d’identités. Ainsi, quel ton est adopté par Glass ? Dérisoire ou toujours sérieux ? Les deux ou aucun des deux. Certaines scènes oscillent même entre les deux. Mister Glass, par exemple, pourra provoquer le rire ou couper le souffle en une réplique. L’ambivalence est toujours de mise dans la direction artistique du film, qui prendra à la fois le temps de pointer du doigt de vrais sujets comme des troubles psychiatriques et les subtilités présentes chez chacun des sujets analysés tout en permettant à un vendeur de comic-books d’expliquer que les super-héros américains tels que nous les connaissons ont été inventés vers 1938 au moment de la parution de Action Comics avec Superman. Glass ne trouve pas un mais plusieurs points d’ancrage dans son récit, prenant de la hauteur, variant ses thèmes, tout en restant assez mystérieux et en amenant d’autres questions supplémentaires.

La narration si pointilleuse de Shyamalan remue la conceptualisation de mythes inhérents. Les cicatrices de David Dunn en veulent pour preuve. Tel un Superman orphelin et blessé par le poids des responsabilités, il montre à quel point un héros peut lui aussi être brisé. Le réalisateur met en avant ces personnages comme des êtres singuliers, des objets de fascination quotidienne aussi dans un pays qui cherche à échapper au conformisme. Il tente de comprendre pourquoi ces surhommes ne le sont que par leur fort intérieur ou ce que le monde veut bien en faire. La réflexion du réalisateur passe à la fois l’analyse médicale présentée mais aussi par les multiples confrontations physiques et psychologiques entre les trois sujets. La maestria des trois acteurs principaux est essentielle, notamment au niveau des plans serrés qu’offre le réalisateur, pour véhiculer les différents traits de comportement des personnages. Le mutisme machiavélique de Samuel L. Jackson, la force tranquille de Bruce Willis ou l’imprévisibilité de James McAvoy sont autant de façon pour le cinéaste de transposer sa déconstruction de l’héroïsme. Ce qui anime vraiment ce trio selon lui – et Shyamalan interpelle implicitement son public du coup – c’est l’étude qu’en fait le public, à savoir que de ce dont se nourrissent leurs super-pouvoirs, c’est l’adoration ou la peur des masses pour ces personnes hors-du-commun.

Glass 02

Ce lien fort n’est pas souligné pour la première fois dans un film de super-héros et pourtant, cette idée transparaît joyeusement dans une séquence d’action sobre et réaliste, dégoulinant d’allégories de contes de fées et taclant par la même occasion les codes d’action des blockbusters Marvel et DC. Et au sein même de l’action, la narration appuyée est toujours présente : le spectateur ne veut pas apprécier le moment présent mais comprendre tous les tenants et les aboutissants d’une telle scène et comment l’intrigue pourrait y changer quelque-chose.

Le Shyamalan Universe

L’action justement. Point d’effets visuels numériques à outrance ici. Encore moins de chorégraphies de combats spectaculaires. M. Night Shyamalan se contente de suggérer certains actions grandiloquentes et quand il pose sa caméra, l’esthétique reprend le dessus tant dans le cadrage que la photographie. Les décors sont là pour rappeler tous les éléments symboliques de l’asile et non du centre psychiatrique moderne. Des infrastructures désincarnées, une atmosphère froide et sombre, des aide-soignants maltraitants, un corps paramédical sadique, des traitements thérapeutiques brutaux. Ajoutons à cela l’ambiance sonore angoissante ou onirique créée par le compositeur West Dylan Thordson, qui avait déjà travaillé sur Split. Shyamalan va même jusqu’à soigner la représentation rhétorique de chacun de ses personnages, portant des costumes dépouillés ou clinquants, arborant une couleur symbolique précise, celle-là même se retrouvant en parallèle sur chacun de leur partenaire (le fils de David, la petite amie ex-séquestrée de Kevin et la mère de Elijah- des seconds rôles très intéressants). Les plus curieux y reconnaitront les couleurs associées du Mardi Gras de la Nouvelle-Orléans où le violet symboliserait la justice, le vert, la foi et l’or (le jaune), le pouvoir.

Glass 07

Glass est une œuvre aboutie, anti-spectaculaire mais pas anti-populaire. Le film reprend le genre super-héroïque sous une forme de thriller réflexif jamais vu auparavant. M. Night Shyamalan fait fuser les idées à chaque plan pour mieux recentrer son propos sur ses personnages, questions et réponses à la fois de son sujet d’étude. Si tout est pensé, tant graphiquement que scénaristiquement, pour servir au mieux le trio de tête du film, le film suit un schéma tentant de manipuler psychologiquement son auditoire et l’amener à sa propre réfléxion. Malgré cela, le twist final, même si il reste plutôt cohérent, laissera comme une impression de déjà vu sur le grand écran. Pire, il en est prévisible. Mais Glass, bien qu’il ne se hisse pas au même niveau qu’un Incassable novateur pour son temps, surprend et tient ses promesses d’une conclusion originale à une trilogie initiée il y a 19 ans de cela.

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