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Marge Champion, la danseuse modèle de Blanche Neige

Elle avait servi de modèle pour la gestuelle de plusieurs personnages dans les films d’animation Blanche Neige et les Sept Nains, Pinocchio, Fantasia et Dumbo. La danseuse et chorégraphe Marge Champion s’est éteinte ce mercredi 21 octobre à l’âge de 101 ans, nous a annoncé le danseur Pierre Dulaine dans le média américaine The The Hollywood Reporter.

Marge Champion, une danseuse dans l’âme

Née le 2 septembre 1919, elle fut la fille de l’exigeant directeur de danse à Hollywood Ernest Belcher, qui a formé entre autres Shirley Temple, Cyd Charisse et Gwen Verdon. Elle et sa demi-soeur aînée Lina Basquette auront des carrières phénoménales. Elle apprend très tôt l’art de la danse et du ballet avec son père. Suivant les préceptes de son père puis une formation rigoureuse à New-York, elle foule les planches d’une scène pour la première fois en tant qu’artiste dès l’âge de 11 dans le ballet Carnival in Venice au Hollywood Bowl. Un an plus tard, elle devient professeure de ballet dans l’atelier de son père. Après avoir fait ses classes au Hollywood High School Girls’ Senior Glee Club, où elle décroche en 1936 un diplôme, elle peut enfin songer à de véritables projets.

Marge Champion aura inspiré les mouvements de Blanche Neige

La carrière de Marge Champion au cinéma débuta très tôt. Dès l’âge de 14 ans, elle est embauchée par les studios Disney en tant que mannequin de danse pour les besoins de l’animation de certains personnages de long-métrages. Grâce à sa formation intensive, l’audition de Champion pour décrocher le poste de modèle pour l’héroïne principale du grand classique Blanche Neige et les Sept Nains (1937) a été un succès même si la compétition fut rude (100 candidates). Walt Disney a appelé son père deux ou trois mois plus tard avec une offre d’emploi : elle passait deux ou trois jours par mois au studio pour tourner des scènes sur film de 16 mm, que les animateurs passeraient ensuite les prochaines semaines à animer. Pour son travail acharné, elle a gagné ce qu’elle appellait une « une magnifique somme de 10 dollars par jour » – bien qu’elle prétendait que le véritable attrait était de sauter quelques jours d’école à Hollywood High à Los Angeles.

Professeure dès l’âge de 12 ans

Elle ne travaillait pas seule non plus ; un autre des élèves de son père Ernest Belcher, Louis Hightower, servit de modèle pour le prince charmant, et plusieurs animateurs se sont relayés pour danser avec elle en tant que nains. Dans les entretiens et la correspondance de la danseuse, elle est revenue avec émotion sur cette époque avec les animateurs pas beaucoup plus âgés qu’elle. Elle s’est souvenue que l’atmosphère était semblable à celle d’un campus moyen de lycée ou d’université, avec des pique-niques quotidiens. Comme elle était trop jeune pour s’adresser à son patron par son prénom, M. Disney a insisté pour qu’elle l’appelle « Oncle Walt ». Leur travail pour Blanche Neige a cependant été terminé bien avant la sortie du film.

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En 1935, Marge Champion démarre sa collaboration avec les studios Disney

Le travail qu’elle a fourni sur le projet était à l’origine censé être aussi discret que possible ; Walt Disney ne voulait pas donner l’impression que ses animateurs se focalisaient sur un modèle réel plutôt que de dessiner les personnages à partir de zéro. Alexander King, journaliste pour le magazine Life, a eu la chance à l’époque de découvrir les coulisses de création du film, qualiié alors par la profession comme les médias de « folie de Disney ». Il a effectué une brève visite aux studios Disney pour étudier le processus technique permettant d’amener un long métrage d’animation du story-board au grand écran, où il a rencontré et interviewé l’équipe de création. L’histoire publiée (et maintenue comme telle pendant plusieurs décennies) était que les animateurs ont simplement enregistré des danseurs exécutant les scènes pour obtenir un point de référence réaliste et expressif pour leurs dessins. En réalité, ils utilisaient un processus connu sous le nom de « rotoscopie ».

Elle aura donné son allure à Blanche Neige

Si vous regardez de près les images fixes obtenues à partir des séquences de film de Marge Champion, vous verrez de minces contours noirs dessinés au crayon sur l’image réelle. En effet, les animateurs traçaient image après image la danse de l’artiste (elle ne le découvrit que lors d’une célébration pour l’ouverture d’une exposition présentant des œuvres de Blanche Neige au Cartoon Art Museum de San Francisco). Bien que le rotoscope n’était pas une invention de Walt Disney et était en fait une pratique répandue dans l’industrie de l’animation, les studios Disney ont travaillé dur pour maintenir l’impression que leurs personnages étaient entièrement libres.

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Impression de rotoscope utilisée par les animateurs pour tracer des personnages (1935)

Quelles que soient leurs méthodes, les résultats étaient indéniablement précis : Champion a expliqué l’étrange sensation qu’elle avait ressentie à la première de se regarder simultanément et de voir un dessin animé pour la première fois. Pour les besoins de la séquence musicale « La Tyrolienne des Nains » (« The Silly Song »), Marge Champion fut enveloppée dans un pardessus bouffant pour simuler la danse de deux nains à la fois l’un sur l’autre (Simplet monte en effet sur les épaules de Atchoum dans cette scène mythique pour danser avec la princesse). Walt Disney fut satisfait de son travail.

Blanche Neige mais aussi la Fée Bleue et Hyacinth Hippo

La danseuse continuera de travailler pour les studios de l’Oncle Walt en servant de modèle pour la Fée Bleue dans Pinocchio (1940) et Hyacinth Hippo et les autruches pour le segment « La Danse des Heures » dans Fantasia (1940), une parodie de ballet qu’elle a également aidé à chorégraphier. Si pour la princesse Blanche Neige, l’animateur Ham Luske lui expliquait dans les grandes lignes les mouvements à réaliser et qu’elle improvisait ensuite, pour les deux autres films, elle a dû chorégraphier d’abord ses danses. Enfin, elle s’est souvenue avoir même participé à la création du personnage de la Cigogne dans Dumbo (1941), toujours en tant que modèle.

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Elle pose en 1936 à côté d’une esquisse de la Fée Bleue

Le hasard de la vie a bien fait les choses puisqu’elle épousa en 1937 l’animateur Art Babbie, travaillant pour les studios Disney et créateur de Dingo. Ils divorcèrent trois ans plus tard. Marge Champion s’est remariée avec le danseur Gower Champion, de qui elle prendra le nom (son nom de jeune fille étant Belcher) et avec qui elle a eu deux fils. Ils divorcent en 1973. Quatre ans plus tard, Marge se marie une troisième et dernière fois avec le réalisateur Boris Sagal. Ce dernier a perdu la vie en 1981, dans un accident lors de la production de la mini-série World War III. Il était le père de l’actrice Katey Sagal.

 

Marge et Gower Champion

Durant les années 1940 et 1950, elle et son deuxième époux Gower Champion danseront dans de nombreuses comédies musicales de la MGM, à commencer par La Pluie qui Chante (1946), Show Boat (1951) ou encore Mon Amour T’Appelle (1952). La MGM avait souhaité que le couple refasse les films de Fred Astaire et Ginger Rogers, mais un seul, Les Rois de la Couture (1952), un remake de Roberta (1935), a été produit. Le couple a refusé de refaire les autres, dont les droits appartenaient toujours à RKO. Dans les années 1950, ils se tournent également vers le petit écran. Ils auront même droit à leur propre show estival en 1957, le The Marge and Gower Champion Show, proposant des numéros de danse et de chant. Dans les années 1970, Marge s’associe avec l’actrice Marilee Zdenek et le chorégraphe John West pour créer des musiques originales pour l’église présbytérienne de Bel Aire.

Une légende à Hollywood et Broadway

En 1978, elle devient coach de dialogue et de mouvement pour la minisérie télévisée The Awakening Land, adaptée de la trilogie du même nom de Conrad Richter. Elle exercera durant plusieurs années des fonctions de chorégraphe et professeure de danse à New York, ville dans laquelle elle a joué et dansé aussi dans plusieurs comédies musicales sur scène (What’s up en 1943, The Dark of the Moon en 1945, Beggar’s Holiday en 1946…). Elle participera à la création des chorégraphies de plusieurs comédies musicales comme Hello Dolly! en 1964 en tant qu’assistante spéciale. En 1982, elle a fait une rare apparition à la télévision dans la série télévisée Fame, incarnant une professeure de ballet avec un préjugé racial contre des étudiants afro-américains.

Durant toute sa vie, Marge Champion a correspondu périodiquement avec Diane Disney Miller (la fille de Walt) et a été honorée en tant que Disney Legend en 2007. Elle a participé à des travaux de promotion pour les commémorations du 50e et 75e anniversaire et à la conservation d’expositions d’œuvres d’art de Blanche Neige et les Sept Nains pour le Norman Rockwell Museum, le Disney Family Museum, le Fresno Metropolitan Museum et le Portland OR Animation Festival.

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