Peter Pan & Wendy est un film déséquilibré, offrant certaines séquences audacieuses, tout en respectant le film d’animation dont il s’inspire, mais sans jamais parvenir à apporter quelque-chose de neuf ni égaler ce dernier. Le long-métrage souffre aussi d’un cruel manque de rythme notamment dans le premier acte. La suite est plus fluide et on se laisse un peu happer par l’histoire. Mais au final, on ressort de son visionnage avec une impression de gâchis pur et simple…
Peter Pan & Wendy, une énième adaptation
David Lowery, réalisateur de certains films indépendants remarquables comme The Green Knight et A Ghost Story, possède une patte artistique indéniable, qu’il a déjà mis en exergue chez Disney dans la réadaptation plutôt réussie de Peter et Elliott le Dragon en 2016. Après ce film, il est maintenant de retour au sein de la firme enchantée avec une (enième) revisite du conte classique de JM Barrie sur le garçon qui ne souhaite pas grandir.

La réadaptation (en images de synthèse et prises de vue réelles) du (Le) Livre de la Jungle par Jon Favreau en 2016 fut inspirée à la fois par le roman de Rudyard Kipling et le film d’animation emblématique de Disney. Dans le même esprit, Peter Pan & Wendy de David Lowery tente de s’appuyer sur romanisation de la pièce de théâtre de JM Barrie en 1911 et sur le Grand Classique de l’animation Disney sorti en 1953. Mais voilà, contrairement au brillant (Le) Livre de la Jungle, Peter Pan & Wendy ne fournit clairement pas suffisamment de preuves à l’écran justifiant de ce double héritage, ce qui est dommage quand on sait qu’une partie du matériau littéraire de cet univers est tombé dans le domaine public il y a des années.

En effet, le film, disponible en exclusivité sur Disney+, aurait clairement pu se distinguer des nombreuses adaptations cinématographiques passées en trouvant une sorte d’équilibre dans la narration, tout en apportant la « poussière d’étoiles » suffisante pour le public. Flirtant par moments dans une ambiance proche de celle de Hook ou la Revanche du Capitaine Crochet de Steven Spielberg, Peter Pan & Wendy cherche à trouver sa propre identité comme l’avaient fait auparavant les films Peter Pan de P.J. Hogan (2003, Universal), Pan de Joe Wright (2015, Warner Bros.) et Wendy de Benh Zeitlin (2020, Searchlight Pictures). En d’autres termes, Peter Pan & Wendy s’ajoute à une longue liste de transpositions sur grand écran de ce conte au cours des vingt dernières années, et ne parvient jamais à survoler toute cette concurrence alors que la magie de Clochette était juste à portée de main…
Direction le Pays Imaginaire…
S’inspirant donc en partie du film animé de 1953, le film de David Lowery se veut être un voyage enjoué – et certainement une réponse au laborieux film de Joe Wright en 2015, Pan. Il s’intéresse tout d’abord à Wendy Darling (Ever Anderson) qui lit à ses petits frères l’histoire de Peter Pan, au grand dam de leurs parents. Puis Peter (Alexander Molony) et la fée Clochette (Yara Shahidi) arrivent dans leur chambre, et les Darling sont guidés vers le Pays Imaginaire, où ils affronteront bientôt le capitaine Crochet (Jude Law) et sa joyeuse bande de pirates. Ils rencontrent également (très brièvement) Lily la Tigresse (Alyssa Wapanatâhk) et les Garçons Perdus (et Filles, l’un des rares ajustements subtils effectués dans ce scénario).

Plutôt que de célébrer les couleurs réconfortantes de l’artiste Mary Blair qui a insufflé aux décors du film de 1953 une ambiance si particulière, cette version détonne par une palette qui semble inutilement atténuée et restreinte, aspirant de fait une grande partie de la magie à laquelle nous étions en droit de nous attendre. On ne peut pas clairement affirmer que la photographie de Bojan Bazelli est désastreuse. Lui qui avait œuvré sur Peter et Elliott le Dragon en 2016 avait compris l’essence de l’histoire mais ici, force est de constater que son travail est totalement inadapté au contenu proposé. Ce sentiment de manque de magie se ressent également par les quelques scènes chantées qui ne parviennent pas à emballer le téléspectateur ainsi que par le ton oscillant entre le léger et le grave sans jamais vraiment se décider, le film Peter Pan & Wendy se fait lui même écraser par ses propres ambitions artistiques et oublie clairement de dégainer de manière assumée la carte de la fantaisie, qui aurait pu faire en sorte qu’il garde un certain attrait.

Wendy a toujours été le personnage principal de l’histoire, sans pour autant renier l’héroïsme et l’inspiration émanant de Peter Pan, même si dans Peter Pan & Wendy, il ne fait aucun doute qu’il s’agit du film de Wendy (au grand dam de Peter). Les fans du classique animé ou d’autres versions de l’histoire remarqueront rapidement de nombreux changements dans l’histoire, notamment dans la veine du politiquement correct. Wendy, par exemple, n’assume plus du tout le rôle de la demoiselle en détresse ayant besoin de l’aide de Pan. Ce changement s’inscrit finalement dans la lignée d’autres adaptations précédentes où ce personnage a davantage une figure maternelle ou sororale pour le héros. Si cette position est plutôt bienvenue pour Wendy, elle provoque à l’inverse un effacement le plus total de Peter, ne pouvant, sur 1h40, ne bénéficier que de quelques rares moments de bravoure ou d’émotions. Le personnage n’arrive jamais à mener son propre film voire subit cette histoire. Alexander Molony manque malheureusement de charisme dans ce rôle et se fait voler la vedette par Ever Anderson et d’autres partenaires.

Lily la Tigresse est elle aussi dépeinte en guerrière émancipée (Alyssa Wapanatâhk) qui assume le rôle de sœur aînée de Peter. Son temps très réduit à l’écran ne nous permet pas de nous y attacher vraiment. C’est aussi le cas des Enfants Perdus, qui, bien qu’ils conservent ce surnom, ne sont pas que des garçons. Un choix là encore plutôt satisfaisant. Hélas pour eux, relégués au rang de figurants polissés (là où Spielberg avait compris qu’il fallait les placer au cœur de cette histoire), ils n’apportent jamais une vraie âme à ce groupe hétéroclite. On aurait même aimé qu’ils soient un peu turbulents ! Ce n’est même plus le cas ! Par ailleurs, Yara Shahidi propose une interprétation de la Fée Clochette plutôt classique mais réussie, manquant peut-être parfois d’espièglerie. Joshua Pickering et Jacobi Jupe campent respectivement Jean et Michel Darling, des copies parfaites du film de 1953, qui ont suffisamment de temps d’écran pour briller.

Mais le plus grand changement, et celui qui suscitera forcément débat, est la trame de fond (inédite) qui explique la rivalité de longue date entre Peter Pan et le capitaine Crochet. Pour certains, cela sera ressenti comme un véritable affront au personnage (surtout si on est fan du film Hook). On se retrouve ainsi avec un Peter Pan qui a grandi pour constater que Crochet, malgré son âge avancé, est resté très enfantin. Ici, les deux ennemis se transforment en meilleurs amis, Crochet étant en réalité un ancien Garçon Perdu qui a voulu quitter le Pays Imaginaire, a grandi et est revenu en pirate méconnaissable. Malgré tout, Jude Law est peut-être la plus belle surprise de cette distribution, offrant une prestation plutôt convaincante et juste. L’acteur apporte à la fois un certain flegme britannique au personnage mais aussi une véritable cruauté, doublée qui fait qu’il ne renie finalement jamais le méchant Disney que l’on connait (jusqu’aux révélations finales). C’est finalement le personnage le mieux écrit du film et il vous rappellera dans une monde mesure la prestation stratosphérique de Dustin Hoffman en 1991. Notons aussi la prestation plutôt originale de Jim Gaffigan dans la peau d’un M. Mouche, moins fade et clownesque que dans de précédentes adaptations. Par ailleurs, le film rompt également avec une tradition de longue date de choisir le même acteur pour camper le père de Wendy et le capitaine Crochet. Le parent paternel des Darling est joué par un Alan Tudyk plutôt convaincant, lui qui est souvent à l’affiche de Disney animés.
Un film sans poussière d’étoiles
David Lowery a visiblement dû composer avec un budget limité, les décors de Peter Pan & Wendy étant très spartiates. Le navire du capitaine Crochet est plutôt de belle facture et est très bien utilisé notamment dans les scènes de combat inspirées, tout comme la chambre des Darling, plutôt charmante et réconfortante. Le bât blesse sur le parti pris des autres lieux de tournage. La région de Vancouver offre des paysages à couper le souffle et le cinéaste a donc préféré privilégier la nature (et parfois un peu d’écrans verts) aux décors en plateau pour le reste des lieux. Mais cette absence de points de repères iconiques participe de cette carence en magie. De plus, le film ne brille pas par ses effets visuels. Le Crocodile à crochet, par exemple, est une bête curieuse. Les scènes de vol sont peu réalistes. Mais dans le dernier acte bien mené et touchant, l’agilité de Peter Pan et la puissance de Crochet – qui est plus qu’un simple méchant pantomime – rendent le final plutôt beau à regarder. De temps en temps donc, David Lowery nous sort son chapeau des moments bien sentis, mais sans créer un ensemble cohérent. Peter Pan & Wendy n’a tout à fait la profondeur requise pour les adultes, mais pour les enfants, il y a malgré tout les ingrédients requis pour passer un bon moment.

À l’exception de la mélodie de « Tu T’Envoles » retranscrite dans la partition, Peter Pan & Wendy a du mal à se classer dans la catégorie des « remakes » de Disney animés. La réalité est qu’il s’agit du dernier projet en date d’une longue lignée d’adaptations cinématographiques du roman original de JM Barrie. Malheureusement, ce film manque de poussière d’étoiles, qui est censée rendre chaque voyage au Pays Imaginaire vraiment magique. Un film parfaitement oubliable hélas…

