American Idol a été étroitement lié à la trajectoire de la culture pop au cours des deux dernières décennies. Qu’il s’agisse d’avoir contribué à créer l’engouement pour la télé-réalité, de devenir plus tard le summum de la télévision hebdomadaire, puis de devenir un produit de la culture musicale, cette émission suit de près les tendances culturelles et vice-versa…
De la FOX à ABC, American Idol a évolué avec le temps
Lorsque l’émission était à son apogée sur la FOX autrefois, elle était alors un phénomène de société, devenant l’un des sujets de discussions en vogue des américains. Maintenant, cela ne reposait pas uniquement sur les talents présentés mais davantage sur le format télévisé. Les archétypes présentés au sein du jury ont créé le modèle des émissions de compétition comme The Mean One, The Crazy One et The Subdued One. L’animateur du programme est devenu aussi essentiel au succès que les candiats. Puis, surtout, il y a eu les épisodes d’audition.

Les auditions sont devenus des moments immanquables, combinés en deux épisodes hebdomadaires qui démarraient chaque saison. Le bon comme le mauvais ont tous été montrés aux téléspectateurs (c’était aussi le cas dans l’itération française de l’émission À la Recherche de la Nouvelle Star), conduisant à un ton plus léger juxtaposé à certaines des plus grandes découvertes de talents observées. C’était un élément clé de la formule Idol : voir les triomphes et les défaites des auditionnés.
L’émission été interrompue pour la première fois en 2016. Pourtant, quelque chose s’est produit pendant sa pause. Ses objectifs ont changé. La présentation proposée était complètement différente. Oui, le squelette de l’émission était là, mais la nouvelle version du programme n’était pas ce à quoi nous nous attendions.
American Idol a déménagé sur ABC (chaîne du groupe Disney) en 2018 et célèbre désormais sa septième saison dans sa « nouvelle » maison. Finis les records d’audience et les moments déterminants de la culture pop, mais ce qu’elle a perdu en « buzz », elle le compense désormais avec une tournure plus intéressante axée davantage sur le talent.

Tout d’abord, l’émission a perdu son format d’auditions ville par ville (du moins dans son produit final). Au lieu de cela, une fusion de tous les spots d’audition est montée en épisodes uniques, mettant en avant les plus talentueux. C’est la clé : l’accent est entièrement mis sur le talent. La version de l’émission sur ABC met à peine en évidence les « mauvais » interprètes. Les juges (Lionel Richie, Luke Bryan et, pour sa dernière saison, Katy Perry) donnent rarement de mauvaises critiques, soulignant principalement l’identité artistique du ou de la candidat(e) si le domaine du chant strico senso n’est pas son fort. Dans les épisodes d’audition, même Ryan Seacrest est mis à l’écart comme il ne l’a jamais été pendant les années FOX. Preuve que le programme veut s’éloigner encore davantage de son étiquette de téléréalité musicale.
Au lieu de cela, l’accent est uniquement mis sur les candidats. Non seulement leurs performances sont désormais accompagnées par des musiciens, dans l’espoir de leur offrir les meilleurs tableaux possibles pour un son exceptionnel, mais ils disposent également de beaucoup de temps pour se préparer et faire découvrir à leurs potentiels fans leurs univers respectifs. On pourrait affirmer que la plupart des billets d’or distribués sont directement basés sur des montages sur la vie des candidats. Le nouvel état d’esprit de l’émission ne se focalise pas tant sur l’histoire passée des candidats mais davantage sur le talent qu’ils ont à offrir sur l’instant présent, ce qui pourrait être frustrant pour certains téléspectateurs. La Star Academy sur TF1 en France, de retour depuis deux saisons, fait le choix inverse, tout en offrant une large part de son contenu à la valeur « discipline » (pour être tout à faire juste, elle bénéficie d’émissions quotidiennes en plus de ses primes, à la différence d’American Idol). Dans American Idol, beaucoup d’artistes en herbe sont talentueux, méritent leur place, mais les critiques constructives ne sont là que pour les aider dans le concours et faire en sorte qu’ils s’améliorent. Il ne s’agit plus de faire le show en rabaissant gratuitement un artiste ! Il arrive malgré tout que les récits personnels des artistes en question les rattrapent au fur et à mesure de leur progression dans cette émission qui reste aussi une télé-réalité à succès. Cependant, lorsque les histoires de ces concurrents deviennent l’épine dorsale de leur parcours, il est ensuite difficile de regarder simplement le talent musical en lui-même et de faire totalement abstraction du reste. A la production de trouver le bon équilibre éditorial…

Bien que l’American Idol d’antan sur FOX (et par extension À la Recherche de la Nouvelle Star sur M6 en France) reste au premier plan des esprits des téléspectateurs, il est intéressant de voir ce qu’est devenue l’incarnation d’ABC et où elle se dirige progressivement. Est-ce que des artistes comme Carrie Underwood ou Kelly Clarkson (gagnantes de American Idol respectivement en 2005 et 2002) pourraient remporter aujourd’hui ce type d’émission ? Pas certain. Pourtant, ABC reste concentré dès le départ sur un portrait de ses candidats sous un jour positif. Avec le départ de Katy Perry à la fin de cette saison, un remaniement de l’émission pourrait-il suivre ? Et si cela nous offre l’opportunité de nous attacher davantage au profil d’un ou d’une candidat(e) au cours de l’émission plutôt qu’à la qualité de ses performances, pourrait-on nous blâmer ?
American Idol est de retour depuis le 18 février sur ABC et diffusé sur Hulu.


