Au cœur de Griffith Park, ce vaste poumon vert de Los Angeles, un joyau centenaire retrouve espoir. Le 21 août 2025, le département des Loisirs et Parcs de la ville (RAP) a approuvé l’acquisition du manège de Griffith Park, un carrousel Spillman Engineering datant de 1926, pour un montant d’un million de dollars. Cette décision, prise à l’unanimité par les commissaires, vise à préserver ce symbole d’innocence et de joie familiale, fermé depuis mai 2022 en raison de problèmes mécaniques. Loin d’un simple achat immobilier, cette opération marque un engagement municipal pour restaurer et perpétuer un élément clé du patrimoine culturel angelino, avec l’ambition de le voir tourner à nouveau d’ici les Jeux olympiques de 2028.
Un héritage forgé dans le bois et les rêves
Le manège de Griffith Park n’est pas un amusement ordinaire : c’est une machine à remonter le temps, avec ses 68 chevaux en bois sculptés à la main, disposés en quatre rangées, ses panneaux décoratifs et ses plafonds ornés. Construit en 1926 par la Spillman Engineering Company, il a d’abord opéré à San Diego avant d’être relocalisé en 1937 dans Griffith Park, sur un terrain offert par le colonel Griffith J. Griffith, philanthrope visionnaire qui légua 1 220 hectares à la ville en 1896 pour en faire un espace familial accessible. Accompagné d’un orgue militaire Stinson 165 capable de jouer 1 500 mélodies, ce carrousel est l’un des plus grands du pays, et son mécanisme complexe – qui fait monter et descendre les montures tout en tournant – en fait une œuvre d’ingénierie d’époque.
Son importance culturelle dépasse les frontières du parc : c’est ici que Walt Disney, observant ses filles s’amuser lors de visites dominicales, a puisé l’inspiration pour le carrousel de Disneyland en 1955. Ce lien avec l’empire Disney en fait un pilier de l’histoire du divertissement, un lieu où l’imaginaire prend forme. Au fil des décennies, il a accueilli des générations d’Angelenos pour des anniversaires, des rendez-vous galants ou des sorties familiales, devenant un point de ralliement communautaire. Des figures comme Julio Gosdinski, employé adolescent devenu copropriétaire en 2011, ont veillé sur lui avec dévouement, assurant son fonctionnement jusqu’à sa mort soudaine en 2020.
Les ombres d’une fermeture prolongée
La pandémie de la COVID-19 a marqué le début des ennuis : fermé en 2020 pour des raisons sanitaires, le manège a rouvert sporadiquement, mais des pannes mécaniques – notamment une pièce défectueuse au sommet soutenant les chevaux – l’ont contraint à l’arrêt définitif en mai 2022. Propriété privée de R&J Amusement Co. LLC, l’attraction est entrée dans des limbes judiciaires après le décès de Gosdinski, avec des litiges sur la succession impliquant sa famille et une autre copropriétaire, Rosemary West. Sans résolution, les réparations étaient impossibles, et des rumeurs d’un achat par un tiers extérieur menaçaient de le délocaliser hors du parc.
Cette incertitude a mobilisé la communauté : des associations comme Friends of Griffith Park (FofGP) ont lancé des campagnes de sensibilisation, soulignant le rôle du manège dans la cohésion sociale et son attractivité touristique. Marian Dodge, membre du conseil de FofGP, a exprimé son soulagement : « Nous sommes ravis. Au moins, il reste dans le parc. » Gerry Hans, président de l’association, a ajouté : « C’est un long chemin parcouru », notant que la publicité récente a boosté les dons, avec déjà 10 000 dollars collectés.
Vers une restauration minutieuse et ambitieuse
L’achat, validé par un vote 3-0 et basé sur trois expertises valorisant le carrousel entre 900 000 et 1 million de dollars, sera finalisé dans les prochains mois. Le manège restera probablement à son emplacement actuel, près de l’ancien zoo et du terrain de jeu Shane’s Inspiration, intégrant ainsi le cœur familial du parc. La ville prévoit un processus de restauration pluriannuel, estimé à jusqu’à 2 millions de dollars, couvrant la mécanique, les sculptures et l’orgue. Pour financer cela, une campagne impliquera des ONG, des sponsors et des philanthropes, évitant de puiser uniquement dans les fonds publics.
Les ambitions sont claires : Renata Simril, présidente du conseil RAP, a déclaré : « Avec les Jeux olympiques de 2028 à venir, ce serait un moment idéal pour rouvrir. Les visiteurs voudraient découvrir Griffith Park, et ce serait charmant pour le monde de faire un petit tour de manège. » Nithya Raman, conseillère municipale du district 4, l’a qualifié de « joyau de notre parc emblématique et de tout notre système de parcs » dans une lettre soutenant l’acquisition. Roland Hopkins, expert en carrousels antiques, a loué son artisanat : « Regardez-le simplement. Ce n’est pas un carrousel ordinaire. Celui-ci est un cran au-dessus. »
Échos dans le paysage du parc
Cette initiative s’inscrit dans un contexte plus large de préservation à Griffith Park, où d’autres attractions comme les promenades à poney ont fermé en décembre 2022 pour des questions de bien-être animal et administratives. Un rapport sur leur potentiel retour est attendu pour le 4 octobre 2025. Le manège, en revanche, bénéficie d’un consensus : sa restauration non seulement sauvegarde un patrimoine, mais renforce l’attrait touristique du parc, aligné sur la vision originale du colonel Griffith pour un espace inclusif et abordable.
Pour contribuer, les dons peuvent être envoyés en ligne via https://friendsofgriffithpark.org/ ou par chèque à Friends of Griffith Park, P.O. Box 27573, Los Angeles, CA 90027, avec la mention « merry-go-round ». Dans une ville en perpétuel mouvement, ce geste municipal rappelle que certains tours de piste méritent d’être éternels. Pour plus d’informations, consultez le site du département des Loisirs et Parcs de Los Angeles.

