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(Pixar)

SIGGRAPH 2026 : comment la règle « Nous sommes tous ensemble » a transformé la production de Jumpers chez Pixar

Lors de la conférence SIGGRAPH 2026 à Los Angeles, les équipes de Pixar Animation Studios ont partagé les coulisses de la création de Jumpers, sorti plus tôt cette année. Au cœur de cette présentation se trouvait une philosophie simple, directement issue du film : la règle n°3 des « Pond Rules », énoncée par le roi George (interprété en anglais par Bobby Moynihan et en français par Artus) : « Nous sommes tous dans le même bateau. » Cette idée n’a pas seulement structuré le récit, elle a profondément remodelé la manière dont les différents départements ont collaboré.

Une rupture assumée avec les pipelines traditionnels

Le réalisateur Daniel Chong, connu pour son travail en deux dimensions sur la série Ours Pour Un et Un Pour t’Ours, a apporté une sensibilité particulière au projet. Traditionnellement, les productions Pixar suivent un enchaînement linéaire : layout, animation, simulation, effets, puis éclairage. Chaque département avance avec ses propres objectifs, souvent de manière séquentielle.

Au séminaire SIGGRAPH, les intervenants ont expliqué avoir volontairement mis de côté ce modèle. Ils ont privilégié une communication constante et un travail simultané, où les équipes avançaient ensemble plutôt que les unes après les autres. Cette approche collaborative, inspirée de la règle n°3, a permis une plus grande cohérence artistique tout au long de la production.

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Courtoisie de Pixar

Le panel réunissait des responsables clés : Beth Albright (superviseure des effets visuels), Ian Megibben (directeur de la photographie), Jon Reisch (superviseur des effets), Andrea Goh (responsable du layout), Christina Garcia Weiland (responsable de l’habillage des décors) et Laurie Kim (responsable de la simulation).

Un style visuel singulier, entre feutre et douceur

Jumpers suit Mabel (voix originale : Piper Curda ; voix française : Mallory Wanecque), une jeune femme qui, grâce à une technologie expérimentale, prend le contrôle d’un corps de castor robotisé pour sauver une clairière menacée par un projet d’autoroute défendu par le maire Jerry Generazzo (voix originale signée Jon Hamm et voix française de Eilias Changuel). L’histoire met en scène de nombreux animaux, ce qui a représenté un défi majeur en matière de rendu des textures.

Dès le départ, Pixar a écarté le photoréalisme habituel ainsi que l’aspect peluche. Les équipes ont opté pour un rendu évoquant la laine feutrée, parfois presque chevelue. Pour les personnages sans fourrure, comme la chenille Titus, ils se sont inspirés de textures réconfortantes telles que le mochi ou les buns vapeur.

La fourrure de Mabel sert également à exprimer ses émotions : elle se hérisse comme celle d’un chat en colère ou effrayé, renforçant visuellement son caractère impulsif.

Un éclairage pensé pour la comédie

Ce choix stylistique a eu des conséquences sur l’éclairage. Les méthodes classiques, notamment l’éclairage frontal, rendaient la fourrure terne. L’équipe a alors exploré une approche inspirée des publicités américaines des années 90 pour chewing-gums et sodas, où les personnages aux chevelures volumineuses étaient souvent éclairés par l’arrière ou en contre-jour.

Grâce à des outils virtuels simulant réflecteurs et diffuseurs, ils ont développé un éclairage pointu qui met en valeur les textures et soutient le ton comique du film. Cette innovation a permis aux personnages de mieux « pop » à l’écran.

Des yeux simplifiés pour un style plus cartoonesque

Pixar est réputé pour ses yeux extrêmement expressifs et détaillés. Dans Jumpers, les artistes ont fait le choix inverse : des pupilles plus traditionnelles, presque cartoon, pour coller à la direction artistique globale. Un léger reflet de lumière a toutefois été conservé pour préserver l’expressivité nécessaire aux moments émotionnels.

Un autre enseignement important du panel concerne la gestion du détail. Dans les productions 3D, il est tentant de tout surcharger. Les équipes ont réalisé que cela pouvait nuire à la lisibilité et à la comédie. Un exemple présenté montrait une scène où les personnages hurlent pour décrire « l’endroit bruyant » : les arrière-plans forestiers très détaillés écrasaient les protagonistes. La solution a consisté à simplifier les décors, à reculer légèrement les personnages et à ajouter une brume colorée pour adoucir les détails superflus.

Deux séquences emblématiques de la collaboration

La scène dite « Apex Predator », avec Diane le requin blanc (voix américaine : Vanessa Bayer ; voix française : Alison Wheeler) soulevée par une volée d’oiseaux, a servi de test grandeur nature. Initialement imaginée sur un pont, elle a été transposée dans un tunnel, exigeant une refonte coordonnée entre tous les départements pour conserver l’effet de surprise et l’impact comique.

Le climax du film, où une rivière en crue dévale une colline pour éteindre un incendie, a représenté le summum de cette synergie. Les équipes de simulation, layout, animation et effets ont travaillé sur le même asset numérique, ajustant en temps réel le parcours de l’eau, la caméra et les éléments du décor. Pour accentuer le dynamisme, le flux de l’eau a été accéléré de 1,5 à 3 fois sa vitesse réaliste selon les plans.

Des chiffres et des totems qui racontent le film

La clairière, lieu central de l’intrigue, a nécessité cinq décors principaux avec sept variations différentes pour refléter l’évolution de l’histoire. Quant à Diane le requin, sa taille apparente varie grâce à l’utilisation habile de différents objectifs et cadrages par l’équipe photographie – il n’existe qu’une seule version du personnage.

Enfin, la veste de la grand-mère de Mabel constitue le totem émotionnel du film. Inspirée à la fois des blousons militaires et des uniformes de rangers, elle est le seul élément vestimentaire vert de tout le long-métrage, symbolisant le lien de Mabel avec la nature et sa mission de protection.

SIGGRAPH 2026 se poursuit cette semaine avec d’autres panels de Pixar Animation Studios, Walt Disney Animation Studios et Lucasfilm. Jumpers est désormais disponible en formats physique et digital.




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