National Geographic Documentary Films vient d’annoncer la sélection officielle de Time and Water au Sundance Film Festival 2026. Réalisé par Sara Dosa (nommée à l’Oscar pour l’excellent et spectaculaire Fire of Love), ce long-métrage documentaire tisse un lien poignant entre la perte personnelle et la crise climatique planétaire à travers le regard de l’écrivain islandais Andri Snær Magnason.
Une double disparition
Andri Snær Magnason se retrouve confronté à deux événements irréversibles : le décès de ses grands-parents bien-aimés et la fonte accélérée des glaciers de son pays. Face à ces deux formes de disparition, il décide de transformer ses archives familiales – lettres, photographies, enregistrements – en une véritable capsule temporelle destinée aux générations futures. Le film suit ce geste de conservation obstinée, où l’intime devient le miroir du collectif.
Sara Dosa, qui avait déjà exploré la puissance tellurique dans Fire of Love, se tourne ici vers l’élément le plus fragile : la glace. Le documentaire met en parallèle la durée finie d’une vie humaine et le cycle géologique des glaciers, rappelant que l’eau qui charrie aujourd’hui les souvenirs d’hier sera demain celle qui portera les conséquences de nos actes. Cette continuité fluide entre passé, présent et futur constitue le cœur battant du récit.
La lettre aux générations qui viendront
Andri Snær Magnason n’en est pas à son coup d’essai en matière de mise en garde transgénérationnelle. En août 2019, il avait rédigé l’éloge funèbre d’Okjökull, premier glacier islandais à perdre officiellement son statut de glacier. Une plaque de cuivre, intitulée « A Letter to the Future », fut scellée sur le site. Le texte, sobre et implacable, s’adresse directement à ceux qui liront ces mots en 2419 : « Nous savons ce qui se passe et ce qu’il faut faire. Seul vous saurez si nous l’avons fait. » Il se conclut par la concentration de CO₂ atmosphérique de l’époque : 415 ppm. Ce geste, à la fois poétique et politique, trouve un écho direct dans Time and Water, où l’archive personnelle devient elle aussi un message lancé par-dessus les siècles.
Là où les rapports scientifiques peinent parfois à susciter l’émotion, Sara Dosa et Andri Snær Magnason misent sur l’empathie. En juxtaposant la douleur d’un petit-fils et la disparition silencieuse d’un géant de glace, le film rend tangible ce qui demeure souvent abstrait : le temps qui nous est imparti pour agir. L’eau, sous toutes ses formes – larme, rivière, iceberg – devient le vecteur universel de cette prise de conscience.
Time and Water (titre original) sera présenté en première mondiale au festival de Sundance en janvier 2026. Une première affiche vient d’être dévoilée à cette occasion. Une œuvre qui, loin des discours catastrophistes, choisit la voie de l’intime pour parler à tous. Il n’est pas dit à l’heure actuelle de quelle manière le film sera distribué dans le monde mais il y a de fortes chances pour qu’il bénéficie d’une exploitation discrète dans des salles américaines et anglo-saxonnes avant de débarquer directement sur la chaîne National Geographic et sur Disney+ à travers le monde.

