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Courtoisie de Disney

Un cabinet d’avocats attaque Disney en justice pour utiliser Steamboat Willie dans ses publicités

Dans le paysage des contentieux intellectuels qui agitent l’industrie du divertissement, un nouveau front s’ouvre entre le géant de l’animation et un cabinet d’avocats bien implanté. Le 18 septembre 2025, le cabinet Morgan & Morgan, spécialisé dans les blessures corporelles et omniprésent dans de nombreuses régions américaines, dont la Floride centrale, a déposé une plainte contre The Walt Disney Company. L’objectif : obtenir une décision judiciaire clarifiant son droit à utiliser la version originale de Mickey Mouse issue du court-métrage Steamboat Willie (1928) dans des campagnes publicitaires télévisées et en ligne. Cette affaire, qui oppose le domaine public à la protection des marques, intervient près d’un an et demi après l’expiration du copyright sur cette œuvre emblématique, et met en lumière les tensions persistantes autour de l’héritage de Walt Disney.

Une requête préventive : la genèse d’un litige inattendu

Morgan & Morgan, connu pour ses spots publicitaires percutants et sa présence massive dans les médias locaux, a anticipé les risques légaux en contactant directement Disney avant de lancer sa campagne. Selon la plainte déposée, le cabinet a sollicité l’entreprise pour s’assurer qu’elle ne le poursuivrait pas en justice si des images de Willie, le Bateau à Vapeur (plus connu sous le titre Steamboat Willie en version originale) étaient intégrées à ses annonces. La réponse des avocats de Disney, relayée dans le document judiciaire, a été formelle : l’entreprise ne fournit pas de conseils juridiques à des tiers. Cette position neutre, bien que standard, n’a pas apaisé les craintes de Morgan & Morgan, qui invoque désormais la peur d’une action en contrefaçon de marque si elle procède à la diffusion.

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Ce recours en justice, qualifié de « déclaration de non-contrefaçon » par le cabinet, vise à obtenir une injonction préventive. Il s’agit d’une stratégie courante pour éviter des poursuites coûteuses, particulièrement face à une entité comme Disney, réputée pour sa vigilance accrue sur ses propriétés intellectuelles. L’affaire est portée devant un tribunal fédéral en Floride, une juridiction familière aux litiges impliquant des entreprises basées à Orlando, siège de Walt Disney World Resort.

Le scénario publicitaire au cœur du débat : un Mickey espiègle en terrain glissant

La publicité en question, décrite en détail dans la plainte, dépeint une scène humoristique et absurde qui joue sur l’image iconique de Mickey. Dans ce spot, le personnage de Steamboat Willie – avec son design noir et blanc des années 1920, sifflet en bouche et casquette de marin – dirige un bateau sur la terre ferme. L’embarcation heurte une voiture conduite par Minnie Mouse, qui sort alors son téléphone pour appeler Morgan & Morgan. Un narrateur précise au début et à la fin de l’annonce que « Disney n’a pas approuvé ni autorisé cette publicité », une clause destinée à souligner la nature indépendante de l’utilisation.

Ce concept, qui mêle l’univers Disney à un message promotionnel pour les services juridiques en cas d’accident, illustre le défi posé par le domaine public. Bien que Steamboat Willie soit libre d’utilisation depuis le 1er janvier 2024 – date d’expiration du copyright aux États-Unis, Disney maintient une protection stricte sur les éléments de marque associés à Mickey, comme son nom, sa personnalité ou ses versions ultérieures. Morgan & Morgan argue que son usage se limite fidèlement à l’apparence originale, sans empiéter sur ces aspects protégés, mais le risque de confusion pour le public reste un point litigieux.

Steamboat Willie libéré : un domaine public qui inspire et divise

L’entrée de Steamboat Willie dans le domaine public a ouvert la porte à une vague de créations variées, démontrant la vitalité de cette œuvre pionnière. Sorti en 1928, ce court-métrage muet marque les débuts (officiels) de Mickey Mouse, imaginé par Walt Disney et Ub Iwerks comme un marin sifflant joyeusement sur un bateau à vapeur. Depuis 2024, des projets audacieux et souvent opportunistes ont émergé : des films d’horreur comme Mickey Mouse Trap, qui transpose le rongeur en figure menaçante, ou des parodies satiriques. Un exemple marquant est la promotion pour Last Week Tonight de John Oliver, diffusée en février 2024 sur The Late Show with Stephen Colbert. Oliver y apparaît aux côtés d’un Mickey inspiré de Steamboat Willie, l’invitant même à poursuivre Disney en justice pour le plaisir de l’affrontement.

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Ces utilisations, souvent provocatrices, soulignent la liberté créative offerte par le domaine public, mais aussi les limites imposées par les lois sur les marques. Aux États-Unis, la loi sur le copyright de 1976, amendée en 1998, permet aux ayants droit de protéger les personnages emblématiques contre des exploitations diluant leur image. Disney, qui a célébré le 95e anniversaire de Mickey en 2023, a déjà averti publiquement que toute utilisation ne respectant pas ces frontières pourrait entraîner des actions légales. L’affaire Morgan & Morgan pourrait ainsi devenir un précédent, clarifiant jusqu’où s’étend cette protection dans le contexte publicitaire.

Disney silencieux : une stratégie de non-engagement face à l’offensive

Interrogée par l’Associated Press le soir du 18 septembre 2025, Disney n’a pas répondu aux demandes de commentaires, une posture cohérente avec sa gestion habituelle des litiges naissants. L’entreprise, qui détient un arsenal juridique redoutable, pourrait choisir de contester la plainte ou de la laisser suivre son cours, en attendant une décision qui définirait les contours de l’utilisation de Steamboat Willie. Historiquement, Disney a lutté pour prolonger les durées de copyright – via le Copyright Term Extension Act de 1998, surnommé « Mickey Mouse Protection Act » – et reste proactive pour préserver l’intégrité de ses icônes.

Pour Morgan & Morgan, cette bataille représente plus qu’un simple spot publicitaire : c’est une affirmation de droits face à un colosse culturel. Le cabinet, fondé en 1988 et comptant des bureaux dans 47 États, mise sur cette visibilité pour renforcer sa notoriété en Floride, où Disney exerce une influence économique majeure. L’issue de ce procès, qui pourrait s’étirer sur des mois, influencera non seulement le secteur juridique et publicitaire, mais aussi la manière dont le domaine public est navigué dans l’ère numérique. En attendant, cette affaire rappelle que même libéré des chaînes du copyright, Mickey reste un symbole disputé.



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