Synopsis : Dans la Venise sinistrée de l’après-Guerre, la veille de la Toussaint, un terrifiant mystère va marquer le retour d’Hercule Poirot sur le devant de la scène. En exil volontaire dans la Sérénissime, Poirot, désormais à la retraite, assiste à contrecœur à une séance de spiritisme dans un palazzo désaffecté et soi-disant hanté. Lorsque l’un des invités est assassiné, le célèbre détective se retrouve propulsé dans un monde inquiétant empli d’ombres et de secrets, un nouveau mystère dans une Venise lugubre…
Troisième volet des aventures du détective Hercule Poirot de et avec Kenneth Branagh, Mystère à Venise flirte cette fois avec le registre du surnaturel et de l’épouvante. Le cinéaste parvient avec ce film à se renouveler tout en ne changeant pas la formule qui a fait le succès de sa saga.
Troisième tour de piste pour Kenneth Branagh avec Hercule Poirot
Bien que Mort sur le Nil ait affiché un score décevant au box-office mondial en 2022 (137 millions de dollars) par rapport au (Le) Crime de l’Orient-Express en 2017 (352 millions de dollars), 20th Century Studios a officialisé très rapidement la mise en chantier d’un troisième volet de la saga Hercule Poirot à nouveau portée devant et derrière la caméra par Kenneth Branagh.

Après avoir réadapté Le Crime de l’Orient-Express et Mort sur le Nil, l’acteur et réalisateur et son co-scénariste Michael Green ont décidé cette fois d’innover tout en restant fidèles à l’œuvre d’Agatha Christie. Mystère à Venise est la transposition à l’écran du livre La Fête du Potiron (rebaptisé en 1999 par Le Crime d’Halloween) mais le lieu de l’action a été déplacé à Venise.
Une adaptation originale
Mystère à Venise a également la particularité de s’affranchir en grande partie de son matériau d’origine. Un tiers des personnages du film existe dans le livre original tandis que d’autres ont soit été réécrits ou supprimés. Néanmoins, le fond de l’histoire reste fidèle à l’œuvre d’Agatha Christie avec une enquête d’Hercule Poirot à huis-clos.
Présentation des personnages de Mystère à Venise
Mystère à Venise dispose d’un casting un peu moins ‘hollywoodien’ que les deux précédents films mais le metteur en scène de 62 ans s’entoure néanmoins d’un groupe d’acteurs tout aussi divers que talentueux afin de faire rayonner davantage les personnages que leurs interprètes.

- Ariadne Oliver (Tina Fey) : une journaliste de fait divers et amie d’Hercule Poirot.
- Rowena Drake (Kelly Reilly) : une chanteuse d’opéra endeuillée par la mort de sa fille Alicia.
- Alicia Drake (Rowan Robinson et Esther Rae Tillotson) : une jeune femme tuée à l’aube de sa vie et qui hante les murs de la maison familiale.
- Joyce Reynolds (Michelle Yeoh) : une médium invitée par Rowena Drake pour entrer en contact avec sa fille.
- Dr. Leslie Ferrier (Jamie Dornan) : un médecin ami de Rowena Drake en proie à des crises d’anxiété.
- Leopold Ferrier (Jude Hill) : fils du Dr. Leslie Ferrier. Malgré son jeune âge, il est très intelligent et fait office de soutien psychologique de son père.
- Olga Seminoff (Camille Cottin) : la gouvernante de la famille Drake.
- Vitale Portfoglio (Riccardo Scamarcio) : le garde du corps d’Hercule Poirot.
- Maxime Gerard (Kyle Allen) : le cuisinier particulier de la famille Drake et grand amour d’Alicia.
- Nicholas et Desdemona Holland (Ali Khan et Emma Laird) : un frère et une sœur qui font office d’assistants de Joyce Reynolds.

Parmi toutes ces personnes, un ou une est responsable de la mort d’Alicia Drake et la plupart de ces suspects ont un rapport plus ou moins direct avec la victime.
Un meurtre, plusieurs suspects dans l’œil d’Hercule Poirot
Venu simplement au départ par l’invitation de son amie Ariadne Oliver, Hercule Poirot – fraîchement retraité – va se retrouver mêlé à une séance de spiritisme qui va virer au cauchemar mais qui va remettre en doute les croyances du détective moustachu qui est de nature cartésienne.
Avec Mystère à Venise, Kenneth Branagh offre un film encore plus dense que les deux précédents volets (1H42 soit le film le plus court de la saga) mais arrive à installer les différents personnages et raconter leurs histoires respectives. Ici, l’acteur apporte une profondeur supplémentaire à son personnage et ne tombe pas forcément dans les gros traits et le cabotinage (l’accent « frenchy » et les discours pompeux étant laissés de côté), un supplément d’âme (et d’écriture) qu’on avait déjà senti arriver sur la fin du deuxième volet, et qui ne demande qu’à être exploité encore davantage.

Au-delà du meurtre d’Alicia Drake, Hercule Poirot va avoir face à lui des individus aux destins brisés depuis cet évènement. Si l’identité du ou de la coupable pourra peut-être décevoir, sa résolution – respectant les codes traditonnels du roman christien avec une énumération de résolutions – contient plein de rebondissements, comme le ferait l’auteur qui a toujours su habilement faire cheminer côte à côte réalité événementielle et réalité psychique.
Mystère à Venise est un polar mais s’offre une petite incursion dans le genre fantastique
En plus du polar, le film verse sur le genre de l’épouvante. L’histoire se passe lors d’un soir d’Halloween orageux, dans un palazzo et à huis-clos… Mystère à Venise est un film à suspenses mais pas horrifique au sens strict du terme. Il y a de nombreuses scènes effrayantes mais il n’y a pas de sang ni de violence.

Il est possible que vous sursautiez à plusieurs reprises (cette orchestration méthodique dans la mise en scène est plutôt déséquilibrée d’ailleurs) dans votre fauteuil entre portes qui claquent brusquement et machine à écrire qui se met en marche automatiquement. L’esprit d’Alicia Drake hante non seulement les murs de cette bâtisse mais tourmente aussi l’esprit d’Hercule Poirot.
Le douzième et dernier personnage central de Mystère à Venise
On ne peut pas évoquer Mystère à Venise sans parler du palazzo de Rowena Drake qui sert de lieu principal du film. Plus majestueux que le train de l’Orient-Express et le bateau Karnak, ce décor imposant né de l’imagination de John Paul Kelly est le théâtre de cette enquête pas comme les autres. Construite entièrement en studio, cette demeure à l’architecture impressionnante va servir de voyage intérieur à tous les personnages. On dirait d’ailleurs que le cinéaste a tiré quelques leçons des deux précédents volets en souhaitant élaguer davantage l’aspect numérique des décors qui pouvait un peu fâcher auparavant et en privilégiant des choses plus tangibles.

Néanmoins, la belle Venise d’après-Guerre est très peu mise en avant exceptée dans les cinq premières et cinq dernières minutes du film. Il est dommage que le côté carte postale ait été mis de côté là où Mort sur le Nil offrait des moments d’évasion (et de respiration) en dehors du bateau.
Aussi bien devant que derrière la caméra, Kenneth Branagh continue brillamment à rendre hommage à l’œuvre d’Agatha Christie et son héros Hercule Poirot. Mystère à Venise est un mélange de polar, d’épouvante ainsi qu’une pièce de théâtre. Il flirte aussi avec le fantastique gothique, un genre déjà exploité par le cinéaste dans Dead Again en 1991 ou Frankenstein trois ans plus tard. Ici, les personnages sont au service des acteurs et non l’inverse contrairement aux deux premiers opus. Vous ne résisterez pas à l’envie d’enquêter vous aussi aux côtés du détective Poirot.
