Au Festival international du film d’animation d’Annecy, Enrico Casarosa a fait son retour quinze ans après la présentation de son court-métrage La Luna. Cette fois, le réalisateur italien est monté sur scène pour partager avec le public les premières séquences achevées de son nouveau long-métrage pour Pixar, Nero, Chat Noir (Gatto en version originale). Les spectateurs présents ont eu le privilège d’être les tout premiers au monde à découvrir ces images finalisées.
Un chat noir en quête de rédemption dans les ruelles de Venise
Après le tout-mignon Luca, qui avait bénéficié d’une présentation virtuelle en 2021, Casarosa ancre son récit dans les canaux de Venise. Inspiré par les étés passés dans la cité des Doges, il s’est intéressé à l’univers discret des chats qui semblaient régner sur les rues, attendant des restes et imposant leur présence. Cette fascination a donné naissance à une histoire de braquage inattendue, portée par un style visuel résolument pictural.
Au centre du film se trouve Nero, un chat de gouttière noir dont la voix est signée Mark Ruffalo dans la version américaine. Considéré comme porteur de malchance dans une ville profondément superstitieuse, il ne sait pas nager – un handicap de taille à Venise. Recueilli jeune par Rocco, un British Shorthair imposant interprété par Laurence Fishburne, Nero intègre une bande de chats criminels dirigée d’une main de fer par ce parrain félin.

Rocco, collectionneur obsessionnel d’œuvres d’art félines, convoite un violon rare sculpté d’une tête de chat. Pour Nero, qui aspire à quitter cette vie de larcins, cette mission représente l’occasion rêvée : un dernier coup pour gagner sa liberté. Le braquage le conduit cependant vers Maya, une jeune musicienne de rue talentueuse, elle aussi en marge de la société vénitienne. Leur rencontre inattendue bouleverse les plans du chat.
Enrico Casarosa a montré plusieurs séquences qui ont fait rire le public, notamment l’arrivée de Nero au repaire de la bande, où l’échange de « mot de passe » dégénère en grognements félins très réalistes. Le réalisateur prête également sa voix à Saverio Piccionini, un pigeon vénitien militant syndical qui doit une faveur à Nero et l’aide dans son entreprise.
Une amitié improbable au cœur du récit
L’intrigue prend rapidement un tour inattendu. Contrairement à la plupart des habitants, Maya n’est pas superstitieuse et ne craint pas le chat noir. Elle décide même de l’adopter pour éloigner des policiers particulièrement crédules. Nero, contraint de jouer les chats domestiques affectueux tout en cherchant à voler le violon, voit naître une véritable complicité avec la musicienne.
Les deux personnages partagent une sensibilité artistique : Nero réagit instinctivement à la musique, sa queue dansant malgré lui au son des notes. Une séquence achevée les montre dérivant en barque sur un canal, sous la pluie, près de l’opéra. Maya confie son rêve de se produire un jour sur cette scène prestigieuse. Comme le souligne Casarosa, ce sont deux « chats noirs » – l’un au sens propre, l’autre au figuré – qui se reconnaissent. Nero devra finalement choisir entre trahir Maya pour satisfaire Rocco ou risquer le tout pour le tout.
Un style visuel qui fait entrer le spectateur dans un tableau
Au-delà de l’intrigue, Casarosa a longuement évoqué le parti pris esthétique de Nero, Chat Noir. Le film s’inspire des maîtres vénitiens comme Tintoretto, ainsi que de John Singer Sargent et Claude Monet, pour créer une ville expressive et immersive. Les traits de ligne sont omniprésents et entièrement contrôlables par les animateurs : sourcils de Nero tracés à la main, fourrure évoquant des coups de pinceau, ailes de Saverio traitées comme des touches de brosse.

Pour les moments plus cartoonesques, les animateurs recourent à des membres multiples, clin d’œil assumé aux techniques traditionnelles du dessin animé. Les environnements reçoivent eux aussi des lignes dessinées en 3D. Les reflets ne sont pas des miroirs exacts mais des aplats aquarellés, tandis que le brouillard atmosphérique, baptisé affectueusement « Scrog », est griffonné à la main. Le résultat vise à donner la sensation de « marcher dans un tableau ».
À mi-chemin d’une production prometteuse
La veille de cette présentation, Nero, Chat Noir avait franchi le cap des 50 % d’animation achevée, en vue d’une sortie prévue début mars 2027. Casarosa a filmé une courte vidéo de la salle en liesse pour la partager avec son équipe restée aux États-Unis. En complément de toutes ces révélations, une étude préparatoire inédite du film a été dévoilée par Pixar :

La session a également réservé une surprise : la révélation d’un nouveau court-métrage Pixar mettant en scène des personnages de l’univers de Nemo, Marin et Dory, intitulé en version originale Loving Dory.
Avec le cartoon La Luna et le long-métrage Luca à son actif, Enrico Casarosa poursuit une trajectoire remarquée dans le folklore de la botte italienne. Si Nero, Chat Noir raconte l’histoire d’un chat particulièrement malchanceux, les extraits présentés à Annecy laissent entrevoir un film à la fois touchant, drôle et visuellement singulier.
