Ned Beatty, un immense acteur de centaines de seconds rĂŽles Ă l’Ă©cran et sur scĂšne qui a incarnĂ© Ă peu prĂšs tout le spectre possible de l’humanitĂ© – de la sincĂ©ritĂ© Ă la mĂ©chancetĂ©, de la bouffonnerie Ă la tragĂ©die – ce qui a fait de lui l’un des interprĂštes les plus polyvalents de sa gĂ©nĂ©ration, est dĂ©cĂ©dĂ© le 13 juin 2021 Ă son domicile de Los Angeles. Il avait 83 ans. Sa mort a Ă©tĂ© confirmĂ©e par un fils, Jon Beatty, qui n’a pas citĂ© de cause prĂ©cise. Chez Disney, il Ă©tait connu pour avoir prĂȘtĂ© Ă sa voix Ă Lotso dans Toy Story 3.
Un grand acteur de seconds rĂŽles
Au cours d’une carriĂšre s’Ă©talant sur six dĂ©cennies, Ned Beatty a transformĂ© sa voix Ă©clatante, son physique « roly-poly », ses yeux brillants et son sourire de chat du Cheshire en une gamme impressionnante de personnages : aimable, autodidacte, menaçant, terrifiĂ© ou une combinaison nuancĂ©e des quatre. AprĂšs des annĂ©es de travail dans le théùtre â dont huit saisons avec Arena Stage Ă Washington â Ned Beatty est apparu au milieu de la trentaine sur le grand Ă©cran et a vite Ă©tĂ© trĂšs demandĂ©. Ses dĂ©buts au cinĂ©ma remontent Ă 1972 avec Deliverance, qui suit un quatuor d’hommes d’affaires d’Atlanta (Burt Reynolds, Jon Voight et Ronny Cox Ă©taient les trois autres) dont l’aventure en canoĂ« dans les Appalaches se transforme en une horrible histoire de meurtre et d’agression sexuelle. La brutalitĂ© sans prĂ©cĂ©dent du film a marquĂ© durablement le public et les critiques qui n’ont pas oubliĂ© le nom de Ned.

Il a ensuite jouĂ© diffĂ©rents personnages « sudistes » des Ătats-Unis dont un shĂ©rif raciste dans Les Bootleggers (1973), un chanteur country dans W.W. and the Dixie Dancekings (1975) et un magnat du poulet frit dans L’As de CĆur (1983) et un promoteur peu recommandable dans le drame acclamĂ© de Robert Altman Nashville (1975).
L’un de ses moments les plus mĂ©morables Ă l’Ă©cran est survenu dans Network : Main Basse sur la TĂ©lĂ©vision (1976), une satire acide des mĂ©dias et de la culture moderne, dans laquelle le puissant directeur de la tĂ©lĂ©vision Arthur Jensen (incarnĂ© par le comĂ©dien), prononce un sermon sur le capitalisme mondial.
Ned Beatty a remportĂ© une nomination Ă l’Oscar du meilleur acteur dans un second rĂŽle, mais a perdu face Ă Jason Robards, qui incarnait le rĂ©dacteur en chef du Post Ben Bradlee dans Les Hommes du PrĂ©sident. Au fil des ans, il a participĂ© Ă des dizaines de films lĂ©gers ou des blockbusters. Il Ă©tait Otis, l’homme de main ignorant de Lex Luthor dans Superman (1978) et sa suite de 1980, un ex-prĂȘtre dans L’Exorciste 2 : L’HĂ©rĂ©tique (1977), un doyen d’universitĂ© dans la comĂ©die de Rodney Dangerfield Ă fond la fac (1986) et un capitaine de police corrompu dans Big Easy : Le Flic de mon CĆur (1986), avec Dennis Quaid.
La critique de cinĂ©ma new-yorkaise Pauline Kael s’est Ă©merveillĂ©e du tour « merveilleusement porcin » de Ned Beatty en tant que procureur de district corrompu dans la comĂ©die romantique Scoop (1988), avec Burt Reynolds, Kathleen Turner et Christopher Reeve.
Superman, Toy Story 3 et Les Hommes du Président parmi les films les plus marquants
Ned Thomas Beatty est nĂ© Ă Louisville le 6 juillet 1937 et a grandi dans la ville voisine de St. Matthews, dans le Kentucky, oĂč sa mĂšre Ă©tait employĂ©e de cafĂ©tĂ©ria au lycĂ©e. Il avait 15 ans lorsque son pĂšre, un vendeur ambulant de produits de filtration, dĂ©cĂšde.
Il a aidĂ© Ă soutenir sa famille en chantant lors de mariages et d’autres fonctions. Il a obtenu une bourse de musique Ă l’UniversitĂ© de Transylvanie, une Ă©cole Disciples of Christ Ă Lexington, dans le Kentucky, et a envisagĂ© de devenir ministre avant de ressentir une vocation plus laĂŻque â le théùtre. « La plupart des prĂ©dicateurs sont des acteurs frustrĂ©s », a-t-il dĂ©clarĂ© au magazine People, « et la plupart des acteurs sont des prĂ©dicateurs frustrĂ©s ». Pendant une grande partie de sa jeunesse, a-t-il dit, sa circonfĂ©rence et sa voix de stentor ont fait de lui un choix naturel pour des personnages plus ĂągĂ©s, tels que l’Oncle Vanya d’Anton Tchekhov et Willy Loman d’Arthur Miller, et lui ont apportĂ© un travail rĂ©gulier pendant 13 saisons dans des théùtres rĂ©gionaux tels que le Barter. Ă Abingdon en Virginie, l’Arena Stage et le Mark Taper Forum Ă Los Angeles.
En 1991, il a dĂ©crochĂ© un rare rĂŽle principal Ă l’Ă©cran, incarnant le tĂ©nor irlandais Josef Locke dans Hear My Song. Sa voix a Ă©tĂ© doublĂ©e par Vernon Midgley. Il a maintenu son rythme effrĂ©nĂ© avec de petits rĂŽles, notamment en tant que pĂšre mĂ©tallurgiste d’un aspirant joueur de football de Notre-Dame dans Rudy (1993) et en tant que membre du CongrĂšs du Maryland dans La Guerre selon Charlie Wilson (2007). Dans Toy Story 3 (2010), il a prĂȘtĂ© sa voix Ă l’ourson vengeur Lotso.
Ned Beatty a reçu Ă©galement deux nominations aux Emmy Awards : une pour Friendly Fire (1979), dans laquelle il incarne le pĂšre affligĂ© d’un soldat tuĂ© accidentellement pendant la guerre du Vietnam ; et un autre pour Last Train Home (1989), oĂč il incarne un constructeur d’un chemin de fer transcontinental canadien.
En plus des rĂŽles invitĂ©s dans des sĂ©ries telles que The Rockford Files et M * A * S * H, il a jouĂ© dans la sitcom Szysznyk (1977-1978). On l’a aperçu dans la sĂ©rie graveleuse Homicide: Life on the Street, oĂč il jouait le dĂ©tective Stan Bolander et il a fait des apparitions rĂ©currentes dans la sitcom Roseanne, en tant que pĂšre de Dan Conner (John Goodman).
Il est revenu Ă ses racines scĂ©niques en 2003 en jouant un patriarche du Sud des Ătats-Unis en phase terminale et Big Daddy vulgaire dans une reprise Ă Broadway en 2003 de La Chatte sur un Toit BrĂ»lant de Tennessee Williams, dans laquelle il a remportĂ© un Drama Desk Award dans la catĂ©gorie Acteur vedette exceptionnel dans une piĂšce de théùtre. Pendant la production de la piĂšce, il s’est attirĂ© la colĂšre de ses co-vedettes Ashley Judd et Jason Patric pour avoir dit qu’elles Ă©taient de magnifiques stars hollywoodiennes hors de leur profondeur sur scĂšne. Il avait dit d’Ashely Judd qu’« elle n’a pas beaucoup d’outils ». Concernant Patric, il a dit : « Il s’est amĂ©liorĂ© tout le temps, mais c’est un voyage diffĂ©rent. » Il s’est ensuite excusĂ©, affirmant qu’il Ă©tait Ă©puisĂ© d’avoir donnĂ© 11 spectacles en une semaine.
Il s’est mariĂ© successivement avec Walta Chandler, l’actrice Belinda Rowley et Dorothy « Tinker » Lindsay. En 1999, il a Ă©pousĂ© Sandra Johnson, originaire de NorvĂšge. Il a eu en tout quatre enfants de son premier mariage, deux enfants de son second mariage et deux enfants de son troisiĂšme mariage ainsi que plusieurs petits-enfants.
