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eric goldberg annecy 2023
Crédit : Disneyphile

Annecy 2023 : la leçon de cinéma de Eric Goldberg

Ce jeudi 14 juin au festival international du film d’animation d’Annecy, le vétéran de l’animation Disney Eric Goldberg a donné sa leçon de cinéma devant une salle comble au centre culturel de Bonlieu.

Retour sur le parcours de Eric Goldberg à Annecy

Pour commencer cette masterclass à Annecy, Marcel Jean, délégué artistique du festival, est venu présenter Eric Goldberg, lui même déjà installé à un bureau sur scène avec son ordinateur et… du matériel à dessin. Marcel Jean raconte ainsi aux festivaliers présents sa rencontre avec Eric Goldberg, onze années plus tôt à l’occasion de la première du court métrage Mickey, À Cheval !

eric goldberg annecy 2023
Crédit : Disneyphile

Ce fut l’occasion pour le délégué artistique d’annoncer l’agrandissement du festival avec un nouveau site au Haras qui accueillera la cité internationale du cinéma d’animation en 2025. Ce nouveau lieu sera également l’occasion de créer un mur des personnalités devant, qui verra s’inscrire les noms des plus grands du milieu de l’animation à être passés par Annecy. Marcel Jean ne fait pas durer le suspens, Eric Goldberg sera l’un des premiers artistes à voir son nom y apparaître. 

Suite à cette annonce, Marcel Jean entreprend de nous retracer la filmographie du célèbre animateur en passant par son animation du fameux Génie d’Aladdin, son implication sur Hercule, sa réalisation sur Pocahontas, Une Légende Indienne ou encore deux séquences de Fantasia 2000. Il finit par rappeler que Eric Goldberg sera présent le vendredi 16 juin au festival lors de la présentation par Jennifer Lee du film de Noël des studios Disney : Wish, Asha et la Bonne Étoile.

Et c’est enfin le moment pour l’animateur de commencer sa masterclass articulée autour de deux axes. Le premier nous permettait de comprendre le processus de création d’un personnage, et le deuxième nous expliquait comment l’animation était réalisée au rythme de la musique. Ces deux présentations se sont appuyées sur de nombreuses séquences de différents films des studios que Eric Goldberg a eu à coeur de nous analyser. 

Le processus de création d’un personnage 

Eric Goldberg commence sa leçon de cinéma à Annecy en nous expliquant la manière de créer des personnages mémorables : « Comment partir du papier blanc et arriver à des personnages vivants ? ». Il ne nous cache pas que cela n’est pas une tâche facile mais qu’il va essayer de nous délivrer quelques ingrédients. 

Le rôle du réalisateur 

Lorsqu’un réalisateur construit son histoire, il travaille sur la personnalité de ses personnages, leur rôle respectif et comment les différents personnages interagissent entre eux dans l’histoire. Par ailleurs « aucun personnage n’existe dans le vide, ils existent dans un monde dans lequel l’histoire prend place ». Pour cela le réalisateur travaille avec les scénaristes, le département de développement visuel et les animateurs pour établir à quoi chaque personnage peut ressembler.

Pour appréhender les personnages, Eric Goldberg nous explique qu’il va partir des « archétypes » en nous enseignant que les réalisateurs Ron Clements et John Musker concevaient souvent leurs personnages de cette manière. L’animateur insiste toutefois sur le terme archétype par opposition à stéréotype. Il est question de type de personnage que « les spectateurs peuvent reconnaître dans un film grâce au rôle qu’il y joue. Une manière pour les spectateurs de comprendre rapidement qui un personnage est. » 

L’animateur insiste sur la manière dont les archétypes permettent également au spectateur de comprendre les relations entre les personnages. Eric Goldberg nous présente alors les principaux archétypes que l’on peut retrouver : 

  • Le héros ou l’héroïne : le personnage principal qui a un but à atteindre tel Aladdin ou Ariel,
  • Le « side kick » que l’on peut traduire par le compagnon du héros : il s’agit là souvent des professeurs et mentors du héros comme Jiminy Criquet ou le Génie,
  • L’intérêt amoureux du héros : Eric nous précise que le schéma de relation avec le héros correspond souvent à un temps de conflit avant celui de la résolution et de l’amour, en prenant cette fois-ci en exemple John Smith et Naveen,
  • Le méchant : le personnage qui va causer le chaos et entrer en conflit avec le héros comme le font Jafar ou Hadès,
  • Le « side kick » du vilain, entendons l’assistant du vilain : ce dernier peut être soit intelligent et utile comme Iago soit beaucoup plus bête comme les créatures qui accompagnent Maléfique.

Eric précise toutefois que « toutes les histoires ne rentrent pas parfaitement dans ce cadre et de toute façon, elles ne le doivent pas nécessairement ». C’est au réalisateur de travailler la personnalité du personnage et ses relations pour apporter à chaque fois quelque chose de nouveau aux spectateurs. 

L’écriture des personnages 

Après la réalisation, Eric Goldberg enchaine ensuite avec l’écriture des personnages. Il explique ainsi l’importance d’écrire les dialogues de manière à ce qu’ils ne puissent correspondre qu’aux personnages qui les prononcent, pour leur donner une vraie identité et singularité. Pour illustrer son argument, l’animateur nous propose de regarder une séquence de Pocahontas, Une Légende Indienne et une séquence des (Les) Mondes de Ralph une première fois en laissant à chaque personnage (John Smith dans le premier cas et Sa Sucrerie dans le deuxième cas) sa ligne de dialogue, puis une deuxième fois en inversant les deux audios des séquences pour nous montrer que les dialogues ne peuvent pas s’adapter à un autre personnage que celui pour lequel ils sont pensés au départ. 

En parallèle de ces dialogues, le storyboard de départ est également très important dans l’écriture des personnages. Il aide profondément à leur développement. Et il aide notamment à trouver des solutions visuelles quand dans une séquence, une problématique ne peut pas être réglée par une ligne de dialogue. À nouveau pour appuyer son argument, l’animateur nous propose de mettre en parallèle une séquence de Dumbo et les différents éléments de storyboard de la séquence correspondante pour réaliser à quel point storyboard et séquence finale peuvent être similaires. 

Le développement visuel 

Le troisième élément sur lequel Eric Goldberg revient pour la création d’un personnage est le développement visuel qui s’intéresse notamment à la manière dont « les personnages bougent et se comportent ». L’animateur nous présente des visuels préparatoires de l’artiste Mary Blair pour Alice au Pays des Merveilles, suivis de la séquence du « non anniversaire » dans l’histoire pour comprendre comment les premiers dessins d’un personnage qui appréhendent son esthétique et son attitude influent sur sa réalisation dans le film. 

Eric Goldberg revient ensuite sur un élément pour lui essentiel que les personnages Disney partagent, il s’agit de « l’appeal » que l’on traduira par « être attrayant », la manière dont les personnages Disney attirent le spectateur. L’animateur définit « l’appeal » selon trois axes :

  • la conception du personnage : notamment le nom du personnage, 
  • le design (Eric Goldberg nous raconte ainsi que Fred Moore ne pouvait pas faire un seul dessin qui n’ait pas « d’appeal ») 
  • et enfin le mouvement influencé par la personnalité du personnage.

Pour définir cette notion du mouvement, l’animateur nous présente une séquence de Blanche Neige et les Sept Nains où chaque nain se définie par son attitude et son mouvement propre. 

Pour approfondir, Eric Goldberg nous dessine le célèbre Donald en nous définissant ses grandes lignes qui le rendent « appealing ». Puis il nous réalise un deuxième dessin dans lequel Donald est en colère, en nous expliquant que c’est son attitude, ce qui fait qu’on aime ce personnage et c’est encore une fois cela qui fait son « appealing ». Notamment parce qu’il est si suffisant, qu’il finit par mériter tout ce qui lui arrive et cela devient alors plaisant pour le spectateur de le voir s’énerver. 

Eric Goldberg nous propose ensuite une séquence des (Les) 101 dalmatiens pour constater que même les vilains ont cet « appeal », c’est-à-dire qu’on ne peut pas les lâcher du regard non plus. Il nous présente cela avec le personnage de Cruella qu’il se met lui-même à dessiner à la fin de la séquence pour nous dévoiler que le design même de son visage est construit sur la forme d’un crâne comme on peut en voir directement avec un squelette. C’est cette intelligence du trait qui permet de donner tout ce côté attrayant et unique au personnage.

Suite à cela, l’animateur se permet une petite digression via ses dessins, pour nous montrer l’évolution du design du personnage de Mickey en nous présentant son design dans les années 30 et son évolution sur la fin de la décennie qui aboutit à son apparence dans le scène de Mickey en apprenti sorcier dans Fantasia. 

Pour continuer avec le design, Eric Goldberg revient sur le personnage de Louis dans La Princesse et la Grenouille. À nouveau à l’aide de quelques dessins et de vidéos d’animation test, il nous montre ses premières erreurs sur la composition du personnage pour lequel il n’avait pas assez pris en compte la véritable anatomie d’un alligator. C’est après l’étude de ces derniers qu’il a pu corriger ses dessins, notamment l’emplacement des yeux et du nez, l’espacement entre les joues et le cou pour donner un aspect plus anatomique à son personnage et mieux pouvoir jouer avec lui ensuite. Il nous explique qu’il devait bien prendre en compte l’anatomie propre de l’animal pour pouvoir ensuite en créer une caricature. 

Pour terminer, Eric Goldberg revient sur le dernier pendant de la création du personnage : « l’acting ». Pour cela, il s’appuie sur deux exemples principaux : Dans Les Trois Petits cochons, chacun des cochons d’apparence tout à fait semblable se distingue par son attitude et son jeu. Il analyse ensuite l’attitude de la Reine de Cœur dans la séquence de criquet d’Alice au Pays des Merveilles. Toute cette séquence se fait sans dialogue, montrant le pouvoir, l’autosuffisance et la méchanceté de la Reine. Tout passe par son attitude durant la scène. 

Enfin, pour conclure sur la création des personnages, l’animateur nous propose de créer ensemble un personnage en nous demandant à chaque fois les caractéristiques souhaitées, par exemple entre homme ou femme, le caractère choisi, la morphologie etc. Le personnage final correspondant à cela : un buffalo, femme, anthropomorphique, petit, gros, insolent, qui fait du yoga. Une bonne manière pour l’animateur de nous expliquer une règle fondamentale qu’il nous énonce ensuite : « Créer un personnage c’est faire des choix ». 

Animer au rythme de la musique 

Pour terminer sa masterclass à Annecy, Eric Goldberg nous propose une rapide présentation de l’animation en musique à l’aide de différents extraits. Il nous explique que lorsque l’on souhaite animer une scène musicale, nous devons laisser la musique être le leader de notre animation. Il ajoute que l’on peut ainsi faire correspondre des actions au « beat » de la musique et d’autres à la mélodie. 

Pour illustrer son propos, il nous détaille la manière dont il a construit la séquence musicale des flamants roses dans Fantasia 2000 en nous faisant prêter attention au rythme de la musique, au tempo et la concordance avec les mouvements des différents flamants roses. 

Il nous présente ensuite une séquence test de la danse de Maui durant la chanson « Pour les Hommes » dans Vaiana, La Légende du Bout du Monde. À travers cette séquence, il tient à nous illustrer la manière d’organiser le mouvement et la musique dans une scène, ce qui revient à faire des mathématiques. Il nous présente ainsi une fiche sur laquelle sont détaillées toutes les étapes d’animation et de mouvement du personnage et nous montre qu’il a calculé certains mouvements mathématiquement par rapport à la durée de la musique pour organiser de manière rythmique le mouvement. 

Une masterclass forte à l’occasion des 100 ans du studio

A l’issue de cette présentation d’une heure trente à Annecy, Eric Goldberg n’a malheureusement – et à son plus grand regret – pu prendre le temps d’un temps de questions et réponses avec le public tant le temps de la conférence était déjà dépassé. Le temps conséquent de cette leçon de cinéma, preuve de la passion de l’animateur, a permis à tout le public d’en apprendre plus sur la conception des personnages chez Disney – notamment en animation traditionnelle, à l’aide d’exemple précis et de nombreux extraits de différents films répartis sur tout le riche siècle de création des studios. Un moyen de rappeler également que Disney fête ses 100 ans d’existence cette année. À cette occasion, pouvoir découvrir la conception des personnages légendaires de la firme grâce à un animateur et réalisateur aussi incroyable qu’Eric Goldberg est une expérience aussi unique qu’enrichissante.

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