Disneyphile
Image default
Reviews

Ant-Man et la Guêpe filent dare-dare chez Marvel

Après les événements survenus dans Captain America : Civil War, Scott Lang a bien du mal à concilier sa vie de super-héros Ant-Man et ses responsabilités de père. Mais ses réflexions sur les conséquences de ses choix tournent court lorsque Hope van Dyne et le Dr Hank Pym lui confient une nouvelle mission urgente… Scott va devoir renfiler son costume et apprendre à se battre aux côtés de la Guêpe afin de faire toute la lumière sur des secrets enfouis de longue date…

La Guêpe débarque dans le MCU

Troisième production des Marvel Studios en 2018 au cinéma et deuxième volet des aventures de l’Homme-Fourmi, Ant-Man et la Guêpe poursuit à la fois les aventures de son héros principal tout en introduisant une nouvelle super-héroïne, en la personne de la Guêpe. Qu’aucun ne s’y méprenne, Ant-Man et la Guêpe est volontairement le film parmi les trois de l’année le moins bien vendu et valorisé (avec une sortie estivale beaucoup trop concurrentielle). Mais Marvel Studios redouble d’ingéniosité quand il s’agit de « sauver » une franchise comme Ant-Man qui a du mal à voler de ses propres ailes, là où des Iron Man, Captain America, Gardiens de la Galaxie ou plus récemment Black Panther, culminent au sommet. Il est vrai, avec le film Ant-Man, sorti en 2015, les studios Marvel ont fait découvrir un nouveau super-héros au public de plus en plus important du Marvel Cinematic Universe. Les spectateurs ont alors fait la connaissance du Docteur Hank Pym et de Scott Lang, chargé pour lui d’endosser le rôle de l’Homme-Fourmi et de réveiller le héros qui siégeait en lui. Le film mettait également en scène la fille du scientifique, Hope van Dyne, qui s’apprêtait à devenir la Guêpe. Ce film de casse, s’est placé en tête du box-office dès sa sortie et a rapporté plus de 500 millions de dollars à l’international. Des recettes, vous en conviendrez, trop mitigés pour que la franchise Ant-Man prétende au rang de phénomène. Mais le héros a su si bien s’intégrer dans cet univers, et notamment dans Captain America : Civil War, que Marvel n’avait d’autre choix de poursuivre ses aventures, toujours avec un ton franc et décalé, et qui plus est, dans ce second volet, très rassembleur, pour mieux le vendre partout dans le monde. En ce sens, Ant-Man et la Guêpe est tout autant la suite du premier volet de la franchise que de Captain America : Civil War.

Peyton Reed est le réalisateur choisi une nouvelle fois pour mettre en scène ces aventures à échelle variable. Celui qui a repris la direction du premier film après le départ précipité d’Edgar Wright en 2014, est non seulement un cinéaste qui a du talent dans la comédie mais est également un grand fan de pop-culture. Originaire de Raleigh, Peyton Reed fut diplômé de l’University of Northern Carolina. C’est par la suite qu’il se met à réaliser ses premiers films en Super 8. Ses débuts professionnels sont marqués par le montage de films documentaires chez ZM Productions. Après avoir écrit et réalisé le court métrage primé Almost Beat en 1989, il a signé toute une série de documentaires sur les coulisses de grands films, dont The Secrets of the Back to the Future Trilogy, Through the Eyes of Forrest Gump et The Honeymooners Anniversary Special à l’occasion du 35ème anniversaire de la série originale. Dans la comédie et l’inventivité, Peyton Reed a excellé que ce soit à la télévision ou au cinéma : The Weird Al Show (CBS), Mr. Show with Bob and David (HBO), Upright Citizens Brigade (Comedy Central), New Girl (FOX) mais aussi les clips pour des groupes comme She & Him, Superchunk, ou The Connells ou des campagnes de publicité pour Gap avec Sarah Jessica Parker, Target avec Isaac Mizrahi et Cisco avec Ellen Page, sont autant de projets divers et variés qui forgent sa carrière hétéroclite. Son premier long-métrage, il le signe en 2000 avec American Girls, avec Kirsten Dunst, Eliza Dushku et Jesse Bradford. En 2003, il revient avec une comédie plus pétillante intitulé Bye Bye Love. Puis la consécration au box-office survient trois ans plus tard avec La Rupture mettant en scène Jennifer Aniston et Vince Vaughn, un énorme succès pour les studios Universal. Le succès s’est poursuivi en 2008 avec Yes Man avec en tête d’affiche Jim Carrey.

Ant Man et la Guepe

Ant-Man et la Guêpe est une réussite en soi : le blockbuster parvient à garder les fondamentaux qui ont forgé l’esprit du premier opus, à savoir les préoccupations familiales qui définissent le destin même de nos héros mais également le genre comique. Ce second volet va un peu plus loin par ailleurs que le film de casse auquel nous étions habitués en flirtant avec l’épique ce qui offre à nos protagonistes une élévation toute particulière, leur permettant de rivaliser facilement avec d’autres super-héros plus importants du MCU. Dans ce film donc, Hank Pym contacte Scott Lang, retenu sous surveillance par les autorités gouvernementales, suite à ses actions anti-accords de Sokovie, en Allemagne aux côtés de Captain America et compagnie. Le but est simple, Hank Pym est persuadé qu’il est possible de retrouver sa femme, Janet van Dyne, perdue dans la dimension quantique. Il sera épaulé pour ce faire, de Hope Van Dyne, la fille d’Hank et Janet, qui endossera pour la première fois le costume de la Guêpe. L’univers des super-héros « insectes » est donc porté à son paroxysme dans le film…

Ant Man et la Guepe

Le docteur Hank Pym, brillant scientifique, et son alter ego Ant-Man sont apparus pour la première fois dans les comics Marvel en 1962 dans le numéro 27 de Tales to Astonish. Le personnage s’est ensuite illustré aux côtés des Avengers dans le premier numéro d’Avengers en 1963. Hank Pym a intégré le cercle très fermé des super-héros Marvel après avoir découvert une substance chimique – les particules Pym – qui lui permettait de changer de taille tout en décuplant sa force. La Guêpe, membre fondateur et première super-héroïne des Avengers aux côtés d’Ant-Man, est quant à elle apparue pour la première fois dans les comics Marvel dans le numéro 44 de Tales to Astonish en 1963.

Ant-Man et la Guêpe se cherche entre burlesque, espionnage et science-fiction

Dans le film, le trio formé par Scott (l’émouvant Paul Rudd), Hope (la piquante Evangeline Lilly) et Hank (le sage Michael Douglas) est convaincant, et on ne boudera pas notre plaisir de les retrouver sur grand écran, démontrant eux-mêmes à quel point ils s’amusent dans ces rôles tout en prenant le défi très au sérieux. L’humour submerge le récit : certains moments drolatiques offrent au film les meilleures scènes qui soient tandis que d’autres vannes font un flop assuré. L’équilibre entre l’aspect léger des exactions de nos héros et les profonds enjeux narratifs n’est finalement pas si bien dosé, dès lors que des moments très intenses en émotion laissent place à des scènes potaches frisant l’auto-caricature. Et bien qu’après la gravité d’Avengers Infinity War, la légèreté était de mise, il ne fallait assurément pas tomber dans la surenchère de blagues plus ou moins bien senties : pour le spectateur qui appréciera le film comme un énième épisode (de série B) du Marvel Cinematic Universe, il ne prêtera pas attention à ce jeu déséquilibré car le scénario se tient malgré tout de bout en bout. Seules les interventions de Michael Peña dans le rôle de Luiz, l’associé logorrhéique de Scott, font toujours mouche.

Ant Man et la Guepe

Des scènes rocambolesques

Face à cet excès d’humour, Ant-Man et la Guêpe joue davantage la carte de la sobriété et de la subtilité dans son action. Et c’est somme toute paradoxal venant d’une franchise qui prend un malin plaisir à manipuler l’œil du spectateur en changeant en permanence les niveaux de lecture visuelle et les échelles de l’infiniment petit à la monstruosité macrométrique. Sans anicroche, sans grandiloquence marvelienne, l’action du film est brillamment orchestrée, et disons-le, chorégraphiée. On en revient à un réalisme plus subtil dans un film qui là aussi, aurait très bien pu tomber dans la surenchère super-héroïque. Tout est fait pour rester attaché aux personnages et ne pas oublier le sens de leurs actions : rien n’est donc fait au hasard dans des scènes de course-poursuite urbaines très originales ou des combats finement menés au millimètre (nanomètre ?) près. Nonobstant ces séquences bien senties avec une bonne énergie, c’est l’ouverture vers un monde quantique rendant hommage aux plus beaux univers science-fictionnels des années 1980 ou à l’imaginaire vernien qui nous offrent au spectateur ce moment désormais traditionnel d’évasion que Marvel sait si bien produire comme Docteur Strange et ses dimensions miroir, Black Panther et son Métropolis africain ou les Gardiens et leurs Galaxies. On retiendra également le soin apporté au design de la Guêpe qui transcende le film par ses déboulées épiques et gracieuses. Et le talent d’Evangeline Lilly y est probablement pour quelque-chose, l’actrice offrant un vrai travail de composition de son personnage avec des moments très émouvants (on peut dès lors tout à faire légitimer un futur film Avengers « 100 % girly » qui serait mené tambour battant par la Guêpe).

Ant-Man

Et pourtant, malgré ce travail visuel prodigieux, c’est bien la famille qui reste la priorité du réalisateur et des scénaristes du film. Avec deux autres productions de Disney de l’été 2018 dans la même veine familiale, Les Indestructibles 2 et Jean-Christophe & Winnie, on se demanderait presque si Disney n’a pas sciemment apporté sa touche dans Ant-Man et la Guêpe pour cibler un cœur de cible qui était jusqu’à alors peut-être trop éloigné des super-héros au cinéma. Que ce soit dans les thèmes de la parentalité, dans les relations amoureuses ou amicales, ou même dans le traitement de l’adoption affective dans le sous-récit porté par le Fantôme, une super-vilaine (jouée par Hannah John-Kamen) très convaincante par sa dimension humaine et dans la nuance (chose assez rare pour le souligner chez Marvel, après les efficaces Thanos, Loki et Killmonger), Ant-Man et la Guêpe émeut, sans ton péremptoire pour autant et sans moral absolue. Certains pourront y voir un non désir assumé de gigantisme dans ce film, d’autres un manque cruel d’audace voire de l’inoffensivité car il est vrai, le film pourrait manquer d’ambition pour certains fans qui se respectent.

c’est bien la famille qui reste la priorité du réalisateur et des scénaristes du FILM Ant-Man et la GuÊPE.

Ant Man et la Guepe

Pour autant, Peyton Reed et ses équipes se payent le luxe de nouveaux personnages qui arrivent à s’intégrer facilement dans le scénario ; outre un personnage comme la Fantôme très bien écrit, on relèvera celui de Janet Van Dyne incarné par Michelle Pfeiffer, qui rayonne par sa sagesse et sa bienveillance toute une partie du film. Le personnage du Docteur Foster que campe Laurence Fishburne, n’est là que pour préparer la suite, et n’a que peu d’importance dans ce film. Enfin, les sous-intrigues que portent le FBI et la bande de malfrats menée par Walton Goggins, donnent comme une impression d’artificialité.

Ant Man et la Guepe

Ant-Man et la Guêpe parvient à nous offrir un moment de respiration bienvenu dans cette phase III du Marvel Cinematic Universe. Si cette suite garde les mêmes tares de mise en scène du premier opus, majorées par un humour potache de série B, bien trop poussif, elle n’en reste pas moins plaisante (sauf si on a vu la majorité du matériau promotionnel et dans ce cas, le spectateur ne sera presque plus surpris). Ses atouts majeurs sont ses scènes d’action rocambolesques, son émotion véhiculée par un casting solide (chaque protagoniste a droit à son moment « sincère ») et son hommage à un style de science-fiction rétro et dépouillé. Bref, un Marvel qui fait le job, notamment sauvé par son action, sans prendre trop de risques, mais assez tout de même pour s’inscrire dans l’univers canonique des Avengers.