Le Walt Disney Family Museum a récemment accueilli une présentation virtuelle dédiée à Bobby Podesta, animateur chez Pixar, autour de son roman graphique North for the Winter. Cette session, accessible en ligne, a permis à l’artiste de partager les coulisses de sa création, mêlant influences disneyennes, persévérance personnelle et une touche de magie hivernale. Podesta explore comment les leçons apprises chez Pixar ont façonné ce projet littéraire. Un moment qui rappelle que l’animation et l’écriture partagent un même cœur narratif, pour un public curieux des processus artistiques.
Des racines chez Pixar à l’appel du papier
Bobby Podesta, qui a rejoint Pixar peu après la sortie de Toy Story, compte près de trente ans d’expérience dans l’animation. Il a contribué à des films emblématiques comme Toy Story 3, donnant vie à des personnages inoubliables. Diplômé de CalArts – l’école fondée par Walt Disney, Podesta a toujours nourri une passion pour le dessin : sa première bande dessinée a vu le jour au lycée. Si l’animation est devenue sa carrière principale, le rêve d’écrire un livre ne l’a jamais quitté. Il s’inscrit dans une lignée d’artistes Disney et Pixar, à l’image de Bill Peet ou Mary Blair, qui ont eux aussi exploré la littérature. « Il y a une longue histoire d’artistes Disney et Pixar qui ont fait des livres – de Bill Peet à Mary Blair. Créer quelque chose en dehors de l’écran, c’est comme perpétuer cette tradition », confie-t-il.
Initialement tenté par un roman en prose, Podesta a essuyé un refus avant qu’un éditeur ne suggère un format graphique. Ce pivot a tout changé, transformant un projet bloqué en une œuvre aboutie, publiée par First Second Books. Le roman graphique North for the Winter se déroule à Denver en 1955, où une jeune fille nommée Virginia et son père, fraîchement installés, font une rencontre extraordinaire : un renne volant qui croise leur chemin, impliquant l’armée et le traçage de Santa Claus par NORAD. L’histoire équilibre nostalgie des années 1950, émotion sincère et magie de Noël, avec des clins d’œil à des classiques comme Rudolph le Renne au Nez Rouge.
L’étincelle : un « et si » pixarien
Chaque histoire chez Pixar naît d’un « et si ? », et celle de Podesta n’échappe pas à la règle. « Un jour, j’étais en voiture pour le travail et j’ai pensé, et si un grand renne sauta devant moi et s’envola ? », raconte-t-il. Cette idée fugitive s’est enrichie d’expériences personnelles : une éducation par un parent unique, les souvenirs d’un magasin familial, et l’émerveillement enfantin face au traqueur de Santa. Podesta structure son récit autour de quatre piliers – le « What If », l’Expérience, la Recherche et le Goût –, unis par un thème central : la confiance et la croyance mutuelle. Inspiré de l’éditorial « Yes, Virginia, There Is a Santa Claus », il souligne que « ce n’est pas quelque chose que l’on peut voir, mais quelque chose que l’on doit ressentir ».
La recherche a joué un rôle clé : vêtements des années 1950, publicité Sears de 1955 lançant la tradition NORAD. Podesta compare la création d’un roman graphique à celle d’un film : « Faire un roman graphique est la chose la plus proche de faire un film. Il y a des personnages, un intrigue, une mise en scène, des couleurs, des poses – tout sauf le mouvement et le son. » Des références aux (Les) 101 Dalmatiens parsèment l’œuvre, avec une palette chaleureuse évoquant « la chaleur des Dalmatiens dans la neige », réalisée en collaboration avec la coloriste Irene Yam.
Une routine matinale pour l’imperfection créative
Podesta a affiné son art au fil des ans, se levant entre 5h et 6h30 pour esquisser et écrire. « Peu de gens font des plans entre 5h et 6h30 du matin. Ça devint mon temps créatif », dit-il. Il commence par des mini-esquisses, passe au crayonné numérique sur Procreate, puis à l’encre traditionnelle sur carton Bristol. Il chérit les imperfections : « C’est là que la vie se trouve. » La couverture finale, avec Virginia et le renne contre un ciel hivernal, intègre un « O » en forme de boussole dans « North », symbolisant l’aventure et la direction.
Le style visuel s’inspire de Peanuts pour les lignes, et équilibre humour et cœur, comme un officier sur-décorant un centre de commandement. Podesta rit en résumant : « Et si un enfant et son parent célibataire subissaient une perte soudaine, et que quelque chose de magique se produise juste à l’extérieur de Denver, au Colorado – impliquant un renne, l’armée, et le traçage de Santa Claus ? Voyez ? Ça s’écrit tout seul. »
Un rappel de la magie humaine
Au-delà du divertissement, North for the Winter est un témoignage à la persévérance. « Quand quelqu’un que vous n’avez jamais rencontré ressent ce que vous espériez qu’il ressente… c’est tout », affirme Podesta. Il conclut : « Que ce soit des jouets, des poissons, ou un renne volant, nous essayons vraiment de raconter des histoires humaines. » Avec la chaleur de la nostalgie et le cœur du storytelling Pixar, ce roman graphique rappelle que la croyance – les uns dans les autres, et dans la magie invisible – nous ramène à la maison pour les fêtes.


