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Chatbull – Critique du Sparkshorts Pixar

Nouveau programme révélé par Pixar en août 2017, les Sparkshorts sont des courts métrages expérimentaux qui ont pour volonté de mettre en avant les nouvelles générations de talents des studios Pixar. Ces cartoons correspondent à un format d’environ sept minutes et sont réalisés dans un délai limité de six mois. Cette nouvelle série se veut originale et expérimentale et propose du contenu différent de ce qui se fait habituellement au sein du studio de Luxo.

Un court-métrage sur chien et chat

Chatbull (Kitbull) est le troisième court métrage paru sous le label Sparkshorts. Nous devons sa réalisation et son scénario à Rosana Sullivan et sa production à Kathryn Hendrickson. Il est présenté le 18 janvier 2019 au El Capitan Theatre et publié le 18 février de la même année sur YouTube. Cette merveille d’animation nous plonge pendant presque neuf minutes dans l’histoire improbable et touchante d’une amitié entre chat et chien. Le protagoniste, un petit félin des rues très cartoonesque, maladroit et au poil hérissé fait la rencontre d’un pitbull attendrissant maltraité par son maître, qui le dresse en vue de devenir un chien de combat. Le court métrage a eu l’honneur d’avoir été nommé aux Oscars 2020 dans la catégorie Meilleur Court-Métrage d’Animation au côté du gagnant Haïr Love des studios Sony Pictures Animation.

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Le court-métrage est réalisé, de manière très singulière pour un Pixar, en 2D. Chaque cadre est dessiné à la main. L’intégralité de l’animation et de la composition est réalisée sur ordinateur mais avec un suivi à la main continuel. L’aspect esthétique du court-métrage est donc bien particulier et colle parfaitement au scénario qu’il sert. Les arrières-plans sont inspirés de tableaux impressionnistes, une réalisation et un aplat des couleurs assez vague. Le fond est souvent flou pour concentrer l’attention sur les personnages plus nets et accentuer l’aspect réaliste de l’animation, en dépit d’un procédé en 2D. Chatbull se déroule dans une rue existante dans le district Mission de San Francisco. C’est ici que la réalisatrice Rosana Sullivan a vécu à son arrivée à la « City by the Bay ». On retrouve beaucoup d’éléments de décors, des amas de cartons et de ferrailles, des panneaux de signalisation…

La cause animale mise à l’honneur

Tout cela participe à ancrer la scène dans une réalité spatiale et temporelle. Les personnages eux ne sont pas trop détaillés et ont un aspect plus cartoonesque, créant un contraste avec l’environnement et les décors plus réalistes. Le chat est encore plus abstrait que le chien. Comme si les animateurs voulaient lui apporter un peu d’innocence et de naïveté contraitement à la silhouette canine qui laisse transparaître une vie plus dure (les traits de l’animal sont moins lisses). Cela se voit notamment dans deux éléments, la représentation des yeux, très gros chez le chat, et plus petits chez le chien. Le deuxième point est leur animation, plus réaliste et carrée chez le chien et plus cartoonesque chez le chat. Toute cette esthétique particulière et finalement complètement inédite pour les studios Pixar permet de mettre l’accent sur une histoire toute aussi nouvelle pour la firme, avec un sujet dur, réel et engagé. 

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Le propre de la maison Pixar est son incroyable capacité à partager des émotions au travers d’objets et d’animaux. C’est encore une fois brillamment réussi avec ce court métrage qui montre combien la nouvelle génération d’animateurs enfile les mêmes chaussures que ses prédécesseurs. La recette est toujours la même et le résultat ne dénote pas. 

Chatbull, condensé d’émotions en neuf minutes

Le spectateur est amené à ressentir une profusion de sentiments et d’émotions durant les neuf minutes que propose cette animation. Des moments de sourire, de rire, de tristesse, de colère, d’anxiété et enfin de soulagement et de profond bonheur. Si les Sparkshorts semblent tous aborder jusqu’à ce jour des sujets profonds et pour la plupart sociétaux, celui-ci ne déroge pas à la règle, posant le débat de la violence animale. C’est un sujet encore trop peu abordé dans l’animation. Il semblait évident de traiter aujourd’hui de ce thème dans un court métrage à part entière. L’engagement doit passer par la prévention et Pixar offre ici neuf minutes de pure sensibilisation à la cause animale. Sans montrer aucune scène de violence, les enfants comme les adultes comprennent la souffrance de ce pitbull exploité et maltraité par son maitre. La touchante amitié qui se dessine entre le chat et le chien nous rappelle combien ces animaux sont profondément bons et combien le comportement violent du chien ne dépend que de la façon dont le maitre l’éduque sans jamais révéler un caractère initialement mauvais. 

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Avec ce troisième Sparkshorts tout laisse à penser que la nouvelle génération d’animateurs s’empare de problèmes de sociétés de la manière la plus intelligente qui soit. Purl lançait cette tendance avec la question de la femme dans les entreprises, Écraser et Ramasser revenait sur les questions de travail à la chaîne et de l’absence de liberté. Chatbull quant à lui pose la question de la condition animale. Rempli de tendresse et d’une incroyable douceur, le film permet de traiter, sans jamais choquer le spectateur, ce sujet si difficile qu’est la maltraitante animale. Peu de personnes pourront rester insensibles à l’histoire d’amitié entre ce petit chat et ce chien, et surtout indifférents au message profond qu’ont choisis de partager Rosana Sullivan et Kathryn Hendrickson. Si la série des Sparkshorts continue dans cette lignée dans les années à venir, on pourra dès lors parler d’une série véritablement engagée chez Pixar. Cela promet de très beaux projets à venir. Gageons que les prochains courts métrages Sparkshorts remporteront le titre aux Oscars, succédant au dernier détenteur des studios, Piper en 2017.

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