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Clouds – Critique du Film Disney+

Clouds raconte l’histoire de Zach Sobiech, un adolescent de 17 ans doué pour la musique, atteint d’un cancer des os (ostéosarcome). Élève en terminale, il déborde de vie et de projets. Mais lorsqu’il apprend que son cancer est généralisé, il décide avec sa meilleure amie Sammy – qui compose avec lui – de profiter au maximum du peu de temps qu’il lui reste. Grâce à leur professeur M. Weaver, Zach et Sammy parviennent à signer un contrat avec une maison de disques. Accompagné de sa petite amie Amy et de ses parents Rob et Laura, Zach va vivre d’intenses moments où l’amitié et l’amour se conjuguent au son de la force évocatrice de la musique.

Clouds, un film basé sur des faits réels

Clouds a tous les codes d’un film Disney pour adolescents. Le film de Justin Baldoni présente des jeunes personnages attachants au centre d’une histoire poignante, bien que tragique, qui porte elle-même un message fort et édifiant qui reste forcément en mémoire. Ajoutez à cela des séquences musicales très radiophoniques et une pop-star en devenir et toutes les caractéristiques d’un film “feel-good” de la Maison de Mickey sont au rendez-vous. Cependant, une fois passé ce constat, que reste-t-il de ce long-métrage : une certaine maturité indéniable qui place la barre au-dessus, surprenante mais tout à fait la bienvenue en 2020.

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Depuis quelques années maintenant, les histoires de vie et en particulier celles d’enfants ou adolescents atteints de maladies incurables ont eu tendance à se démocratiser dans le paysage médiatique. Il est vrai, Clouds n’est pas la première incursion du réalisateur Justin Baldoni dans ce genre très particulier, lui qui avait déjà abordé la mucoviscidose juvénile dans la comédie dramatique À Deux Mètres de Toi en 2019. Mais il convient de noter que son dernier film sorti le 16 octobre 2020 sur la plateforme Disney+ offre une épaisseur d’un autre ordre comparé aux autres films traitant de sujets aussi sérieux. La plupart d’entre eux délaissent volontairement ou édulcorent certains aspects parmi les plus désagréables de la maladie quand elle se manifeste en phase terminale, ou carrément font fi de la conclusion inévitable et lourde de ce chemin de croix, aussi longtemps que cela soit possible, en insistant davantage sur des éléments romantiques ou en allégeant les dialogues. Clouds n’est pas de ceux là.

Un Disney très mature

Dans ce cas, le romantisme n’est qu’une valeur ajoutée à l’intrigue initiale. Même la musique, qui permet pourtant au protagoniste principal, d’apporter un sens à la fin de son existence sur Terre, est mise au second plan. C’est bien simple, Clouds nous ramène constamment à l’essentiel même si parfois, le spectateur que vous êtes, aura tendance à ne pas vouloir affronter la vérité en face, souvent dure à entendre et voir. Loin d’être un film doux malgré un format habilement conçu de cette façon, Clouds parlera d’abord à tous les gens qui ont connu l’histoire émouvante de Zach Sobiech, ici incarné par un Fin Argus plein de sincérité et de subtilité, et qui ont sûrement écouté au moins une fois l’une de ses chansons qu’il avait composé dans les derniers mois de sa vie en 2012 et 2013. Pour autant, il n’y a aucune raison que le film cache une partie de la bataille menée par Zach à ce moment-là.

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L’histoire prend fin de manière allégorique dans les nuages, qui planent constamment sur le film. L’inévitabilité du propos est régulièrement rappelée à des moments-clefs de l’histoire, parfois décrit sous forme de conflit intérieur pour Zach, parfois pas. Si Clouds paraîtra au demeurant déprimant, son message lui, est avant tout teinté d’espoir où il est rappelé qu’il est important de ne pas attendre de vivre avant de savoir que la mort nous guette. C’est en cela que le film évoque avec puissance une aspiration à la réalisation de nos rêves. La direction artistique est quant à elle très réussie.

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Fin Argus incarne Zach avec un charisme toujours notable, même lorsqu’il arrive à un stade d’épuisement total. Le regarder vivre son rêve musical est forcément émouvant avec un hommage clairement intentionnel au film That Thing You Do. S’il fallait étiqueter Clouds, on pourrait dès lors parler de “biopic inspirant” et à cet égard, tous les ingrédients sont réunis pour cela. Le professeur inspirant (ici incarné par Lil Rel Howery) est présent et trouve toujours les bons mots et la sagesse d’esprit pour accompagner la jeunesse vers son rêve. Il y aussi le cas des parents à la fois dévoués à 1000 % à leur fils et son combat, mais qui ne peuvent s’empêcher d’être pris eux-mêmes dans un conflit compte-tenu de la situation qui les dépasse. Zach est décrit comme un héros mourant, digne et qui en vient à la conclusion qu’il est plus important pour lui de se couper de ses relations extérieures et qui lui tiennent à cœur, afin de les “protéger” de la douleur incommensurable qui arrivera inévitablement. Tout cela fonctionne plutôt bien dans ce scénario adapté d’une histoire vraie.

Un film sur la dualité de la vie

En deux heures qui passent à toute vitesse, le film élude forcément certains moments de la fin de vie de Zach mais ne les passe sous silence pour autant. Sa chronologie un peu précise permet de présenter tous les grands événements importants que vit Zach et son amie Sammy (Sabrina Carpenter) qui compose et chante avec lui. Mais d’autres événements se produisent hors écran. Pour palier à cela, des scènes parfois un peu trop explicatives sont installées ici et là. Dès lors, la question se pose de savoir si des moments peut-être plus anecdotiques mais qui ont leur importance dans le déroulé du parcours de Zach, n’auraient pas mieux faits d’être gardés au scénario.

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Car certains personnages secondaires sont un peu moins développés et gravitent de façon trop superficielle autour de Zach, c’est peut-être le cas de sa petite amie Amy (Madison Iseman) et de ses parents Rob (Tom Everett Scott) et Laura (Neve Campbell)Certaines scènes où l’on découvre l’impact de la fin de vie de Zach sur son entourage sont intéressantes mais des questions restent sans réponse. Est-ce que Sammy a-t-elle pu elle aussi se dépasser personnellement pour affronter la scène grâce à son meilleur ami ? La relation entre Zach et Amy est restée un peu floue (demandait-elle pour autant plus de réponses ?). Les difficultés rencontrées par les parents de Zach, les amenant à se renfermer sur eux-mêmes et n’étant plus émotionnellement disponibles l’un envers l’autre et envers leur famille, ont-elles été résolues ?

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Clouds a été produit par Wayfarer Studios sous la houlette de Warner Bros. au départ et en vue d’une sortie en salles. La pandémie lui a fait changer de destin et les droits de distribution du film ont été rachetés par Disney pour sa plateforme de streaming. Le fait qu’il ne s’agisse pas d’une production maison de la firme aux grandes oreilles est en soi une bonne chose, preuve que Disney+ s’ouvre à d’autres manières de raconter des histoires fortes. Cela permet aussi de diversifier l’offre de Disney+. L’originalité de ce Disney qui n’en est pas un tient justement dans le fait que si les héros Disney meurent de temps en temps, ils ne prennent pas pour autant le temps de préparer leur départ. Et c’est le cas ici, ce qui pourra paraître à la fois déroutant mais qui de notre côté, nous a beaucoup plu. Il est important de regarder ce film en famille, de pleurer certes, mais aussi de saisir son message dans une année 2020 où des messages aussi édifiants se doivent d’être mis en lumière dans la période sombre que l’on connaît. Clouds est un film d’une rare justesse qui ne prend pas de gants et garde tout le long une profonde humilité et sagesse face à la vie.

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