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Le Roi Lion et les Rythmes de la Terre – Critique du Spectacle de Disneyland Paris

L’été à Disneyland Paris rime avec philosophie du sans soucis. Une troupe d’artistes africains a élu domicile dans la salle de Frontierland Theater – l’ancienne scierie de Sawyer Bottom – pour narrer aux habitants la légende la plus célèbre de leur continent, Le Roi Lion. Sur une immense scène, ils y ont étalé leur différents instruments à percussions traditionnels imbriqués les uns dans les autres. Durant une demi-heure, le public présent se plonge dans l’histoire de Mufasa et de son fils Simba. Au rythme des tams-tams de la savane et au son des voix des artistes, s’enchaînent les tableaux musicaux iconiques de la Terre des Lions, orchestrés par le sage Rafiki. A taille humaine, la légende du Roi Lion est revisitée à grand renfort de danses, de chants, d’acrobaties et de musique.

Disneyland Paris revisite le répertoire du Roi Lion

Le Roi Lion et les Rythmes de la Terre intitulé en anglais The Lion King: Rhythms of the Pride Lands est un spectacle exclusif créé par les équipes de Disneyland Paris, lancé officiellement le 30 juin 2019 dans une toute nouvelle salle de spectacle, Frontierland Theater, en lieu et place de l’ancienne zone occupée par The Chaparral Theater. Cette super-production de Parc Disney fait figure d’élément phare au sein de la nouvelle saison estivale proposée alors par le Parc Disneyland, Le Festival du Roi Lion & de la Jungle. Ce nouveau temps fort entend bien célébrer deux univers animaliers emblématiques du catalogue animé Disney, à savoir Le Livre de la Jungle et Le Roi Lion. Dans ce cadre, Le Roi Lion et les Rythmes de la Terre entend bien offrir un nouveau souffle à l’univers de la Terre des Lions, qui fête déjà durant l’année 2019 son 25ème anniversaire depuis la sortie du Grand Classique de l’animation en 1994.

Simba Rafiki Mufasa

Cette nouvelle création ne déçoit pas et surpasse même tout ce qui a pu être proposé auparavant en terme de divertissement sur ce thème précis dans les Destinations Disney du monde entier. Le choix très original d’avoir mis en avant de façon très épurée et brute les sonorités et les voix au service de l’histoire rend l’expérience totalement immersive et en totale adéquation avec l’esprit de cette histoire culte. Aussi, la scénographie époustouflante et le dynamisme de la mise en scène et des chorégraphies participent de cet éclat. A l’évidence, le Resort Disney européen tient entre ses mains un pur bijou : Le Roi Lion et les Rythmes de la Terre n’a rien à envier des productions de Broadway inspirées du même film. Mieux, il trouve sa propre identité artistique en réinventant les partitions envoûtantes du film et du spectacle musical et en proposant une version plus contemporaine et essentielle. Une belle réussite !

Simba au coeur du patrimoine de Disneyland Paris

Le patrimoine immatériel de Disneyland Paris regorge de références au (Le) Roi Lion. Le complexe parisien a, à plusieurs reprises, célébré cette marque indissociable de la culture Disney. Le public européen n’a jamais boudé son plaisir à retrouver l’univers de ce film dans les Parcs et les créatifs ne s’y sont jamais trompés. Simba et ses amis font leur entrée remarquée au Parc Disneyland l’année de sortie du film avec une pré-parade spéciale. Les deux magnifiques chars construits pour l’occasion seront réutilisés les années suivantes notamment dans La Grande Parade Estivale. Le succès du film se faisant, Disneyland Paris décide de dédier l’un de ses restaurants tout entier à ce film. Le restaurant Aux Épices Enchantées ferme ses portes en 1994 pour laisser place au Restaurant Hakuna Matata, mettant à l’honneur Timon, Pumbaa et Simba tandis que la boutique La Girafe Curieuse propose sans interruption à l’année des produits inspirés de cet univers. Le char des animaux de la savane continuera son parcours à l’occasion de La Parade du Monde Merveilleux Disney dès l’année 1998. L’ouverture du Parc Walt Disney Studios fut aussi l’occasion de célébrer Le Roi Lion que l’on retrouvait à la fois dans Animagique, Art of Disney Animation ou encore sur La Parade du Cinéma Disney. Mais c’est bel et bien l’année 2004 qui a marqué les esprits des fans du Resort avec l’arrivée d’une toute nouvelle création scénique innovante, semblable à celle d’autres parcs étrangers, La Légende du Roi Lion, le premier vrai spectacle musical tiré du film de 1994 pour Disneyland Paris. Le succès sera tel qu’il sera joué jusqu’en 2009 sur la scène de Vidéopolis. Mais en 2004, le public européen a pu également découvrir d’autres animations : Le Carnaval du Roi Lion qui s’emparait de tout Main Street, U.S.A mais aussi Le Feu d’AARRRtifice de Simba. A noter qu’à l’époque, les Visiteurs pouvaient rencontrer quotidiennement des Personnages comme Banzai, Shenzi et Ed. Côté spectacles nocturnes, Le Roi Lion a toujours eu une place de choix à Disneyland Paris. Disney Dreams ! dans sa version remaniée de 2013 et plus récemment Disney Illuminations offrent des tableaux magiques tirés du film d’animation. D’autres parades continueront de mettre à l’honneur ce film emblématique : La Parade des Rêves Disney (2007), La Magie Disney en Parade ! (2012) et Disney Stars on Parade (2017). Enfin, dès 2011, la photolocation Adventureland sur le Rythme de la Jungle a permis au Visiteurs de pouvoir rencontrer Timon et Rafiki toute l’année. Quinze ans séparent donc deux grands spectacles parisiens sur ce film, La Légende du Roi Lion et Le Roi Lion et les Rythmes de la Terre. L’idée avec la nouvelle production était évidemment de ne pas proposer un pastiche de ce qui avait déjà été fait dans le passé et avec brio.

Le Roi Lion a connu également d’autres adaptations scéniques puisque le tout Broadway s’est chargé dès 1997 d’en transposer la trame sur les planches de l’Orpheum Theatre, avec pour l’occasion une histoire rallongée et complexifiée et des chansons additionnelles. Il ne s’agissait à ce moment là que d’une simple version d’essai… Le spectacle mis en scène par Julie Taymor a en effet déménagé au New Amsterdam Theater et a trouvé non seulement ses lettres de noblesse dans le folklore des musicals new-yorkais mais également une popularité inégalable. 11 nominations aux Tony Awards dont 6 concrétisées, à commencer par « Meilleure comédie musicale » et « Meilleure mise en scène » : non seulement le spectacle n’a pas quitté l’affiche mais il s’est également exporté dans le monde entier dans des dizaines de langues, de Londres à Shanghai en passant par Tokyo, Hambourg, Toronto, Mexico, Sydney, Buffalo, Scheveningen, en Afrique du Sud, Bangkok, Hong Kong, Taipei, Seoul et même Paris en 2007, où il avait récolté plus d’un million de spectateurs durant trois saisons. En 2017, le musical fêtait son 20ème anniversaire et engrangeait depuis sa création 8,1 milliards de dollars, soit plus que tous les films Star Wars réunis jusqu’à l’épisode VIII.

La musique en fil conducteur

Le Roi Lion et les Rythmes de la Terre est, à n’en point douter, l’un des spectacles vivants les plus esthétiques et aboutis de l’histoire de Disneyland Paris. Pour faire vivre au mieux la légende de Simba, il emploie sur scène plusieurs dizaines d’artistes complets au service du chant, de la musique, de la comédie, de la danse mais aussi d’acrobaties virevoltantes. Mais c’est la musique qui tient une place de choix dans cette nouvelle production. Le Roi Lion est à part dans le panthéon de Disney ; et ses musiques sont devenues à elles seules des icônes de la pop-culture. Ainsi, ce spectacle vivant monté spécialement pour le Resort parisien entend bien honorer le répertoire musical de cet univers emblématique, érigé en 1994 pour la partie chansons par Elton John et Tim Rice et pour la partie orchestrale par Hans Zimmer. La production s’appuie exclusivement sur la musique du (Le) Roi Lion, faisant l’impasse sur des scènes de dialogues afin, semble-t-il, de toucher tous les publics multiculturels. Tous les spectateurs, jeunes et moins jeunes, peuvent retrouver la substantifique moelle de l’histoire à travers la musique, comme un langage universel. Ce parti pris permet un gain de temps considérable : les équipes artistiques se sont donc permis beaucoup de libertés en intégrant en plus des chansons originales, certaines musiques orchestrales du film ainsi que des morceaux spécialement créés pour la version de Broadway, rendant le tout totalement unique en son genre. C’est probablement le premier atout fort du spectacle, dont le scénario rythmé par la musique, permet au spectateur de rester connecté constamment.

De plus, le projet musical fait la part belle aux percussions, au cœur des arrangements et de la réorchestration inédite du spectacle. Son titre est assez évocateur et vend d’ailleurs assez bien cet aspect notoire de la production, qui met en avant non seulement ces instruments de percussion dans la bande-originale mais aussi sur scène de différentes manières. A noter que le titre du spectacle n’est en revanche pas une création puisqu’il reprend le titre de l’album Rhythm of the Pride Lands. Cet album original sorti en 1995 fut dirigé par Lebo M et le producteur Jay Rifkin et proposait une sorte de sequel musical au film d’animation, incluant à la fois des chansons aux influences africaines comme « He Lives in You », « One by One », « Kube » ou « Noyana », des morceaux d’Elton John et Tim Rice revisités tels que « Hakuna Matata » et « Circle of Life », une reprise devenue culte de « The Lion Sleeps Tonight » imaginée par George David Weiss, Luigi Creatore, Hugo Peretti, Albert Stanton et Solomon Linda ainsi que d’autres créations signées de Hans Zimmer, Jay Rifkin, John Van Tongeren et Lebo M. Toutes ces musiques, pour certaines chantées exclusivement dans des langues africaines, ont de près ou de loin inspiré l’expansion de l’univers du (Le) Roi Lion dans des suites animées et sur scène. Le nouveau spectacle Le Roi Lion et les Rythmes de la Terre entend bien revendiquer les mêmes racines africaines comme le fit cet album en son temps.

Le Roi Lion et les Rythmes de la Terre orchestré par Steve Sidwell

Un regard neuf a été apporté aux musiques de ce point de vue. Steve Sidwell, en charge de ce travail, n’est pas un inconnu à Disneyland Paris puisqu’il a déjà dirigé l’orchestration de la musique de La Parade des Rêves Disney créée pour le 15ème anniversaire de la destination en 2007, aux côtés du directeur musical Vasile Sirli et de la compositrice Sunny Hilden. On connait cet artiste londonien comme un touche-à-tout dans le milieu de la musique.  A la télévision, Steve Sidwell s’est illustré dans la composition de « Elements & Motion » pour la 79ème cérémonie des Oscars avec la Hollywood SFX Chorale, qui a été nommé aux Emmy Awards. On lui doit également l’orchestration de plusieurs programmes musicaux tels que Robbie Williams Live at the Albert ou BBC Olympic Handover Concert. Il fut aussi le directeur musical des saisons 1 et 2 du télécrochet The Voice au Royaume-Uni. Il a également collaboré avec plusieurs marques pour mettre en musique leurs spots publicitaires : Honda, M & S, Virgin, Nokia, Orange, Bounty, McDonalds… Côté scène, il a signé l’orchestration de plusieurs spectacles du West End, We Will Rock You, Our House ou encore Daddy Cool, et plus récemment un spectacle à New-York, Beautiful The Carole King Musical. Il a également collaboré en tant qu’orchestrateur avec le chanteur Robbie Williams mais aussi Sarah Brightman et LSO, Paul YoungJeff Beck, Seal, Dame Shirley Bassey, Kerry Ellis et Paul Carrack. Ses talents de musicien lui ont permis de travailler une multitude d’artistes internationaux : Muse, George Michael, Amy Winehouse, Lily Allen, Cheryl Cole, Annie Lennox, Mika, Take That, Tom Jones, Sting, Elton John, Paul McCartney, Mick Jagger, Mark Knopfler, The Feeling, McFly, Will Young, Bryan Ferry, Joss Stone, Eric Clapton, Rod Stewart, Stevie Wonder, The Who, Ian Dury, Wet Wet Wet, Charlie Watts, Henry Mancini, Michael Nyman, Todd Rundgren, The Metropole Orchestra et Joan Armatrading. Enfin, il s’est imposé dans le septième art en travaillant avec Baz Lurhmann. Il apparaît aussi dans les crédits de Scott, Le Film, Bob L’Eponge, Le Film et Le Sourire de Mona Lisa. Chez Disney, il a travaillé sur Roméo + Juliette (1996, 20th Century Fox), Le Journal de Bridget Jones (2001, Miramax Films), Moulin Rouge (2001, 20th Century Fox), Le Monde de Nemo (2003, Pixar Animation Studios) et Les 101 Dalmatiens 2 : Sur la Trace des Héros (2003, DisneyToon Studios).

La valeur ajoutée de cette revisite de la légende du (Le) Roi Lion est donc la mise en avant notoire de percussions au service de l’histoire. En effet, outre l’enregistrement par un orchestre symphonique d’une bande-originale mêlant tradition et accents pop, un big band ainsi qu’un groupe de percussionnistes spécialisés ont permis à l’ensemble d’apporter une section rythmique inédite. Ainsi, il ne sera pas étonnant de retrouver sur la demi-heure de spectacle des sonorités de djembés, de tamas ou « tambours parlants » originaires d’Afrique de l’Ouest, de kalimbas ou « pianos à pouces » originaires de l’Afrique subsaharienne, de koras, un instrument du Mali, de congas et de bongos. Chacun de ces instruments sert l’histoire de façon très précise et sert également de « top » pour  les performeurs présents sur scène. Une grande partie d’entre eux sont d’ailleurs utilisés en direct sur scène, venant renforcer l’aspect musical au service de l’histoire. C’est aussi une façon de rendre un hommage différent au folklore africain. La fusion entre cette authenticité et la modernité souhaitée pour la bande-originale rend l’ensemble totalement novateur artistiquement parlant, là où, par exemple la comédie musicale de Broadway scindait davantage les sections purement traditionnelles basées sur des tempos africains et les chansons du film. Il aurait été même intéressant de pousser davantage cette idée en permettant à chaque instrument de percussion de s’identifier à chacun des personnages sur scène – un peu à la manière du conte Pierre et le Loup de Sergueï Prokofiev. Dans tous les cas, il faut saluer l’interprétation excellente des musiciens sur scène.

 

Savane moderne

On saluera aussi le projet scénographique à la fois moderne et épuré, qui permet au (Le) Roi Lion de s’offrir réellement de nouvelles lettres de noblesse sur scène. Rien de similaire n’avait été fait dans d’autres Parcs Disney auparavant. Les instruments à percussions se voient déclinés en d’immenses décors dynamiques où les danseurs et les chanteurs évoluent. Ils représentent les rythmes de la Terre et portent le spectacle et ses personnages. Le choix judicieux de cette direction artistique nous permet de nous immerger dans une version beaucoup plus mature de l’histoire de Simba. C’est un choix qui restera sujet à débat car il se veut assez radical de par l’aspect minimaliste et contemporain des décors. C’est d’autant plus vrai que la vidéo n’est, pour une fois, pas utilisée de façon ostentatoire pour mâcher le travail aux spectateurs. La manière dont est dirigée cette mise en scène invite au contraire le public à faire ce travail d’introspection dans l’histoire nécessaire. L’écran de fond de scène – peut-être pas assez en retrait pour créer un effet de profondeur suffisant – est là pour ponctuer le fil du spectacle.

Dirait-on qu’il s’agit d’une vision élitiste pour autant ? Pas vraiment car les musiques apportent le liant nécessaire pour fédérer toutes les générations de spectateur. Autre point à saluer : l’interprétation en live de l’intégralité des chansons permettant au spectacle de prendre réellement toute sa dimension originale. C’est la motivation des équipes artistiques de Disneyland Paris depuis plusieurs années de vouloir proposer de la performance live sur toutes ses nouveautés. En ce sens, le recrutement des chanteurs dans les rôles principaux a été, plus que jamais, déterminant, les chansons racontant l’histoire.

La culture africaine sublimée

Le choix de retransposer l’histoire au sein d’une troupe d’humains n’est certes pas quelque-chose de nouveau puisqu’il s’agit du postulat de départ du spectacle de Broadway. On retrouve en effet les codes de certains costumes de Broadway comme les immenses coiffes animalières sur les lions, mais encore une fois redessinés de façon plus abstraite. Les palettes de couleurs sont primordiaux pour identifier les personnages très simplement tout comme le choix de matériaux et tissus. Simba par exemple, est identifiable de loin grâce à sa crinière, réalisée grâce à une « gabrielle ». C’est un élément de costume que l’on place sur les épaules, avec un arceau sur lequel on a accroché des poils colorés dans la teinte d’une crinière de lion. Et pour ce faire, des matières nobles ont été utilisées : cuir, alcantara, etc. C’est à Mirena Rada que l’on doit l’aspect très moderne des personnages par leur costume. Les dispositifs articulés de têtes d’animaux présents à Broadway n’ont pas été repris et c’est tant mieux. On sent davantage l’inspiration des cultures africaines dans les costumes des personnages que dans nulle autre production scénique sur cette histoire. Ce sont en tout 400 costumes qui ont été créés pour habiller les 70 artistes sur scène.

Car le reste de la troupe, il est vrai, fait aussi honneur aux traditions africaines. Les danseurs prennent une part importante dans la savanisation de l’histoire. Tantôt gazelles, tantôt hyènes, tantôt fleurs tropicales… ils reprennent métaphoriquement ce qui symbolise le mieux chaque scène iconique du film du point de vue de la faune ou la flore. Ils permettent aux différentes scènes d’être plus lisibles visuellement, nous permettant de tout de suite comprendre à quel moment de l’histoire nous nous trouvons. L’écriture chorégraphique à la fois subtile et poétique de Cathy Ematchoua participe grandement de cette immersion.

Une histoire recentrée

Mufasa, Simba, Nala, Scar, Rafiki, Timon et Pumbaa se voient ainsi humanisés sur scène. Les lions gardent à peu près la même évolution que dans la comédie musicale originale. Mais certains éléments ont été plus approfondis.

Alors qu’il était traditionnellement incarné par une femme sur scène, le personnage du babouin Rafiki est pour la première fois campé par un homme. Comme à Broadway en revanche, il intervient en tant que narrateur dans l’histoire en interprétant notamment la chanson introductive « Circle of Life ». Si ce dernier morceau a toujours été chanté par une femme (souvenons-nous de la version de Carmen Twillie dans le film d’animation), il a cette fois-ci été retravaillé pour coller à un timbre de voix masculin. Rafiki prend alors une dimension bien plus spirituelle encore, comme un chamane qui guiderait les personnages et les spectateurs dans l’histoire puisqu’il est présent quasiment constamment sur scène. Cet aspect narratif se voit renforcé par la présence d’un magnifique choeur africain qui accompagne et interagit avec les personnages.

Mufasa n’a pas la prestance de son prédécesseur à Broadway et fait plutôt de la figuration dans le spectacle pour permettre au premier acte d’être facilement compréhensible. Il est néanmoins fâcheux que sa mort soit à ce point bâclée dans Le Roi Lion et les Rythmes de la Terre. Le jeu de mouvements des décors sur la musique revisitée de « Terres Interdites » n’est pas nécessairement du plus bon goût et l’aspect tragico-shakespearien de cette séquence se transforme en simple transition scénique sans inspiration. Ni le design des lumières ni les effets spéciaux n’apportent davantage à l’intensité que l’on aurait souhaité y voir. Il y a là plus prétexte pour Disneyland Paris à vouloir impressionner les spectateurs par une combinaison de technologies à la pointe que de réellement rendre hommage à l’histoire. C’est sans doute l’élément le moins abouti du spectacle.

Simba est joué par de talentueux artistes aux timbres de voix tenor. Les interventions du héros sont toutes plus réussies les unes que les autres. On notera l’excellente réadaptation de « I Just Can’t Wait to Be King » plus pop que jamais. Les amateurs du musical de Broadway seront peut-être un poil frustrés de constater que deux chansons centrées sur Simba, certes liées par leur ancrage dans l’histoire, ont été injustement coupées et fusionnées. En effet, « Endless Night » et « He Lives in You (Reprise) » présentes dans le deuxième acte du spectacle new-yorkais ne forment plus qu’une seule séquence beaucoup trop expéditive selon nous.

Comme sur les précédentes versions de l’histoire sur les planches, Nala tient une place de choix. Sa reprise de « Shadowland » fait dresser les poils et peut aisément rivaliser avec les adaptations antérieures à Broadway ! Le personnage intervient à des moments-clefs de l’histoire. Dans « Can You Feel the Love Tonight », elle forme avec Simba un couple attendrissant. L’inventivité autour de cette scène est à l’image de ce que peut réaliser à l’accoutumée le metteur en scène Christophe Leclercq sans user de technologie surabondante. On l’avait déjà vu dans une ancienne création de 2016, également imaginée par ce directeur artistique, La Forêt de l’Enchantement : Une Aventure Musicale Disney.

Timon et Pumbaa sont un duo qui a été repensé à la sauce Laurel & Hardy. Afin de se fondre davantage dans l’aspect musical du spectacle, leurs âneries ont été mis de côté et l’histoire leur permet de toucher l’essence même de leur place dans l’histoire, comme de véritables soutiens et alliés de Simba dans son combat pour reconquérir la Terre des Lions. L’aspect physique décalé du célèbre duo est un atout de taille aussi. La séquence « Hakuna Matata » s’inspire elle aussi directement de celle de Broadway en nous plongeant dans une jungle chatoyante où la philosophie du « sans soucis » est le socle commun de tous ses habitants.

Scar en revanche s’inspire totalement de la version du personnage créée pour Broadway. Plus machiavélique, plus précieux, plus maniéré encore : il offre sur sa chanson « Be Prepared » une prestation aux accents de tango argentin totalement jouissive. Le choix des artistes pour donner vie à l’oncle de Simba fut à n’en point douter un élément crucial dans la réussite de ce personnage complexe. Enfin, ses hyènes sont matérialisées à la fois par des yeux brillants en fond de scène et également quatre danseuses. D’autres personnages comme Sarabi ou Zazu ont été volontairement écartés de cette relecture pour rendre l’ensemble plus limpide.

Technologies et hautes voltiges

La scénographie du (Le) Roi Lion et les Rythmes de la Terre s’appuie donc au sol sur une superposition de djembés géants d’une circonférence allant jusqu’à 2,50 mètres sur une hauteur de 8 mètres, le tout sur une surface totale de 40 mètres de largeur. Ce système créé par Bradley Kaye, un directeur artistique de Disney Parks Live Entertainment qui a travaillé à peu près dans tous les Resorts Disney et même sur la Disney Cruise Line, est un moyen astucieux de proposer différentes échelles dramatiques sur un même tableau et d’apporter une perspective nécessaire pour les performeurs qui occupent tout l’espace. Dans cette même optique, une dimension aérienne a été apportée à l’histoire. Sept machines de vol occupent l’espace autour desquelles évoluent des acrobates. Cette petite touche de « Cirque du Soleil » est un atout supplémentaire à la scénographie vivante et audacieuse du spectacle, les acrobates restant quasiment tout le temps en l’air durant la demi-heure du spectacle.

Pour compléter ces décors, la création des lumières par Pierre Leprou magnifie les numéros musicaux et chorégraphiques, permettant de redessiner les volumes, les surfaces et même les corps.

Un soin a été apporté également à la dimension sonore du spectacle. La salle Frontierland Theater ouvrant avec la création du (Le) Roi Lion et les Rythmes de la Terre, un tout nouveau système de diffusion audio a été conçu, plus performant encore que l’IMAX. Il se complète d’un système de « tracking » des chanteurs : le son qui émane de leur micro ainsi que la lumière qui les suit dépend directement de leur déplacement. L’intérêt pour ce spectacle est d’offrir un maximum d’authenticité et de spontanéité au public. La technologie dépend des artistes et non l’inverse !

Le choix de la langue

Le spectacle Le Roi Lion et les Rythmes de la Terre est intégralement chanté en anglais. Un choix délibéré de la part de Disneyland Paris qui a souhaité aller dénicher des artistes experts en la matière, qui ont déjà travaillé sur Le Roi Lion dans sa version londonienne. Il faut avouer que l’effort du Resort d’avoir proposé les années précédentes des spectacles dans deux langues différentes, le français et l’anglais, n’a pas été toujours du plus bon goût car la majorité des artistes internationaux engagés avaient énormément de difficultés à prononcer correctement les paroles dans la langue de Molière. Les amateurs de la musique francophone du (Le) Roi Lion n’y trouveront donc pas leur compte. Il va donc sans dire que l’exigence artistique a prédominé sur la barrière de la langue. Disneyland Paris sous-entend-il qu’il n’existe pas assez d’artistes français capables de se mesurer à des anglophones pour ce type de spectacle ? Probablement pas car beaucoup d’artistes de la première mouture du spectacle sont français comme Thierry Picaud qui interprète Simba, Mélina Mariale qui joue Nala et Alexandre Faitrouni qui incarne Timon.

La raison à chercher est peut-être plus simple que cela : un budget supplémentaire aurait été forcément alloué à une équipe francophone. Quant à l’alternance des deux langues sur scène (imaginons d’un tableau à l’autre ou d’un personnage donnant la réplique à l’autre comme dans Mickey et le Magicien), compte-tenu de l’objet artistique unique que voulaient créer les équipes du Resort, cela n’avait certainement pas sa place. C’était tout anglais ou tout français et Disneyland Paris souhaitant faire de ce spectacle l’une de ses nouvelles armes principales de rayonnement européen, n’a pas eu d’autre choix que de privilégier une seule langue pour faciliter probablement sa pérennité, notamment au niveau des futures recastings. C’est d’autant plus vrai que le troupe de la première saison regroupe pas moins de neuf nationalités avec qui il fallait travailler dans une langue commune. Quant aux danseurs sélectionnés, certains d’entre eux ont eu la chance de participer à la version parisienne présentée à Mogador de 2007 à 2010.

 

Au final, Le Roi Lion et les Rythmes de la Terre bénéficie de plusieurs atouts qui lui sont propres. Tout d’abord, sa manière de revisiter musicalement les partitions cultissimes du film d’animation et de la comédie musicale est une véritable plus-value. Sa scénographie immersive et d’une modernité inventive se croise avec des performances en live d’une qualité exceptionnelle. Tous ces propositions artistiques prises une à une ne sont certes pas surprenantes : la force de ce spectacle est de savoir les utiliser à bon escient et de les reformater dans une production plus à même de s’adapter à un public de Parc Disney désireux de revivre une expérience émouvante. Efficace, c’est le mot qui convient le mieux au spectacle, présenté comme une attraction à même de s’imposer sur de nombreuses années dans le contenu exclusif de Disneyland Paris. Enfin, sa mise en scène est extrêmement bien menée : le final sur les morceaux « Busa » et « King of Pride Rock » est une démonstration d’excellence qualitative de la destination. Grâce à la spiritualité et la puissance du spectacle, le public ne peut qu’en sortir conquis et ému.

 

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