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Marvel Illustrated : comment Will Sliney dessine Spider-Man et le Spider-Verse

Le 20 août 2026, Marvel Entertainment a mis en ligne, sur sa chaîne YouTube, un nouvel épisode de Marvel Illustrated. Quatorze minutes trente. Titre clair : « How to Draw Spider-Man + Spider-Verse ». Aux crayons, Will Sliney, dessinateur irlandais qui travaille pour Marvel depuis 2012. Le principe n’est pas un tutoriel générique pour enfants. C’est un dessinateur de comics qui montre comment il construit un personnage qu’il a déjà dessiné des centaines de fois, et qui, chemin faisant, rappelle que le costume à toiles n’a jamais été un dessin unique.

Peu de gens entreront jamais chez Marvel comme professionnels. Dessiner comme un artiste Marvel, en revanche, n’est pas réservé à ceux qui ont un contrat. La série tient là-dessus. Elle ne promet pas un métier. Elle ouvre la boîte à outils.




Une série commandée, pas un live improvisé

Marvel Illustrated n’est pas née avec Spider-Man. Elle a été lancée le 25 mars 2026 sur la même chaîne. Premier sujet : Daredevil. Sliney y cherchait notamment une manière de représenter le « radar sense » du justicier aveugle, en passant par l’histoire du personnage et par l’évolution de son dessin. En mai, The Times indiquait qu’un premier épisode avait déjà dépassé les 80 000 vues, que d’autres étaient en préparation, et qu’une série sœur, Star Wars Illustrated, était prévue plus tard dans l’année.

Le format, d’un numéro à l’autre, reste stable : on dessine, on raconte d’où vient le personnage, on montre comment les artistes successifs ont déplacé le trait. Ce n’est ni un making-of de film, ni un cours d’école d’art diplômant. C’est de la pédagogie de plateau, filmée, signée par quelqu’un qui livre encore des planches.

Sliney le dit lui-même en ouverture : depuis une quinzaine d’années, il a dessiné des centaines de comics Marvel. Le registre est large : Spider-Man, Spider-Man 2099, The Spectacular Spider-Men, Daredevil, X-Men, X-Force, Venom War, et une part importante du catalogue Star Wars de l’éditeur. Il est aussi connu comme co-créateur du personnage de Ren dans cet univers. Avant YouTube, il avait déjà enseigné : séquence « We Will Draw » sur le Home School Hub de RTÉ pendant le confinement, puis Draw with Will sur Sky, un livre du même nom chez Simon & Schuster, et Will Sliney’s Storytellers à la télévision irlandaise. Disney, propriétaire de Marvel, lui a confié les clés de la série.

La ligne d’action avant le logo

L’épisode commence par Peter Parker. Sliney insiste sur un point que les manuels de pose connaissent, et que les copies d’écran oublient : Spider-Man est, selon lui, le plus dynamique des super-héros. « Une force de la nature », dit-il, qui doit « sauter hors de la page ». Il tord la silhouette, cherche une ligne d’action nette, du mouvement et de l’élan. Le costume vient après la mécanique du corps.

Vient ensuite ce qu’il appelle le plus grand tour visuel du personnage : la toile imprimée sur le costume. N’importe qui qui a essayé de la recopier sait que ce n’est pas un grillage régulier. Sliney casse le motif. Le centre de la toile, explique-t-il, se place entre les lentilles des yeux. Les lignes rayonnent à partir de là, à commencer par un axe vertical. Ce détai n’est pas un caprice de tutoriel. C’est ce qui empêche le masque de paraître posé comme un sticker.

L’épisode ne s’arrête pas au Parker classique. Les chapitres de la vidéo défilent comme un inventaire de variantes, chacune assez brève pour rester démonstrative :

  • Ben Reilly,
  • Ghost-Spider,
  • Kaine,
  • Miles Morales,
  • Spider-Man 2099,
  • Spider-Punk,
  • Silk,
  • Spider-Woman,
  • Venom.

Puis un « Art Reveal ». La coloriste Rachelle Rosenberg, qui a déjà mis en couleurs plusieurs albums Spider-Man de Sliney, reprend la planche. Le noir et blanc n’est donc pas l’arrivée. C’est l’étape avant l’aplat, le modelé, le rouge et le bleu — ou le noir du symbiote.

Le Spider-Verse, ici, n’est pas seulement le titre des films d’animation Sony. C’est le catalogue Marvel : clones, variantes, homonymes, antihéros. Ben Reilly et Kaine viennent de la lignée clone. Ghost-Spider, c’est Gwen Stacy sous le masque. Miles Morales a son propre New York. Miguel O’Hara porte le 2099. Hobie Brown, Spider-Punk, casse le trait « propre » du super-héros. Cindy Moon (Silk) et Jessica Drew (Spider-Woman, dans l’usage courant du nom) élargissent le dessin hors du seul homme en collants rouges. Venom n’est plus un costume : c’est une masse, une bouche, une autre anatomie.

Dessiner tout cela à la suite a un intérêt pédagogique précis. On ne répète pas dix fois le même Parker. On change les volumes, le rythme du costume, la lecture des yeux, la densité de noir. Le multivers, pour un professeur de dessin, est une excuse à varier les problèmes.

Ce que le dessin raconte de l’histoire

L’histoire du personnage dans les comics, et la manière dont le graphisme a bougé d’une décennie à l’autre sont importantes. Spider-Man n’a pas un « look officiel » figé depuis 1962. Steve Ditko pose l’essentiel : maigreur, lunettes de masque, toile. John Romita Sr. l’humanise, l’élargit, le rend plus lisible en couverture. Plus tard, d’autres mains accentuent la gymnastique, le volume musculaire, le rendu « moderne » des toiles. Chaque redessin déplace le centre de gravité du mythe : ado nerveux, athlète de magazine, icône pop, variant underground.

Sliney ne prétend pas clore ce débat. Il le rend visible. Un spectateur qui n’ouvre jamais un comic book de 1963 peut néanmoins comprendre, en le voyant tracer, pourquoi deux Spider-Man « officiels » ne se ressemblent pas. C’est la différence entre une mascotte et un personnage passé par des dizaines de dessinateurs.

Les films Spider-Verse ont popularisé cette idée auprès d’un public qui ne lit pas les séries mensuelles : chaque univers a sa facture, son grain, sa palette. L’épisode YouTube travaille plutôt du côté planche. Pas de making-of Sony, pas de storyboard d’animation. Des choix de comics : comment un 2099 se lit autrement qu’un Miles, comment Venom cesse d’être une variante de costume pour devenir une autre créature.


Ce que l’épisode n’est pas

Il faut le dire pour ne pas surjouer. Ce n’est pas un livre d’apprentissage paginé, du genre Learn to Draw Marvel Spider-Man (Walter Foster, 2017), avec calque et grille. Ce n’est pas non plus le guide illustré Marvel : Illustrated Guide to the Spider-Verse (Insight Editions), qui profile plus de soixante tisseurs sous la conduite narrative de Gwen. Et ce n’est pas l’ancienne collection Marvel Illustrated de 2007, qui adapttait la littérature classique en comics — même nom, autre objet.

La vidéo ne remplace pas une formation. Quatorze minutes pour neuf variantes, c’est un panorama, pas un atelier de six semaines. Les passages sur Reilly, Kaine ou Silk sont courts. On emporte des principes (ligne d’action, origine de la toile entre les lentilles, nécessité de différencier les silhouettes) plus qu’une méthode complète pour chacun.

Pourquoi Marvel insiste sur le « comment dessiner »

Marvel n’a jamais cessé de publier des lives « How to Draw »Sliney lui-même y est déjà passé, y compris sur Iron Man, Captain America ou le Spider-Man du jeu PS4. Marvel Illustrated resserre le geste : une série titrée, un même présentateur, un récit d’histoire de l’art maison en plus du crayon. Pour l’éditeur, c’est de la fidélisation de catalogue. Pour le public, c’est un accès rare à la cuisine d’un dessinateur encore en activité, pas à une star invitée qui recopie un model sheet.

Spider-Man s’y prête mieux que d’autres. Le personnage est assez célèbre pour que le novice reconnaisse la faute (toile mal centrée, yeux morts, pose figée). Il est assez décliné pour que l’amateur y voie autre chose qu’un logo. Entre les deux, Sliney fait le métier qu’il fait depuis Cork : poser des lignes, puis les faire tenir.

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