Disneyphile
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Courtoisie de Touchston Pictures, 20th Century Studios, Marvel Studios et HBO Max

Suspension de Jimmy Kimmel Live : Hollywood s’indigne face à la décision d’ABC

La décision d’ABC, filiale de Disney, de suspendre indéfiniment l’émission Jimmy Kimmel Live ! a déclenché une tempête de réactions à Hollywood et dans les sphères politiques. Cette mesure, motivée par des commentaires du présentateur sur la mort de l’activiste conservateur Charlie Kirk, s’inscrit dans une série de cas similaires touchant d’autres figures comme Stephen Colbert et Matthew Dowd. Au cœur du débat : la liberté d’expression menacée par des pressions externes, avec des personnalités comme Damon Lindelof prenant position publiquement contre Disney.

Les circonstances d’une suspension choc

Tout a commencé le 10 septembre avec l’assassinat de Charlie Kirk à l’Université Utah Valley. Kirk, figure pro-MAGA (« Make America Great Again », un slogan politique repris par Donald Trump et ses soutiens) connue pour ses débats « Prove Me Wrong », a été abattu par un jeune anti-trumpiste radicalisé, un événement qui a secoué les milieux politiques et médiatiques. Cinq jours plus tard, lors de son monologue du 15 septembre, l’animateur Jimmy Kimmel a réagi avec franchise : « Nous avons atteint de nouveaux bas-fonds ce week-end avec la bande MAGA qui essaie désespérément de présenter ce gamin qui a tué Charlie Kirk comme tout sauf l’un des leurs, et qui fait tout pour marquer des points politiques. » Ces propos ont valu une mise en garde de la FCC, l’autorité de régulation des communications, et ont conduit ABC (et les exécutifs de Disney, Bob Iger et Dana Walden en tête) à annoncer que l’émission serait « préemptée indéfiniment », remplacée par d’autres contenus sans horizon de retour.

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(Disney/Randy Holmes)

La controverse s’est amplifiée lorsque Nexstar, propriétaire de 32 affiliés ABC sur un total de 200 stations nationales, a déclaré qu’il préempterait l’émission sur ses chaînes dès le soir même. « Nexstar objecte fermement aux commentaires récents de M. Kimmel concernant le meurtre de Charlie Kirk et remplacera l’émission par d’autres programmes dans ses marchés affiliés à ABC« , a indiqué la société dans un communiqué. Cette cascade de décisions a laissé le personnel de l’émission dans l’incertitude, avec des rumeurs persistantes d’une annulation définitive liée à une baisse d’audience.

Réactions politiques : triomphe d’un côté, alarme de l’autre

Le président Donald Trump a rapidement célébré la nouvelle sur Truth Social, qualifiant l’émission de « défiée par les audiences » et Kimmel d’animateur « sans talent, avec des audiences pires que celles de Colbert, si c’est possible ». Il a ajouté : « Bonne nouvelle pour l’Amérique : l’émission Jimmy Kimmel est ANNULÉE. Félicitations à ABC pour avoir enfin eu le courage de faire ce qui devait être fait. Ça laisse Jimmy [Fallon] et Seth [Meyers], deux losers totaux, sur la Fake News NBC. Leurs audiences sont aussi horribles. Faites-le, NBC !!! » Trump, qui avait déjà vivement critiqué Kimmel pour ses moqueries sur le NFL et TikTok, a ainsi mis en garde d’autres animateurs de late-night.

À l’inverse, le gouverneur de Californie Gavin Newsom, fervent démocrate, a dénoncé une attaque coordonnée contre la liberté d’expression sur X : « Acheter et contrôler des plateformes médiatiques. Licencier des commentateurs. Annuler des émissions. Ce ne sont pas des coïncidences. C’est coordonné. Et c’est dangereux. Le Grand Old Party [le Parti Républicain] ne croit pas à la liberté d’expression. Ils vous censurent en temps réel. » Chris Hayes, de MSNBC – dont le collègue Matthew Dowd a été licencié pour des commentaires similaires sur Kirk, a qualifié cela d’« attaque la plus directe sur la liberté d’expression par des acteurs étatiques que j’aie vue de ma vie ». Le célèbre journaliste de CNN Don Lemon, dans une vidéo sur Facebook, a pointé l’hypocrisie : « Ils essaient d’annuler Jimmy Kimmel. […] Les gens qui se plaignent que tout est trop woke et que les comédiens ne peuvent plus rien dire sont ceux qui tuent la comédie. Les gens qui se plaignent de la cancel culture sont ceux qui annulent les gens. Ça montre qu’ils n’ont pas de principes, juste une idéologie. »

Hasan Piker, un célèbre streamer turco-américain, YouTubeur et commentateur politique de gauche, a fustigé les corporations sur X : « Chaque corporation plie instantanément face à l’administration même pour une blague inoffensive qu’elle n’aime pas ! Les libéraux doivent se réveiller !!!! Nous devons tous nous battre, ces riches connards ne défendront rien au-delà de leurs profits ! »

Hollywood se mobilise : solidarité et indignation

Les réactions dans le divertissement ont été massives et majoritairement solidaires. Beaucoup d’artistes ayant travaillé ou travaillant toujours avec Disney se mobilisent. Damon Lindelof, scénariste et co-créateur de Lost : Les Disparus et impliqué dans des projets Disney comme À la Poursuite de Demain, a annoncé son boycott : « Je ne peux pas, en toute bonne conscience, collaborer avec Disney tant que Jimmy Kimmel Live ! n’est pas réinstauré. » Ce geste, partagé sur les réseaux sociaux, marque un tournant, Lindelof rejoignant un mouvement naissant contre ce qu’il perçoit comme de la censure.

 

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Wanda Sykes, qui devait apparaître dans l’émission, a partagé une vidéo Instagram en plein maquillage : « Mais comme vous l’avez entendu, le show de Jimmy Kimmel a été retiré indéfiniment à cause de plaintes de l’administration Trump. […] Il n’a pas mis fin à la guerre en Ukraine ou résolu Gaza en une semaine, mais il a mis fin à la liberté d’expression en un an. Pour ceux qui prient, c’est le moment. Je t’aime, Jimmy. »

 

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Jean Smart, apparue avec Kimmel dans la saison 4 de Hacks, a exprimé son horreur sur les réseaux : « Je suis horrifiée par l’annulation de Jimmy Kimmel Live !. Ce que Jimmy a dit était de la liberté d’expression, pas du discours de haine. […] Bien que je n’étais pas du tout d’accord avec Charlie Kirk, sa mort m’a écœurée, et devrait écœurer tout être humain décent. Que se passe-t-il dans notre pays ? »

 

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Octavia Spencer a évoqué un « point de non-retour » : « Nous ne pouvons pas être là, au point où nous ne voyons plus l’humanité de notre voisin. Je ne veux jamais y être ! » Pedro Pascal a publié sur Instagram : « Je suis avec toi @jimmykimmellive. Défends la #LibertéDExpression Défends la #DÉMOCRATIE. »

 

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Kerry Washington a rendu hommage à Kimmel : « Tu m’as soutenue, mon travail et ma voix pendant des années, et je suis infiniment reconnaissante pour ton amitié, ton partenariat, les rires et les encouragements. Maintenant, c’est à mon tour de te soutenir. […] Silencer des voix comme la tienne et celle de @stephenathome va bien au-delà du divertissement ; ça menace la liberté d’expression, une presse indépendante et finalement notre démocratie. Tu n’es pas seul. Je suis avec toi, mon ami. Toujours. »

 

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Michael Keaton a partagé une note manuscrite : « ABC, NBC, CBS, levez-vous !!! Levez-vous bordel !!! » Michael Kosta de The Daily Show a pointé le Premier Amendement sur Instagram : « C’est un moment grave dans l’histoire américaine. Les réseaux TV DOIVENT pousser en arrière. C’est du pur BS. »

Mike Birbiglia a appelé les comédiens à l’action : « J’ai passé beaucoup de temps à défendre publiquement et en privé des comédiens avec qui je ne suis pas d’accord. Si vous êtes un comédien et que vous ne dénoncez pas la folie de retirer Kimmel de l’antenne, ne vous embêtez plus à parler de liberté d’expression. »

 

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Ben Stiller a simplement écrit : « Ce n’est pas juste. » Alex Edelman a dénoncé sur X : « C’est la vraie culture de l’annulation que tout le monde prétend haïr tant. »

James Woods, en minorité, a opté pour la moquerie : « Nous avons tous fait des blagues aux dépens de Jimmy Kimmel. Mais M. Kimmel est un artiste comme les autres, et je suis en fait dévasté de voir comment il a été traité. Je crois qu’au fond de son cœur, c’est un type bien et décent, sans malice ni haine. Juste kidding, Jimbo. Mange de la merde. »

Relativisons tout de même avec toutes ces déclarations sur le coup de l’émotion car la plupart des ces artistes n’ont jamais daigné s’indigner (au moins) de la même façon quand Charlie Kirk, une autre figure médiatique qui faisait vivre la démocratie, quoi que l’on pense de ses idées, a été abattu pour sa liberté de parole. C’est un tout autre niveau de censure et le silence quasi-unanime d’Hollywood a fait froid dans le dos (quand il ne s’agissait pas de personnes qui s’en rejouissaient)…

Soutien syndical et enjeux démocratiques

La Writers Guild of America (WGA), le plus gros syndicat de scénaristes et auteurs de l’audiovisuel aux États-Unis, a publié un communiqué vigoureux : « Le droit de parler librement et de désaccorder – même de déranger – est au cœur de ce que signifie être un peuple libre. Il ne doit pas être nié. Pas par la violence, pas par l’abus de pouvoir gouvernemental, ni par des actes de lâcheté corporative. […] Honte à ceux au gouvernement qui oublient cette vérité fondatrice. Quant à nos employeurs, nos mots vous ont enrichis. Nous taire appauvrit le monde entier. La WGA est avec Jimmy Kimmel et ses scénaristes. »

Cette affaire, survenant dans un climat post-électoral tendu, met en lumière à la fois les fragilités et l’opportunisme des médias et du tout Hollywood face à la politique. Avec des cas cumulés comme ceux de Colbert et Dowd, elle interroge évidemment la résilience de la démocratie américaine, où la comédie et le commentaire deviennent des terrains minés. Dans tous les cas, sur le principe, aucun journaliste, humoriste ou animateur ne devrait être muselé dans une démocratie digne de ce nom. Si les boycotts comme celui de Lindelof s’amplifient, Disney et ABC pourraient affronter des défis majeurs dans leurs relations avec les talents créatifs. Pour l’heure, le débat sur la « vraie cancel culture » fait rage, amplifié par les réseaux sociaux.



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