Lors du Festival international du film d’animation d’Annecy 2023, nous avons eu la chance d’assister le vendredi 16 juin à une table ronde avec Jennifer Lee pour discuter de la sortie en fin d’année de Wish : Asha et la Bonne Étoile. Un moment fort et privilégié durant lequel la directrice créative des Walt Disney Animation Studios a pu revenir plus en détails sur ce projet de long-métrage présenté le matin même au centre culturel de Bonlieu.
L’esthétique de Wish, ses inspirations et ses personnages, décrits par Jennifer Lee
Le premier axe qui a jalonné la discussion fut celui de la genèse du projet, du travail esthétique et des inspirations pour le film. Jennifer Lee nous a expliqué durant ce temps d’échange que pour concevoir ce projet, ses équipes ont d’abord décidé de regarder en arrière, à travers tous les films réalisés par les studios. Un motif s’est alors détaché : celui de « tous ces personnages qui ont fait un vœu en admirant les étoiles et qui ont tout donné pour l’accomplir et construire leur propre destin ». Ce fut le point de départ du projet pour Wish : Asha et la Bonne Étoile. Concernant l’esthétique à proprement parler, l’inspiration est d’abord venue de films comme La Belle au Bois Dormant. L’idée était de réaliser comme pour ce film un format cinémascope avec un véritable style d’effet aquarelle. Les nouvelles technologies sont pour cela d’une grande aide. Jennifer Lee nous détaillait ainsi : « Pour toute l’industrie, c’est un nouveau temps exceptionnel ou on ne ressent plus le fait de devoir faire des compromis par rapport à ce que les artistes veulent le plus réaliser. Et je dis ça comme si c’était facile, mais je salue tous les techniciens parce qu’il y a encore quelques mois de ça nous ne pouvions toujours pas réaliser la scène d’eau dont nous avions besoin. Mais ils ont réussi à régler le problème et à la réaliser pour nous car ils savaient que c’était une scène importante. C’est quelque chose d’incroyable à vivre ».
Du côté des inspirations du film, en plus La Belle au Bois Dormant, la productrice nous a évoqués quelques autres références comme Cendrillon dont le film constitue pour elle son tout premier souvenir Disney. C’est son visionnage lorsqu’elle avait 8, 9 ans qui l’a convaincu de vouloir devenir animatrice et de travailler pour les studios Disney. Ce film, ainsi que Pinocchio, sont des inspirations très fortes pour Wish : Asha et la Bonne Étoile. Jennifer Lee nous explique : « Cendrillon est très importante pour moi ‘Un rêve est un désir que ton cœur fait’ avec le concept de ‘True Wish’ : on est parti de toutes ces petites inspirations, de Pinocchio, le film préféré de Chris Buck ainsi que les films préférés d’autres membres de l’équipe… ». Toutes ces inspirations viennent ainsi nourrir une histoire dont la productrice a à cœur de rappeler qu’elle est originale : « Et bien que nous voulions faire une histoire originale, c’était juste fantastique pour nous de voir tous ces moments où toutes ces parties de notre héritage étaient là pour nous, juste à portée de main ».
Cette histoire originale est justement composée de personnages originaux. En plus des personnages principaux que sont notamment Asha, le Roi et la Reine, présentés plus en détails lors de la projection de quelques images du film le matin même, Jennifer Lee est interrogée durant cette table ronde sur Dahlia, la meilleure amie de Asha, et le groupe d’adolescents inspirés des sept nains. Dahlia tout d’abord, est la première personnage avec un handicap à apparaitre dans un classique d’animation Disney, Jennifer précise : « Dhalia est incroyable, c’est la meilleure amie d’Asha, elles sont très proches. Nous pensons tous que Disney est un endroit où tout le monde a sa place, c’est un endroit d’appartenance. Je pense sincèrement que chaque personne doit avoir la chance de pouvoir se voir sur un écran dans un film Disney ». Quant aux adolescents, la productrice nous explique : « Malgré ces clins d’œil, il a été important pour nous que les adolescents aient tous leur propre personnalité, et ces références sont plus contemporaines dans le sens où on associe Timide à un introverti. Nous avons ces personnages dans lesquels on peut ressentir l’inspiration qu’il y a derrière, mais nous nous éloignons quand même des références, nous avons essayé d’y faire moins appel car nous ne voulions pas que ça sorte le spectateur de l’histoire ». Les références restent ainsi présentes mais toujours adaptées non seulement à l’époque contemporaine, mais également à l’histoire originale dans laquelle elles prennent places.
Le casting et les équipes créatives
Le deuxième axe qui a fait l’objet de plusieurs questions durant cet échange fut celui du casting et des équipes du film. Sur le choix d’Ariana DeBose pour le rôle d’Asha (dans la version originale du film), Jennifer Lee explique avoir remarqué l’actrice et chanteuse dans la comédie musicale Hamilton puis dans le film West Side Story où elle l’a trouvé extraordinaire. Elle nous dit au sujet de l’actrice : « C’est une vraie professionnelle, on dit que c’est une triple menace : elle sait jouer, danser et chanter. Elle chante dans presque toutes les chansons. Elle est très humble et très réelle, authentique. Et elle a apporté tout ça à Asha. Asha n’est pas parfaite, c’est une idéaliste qui, à l’instar du parcours d’Ariana Debose, se retrouve d’un coup dans des circonstances extraordinaires et doit traverser tout ça. C’est pour ça qu’Ariana était la personne parfaite pour nous aider à construire ce personnage ».
Concernant Chris Pine qui interprète le Roi, Jennifer Lee indique qu’il était important pour ce film d’avoir un vrai méchant mais qui soit aussi plus complexe avec une véritable histoire. Pour Jennifer, Chris Pine était incroyable dans ce rôle : « Il n’est jamais venu [aux sessions de doublage] en ne sachant pas quoi faire, il venait et savait. C’était assez fou car tu avais l’impression que Magnifico était vraiment là et conduisait les scènes. Et avec le chant il a complètement adopté le personnage. Il chante dans deux chansons, dont une qui est sa propre chanson. Il est fantastique car il sait très bien jouer et très bien chanter donc quand on combine les deux cela donne quelque chose d’incroyable ».
Enfin, au sujet de Julia Michaels qui écrit les chansons et de David Metzger, orchestreur vétéran des studios, Jennifer Lee explique l’importance pour la nouvelle et ancienne génération de communiquer et travailler ensemble. Pour elle, la nouvelle génération arrive avec de nouvelles idées et des talents incroyables, tandis que l’ancienne génération a l’expérience et l’habitude du travail acharné, des échecs qu’il faut dépasser. Elle précise : « Avec David et Julia, l’idée c’était de se dire que ce qui était important pour elle, comme elle adore Disney, c’est une sensation et un rapport classique à la composition. Et ce qui était important pour David c’était de pousser vers un son assez contemporain. Quand ils travaillent ensemble c’est surprenant mais pas dans un sens déstabilisant détonnant, au contraire. C’était très beau de les voir travailler ensemble ».
Une nouvelle ère pour Disney
En conclusion, la question que l’on peut se poser, et que Disneyphile a évidemment posé à Jennifer Lee est : « Est-ce que Wish : Asha et la Bonne Étoile marque le début d’une nouvelle ère créative aux studios d’animation Walt Disney qui mixerait 2D, 3D et projets hybrides ? » À cette question, nous ne pouvons que rapporter la réponse faite par Jennifer Lee :
« Ce que j’aime le plus c’est que nous arrivons dans une ère ou ce que nous voulons créer, nous pouvons le faire et quand le sens artistique et la technologie se rencontrent comme ça c’est très excitant et prometteur. C’est aussi un studio ou nous avons le plus de diversité au travers de nos réalisateurs, plus de femmes et de personnes de couleurs qui apportent de nouveaux types d’histoires, des histoires fraiches et bien que nous aimons nos suites et même si elles font partie de nous, nous avons de nouvelles histoires dynamiques qui arrivent avec ces nouvelles voix. Et pour moi, c’est là que je me concentre, c’est ce qui est important pour moi. Je me concentre sur la nouvelle génération, pour les aider, pour être sûre qu’ils ont ce dont ils ont besoin ».
Il semble ainsi qu’au-delà des techniques, ce soit les artistes, les nouvelles générations des studios, qui attirent toute l’attention de la grande manitou des studios. De jeunes générations qui semblent bénéficier de toutes les nouvelles technologies, tous les nouveaux outils en main pour créer des histoires nouvelles, originales, fortes et techniquement toujours plus poussées et singulières. Une belle promesse pour l’avenir créatif des studios !
Un grand merci à Pierre Boureau et Olivier Margerie de The Walt Disney Company France pour l’organisation et l’invitation à ce temps d’échange.

