Cela n’a duré qu’une seule petite semaine. Pourtant, le feuilleton autour de la suspension de Jimmy Kimmel a fait la une partout dans le monde entier. Une affaire politico-médiatique comme l’Amérique en raffole pour de bonnes et mauvaises raisons. Tout le monde, de ses soutiens à ses détracteurs, s’est exprimé sur cette affaire sauf le principal intéressé. Depuis l’annonce de sa suspension, Jimmy Kimmel n’a jamais pris la parole que ce soit à travers un communiqué ou ses réseaux sociaux. Aucun mot direct ou indirect (il a seulement été vu en déplacement vers un cabinet d’avocat) jusqu’à ce mardi 21 septembre.
Retour attendue du Jimmy Kimmel Live !
Après une semaine attendue, le Jimmy Kimmel Live ! a fait son retour sur l’antenne d’ABC. Jimmy Kimmel a retrouvé son studio près du The El Capitan Theatre, son équipe et son public qui lui a réservé une standing-ovation au point qu’il a eu du mal à s’exprimer. Pour son retour à l’antenne, l’émission a été tournée en direct (elle est habituellement enregistrée en fin d’après-midi).
Drôle, émouvant et sincère, Jimmy Kimmel dit tout
Pendant près de 30 minutes, Jimmy Kimmel s’est confié sur cette semaine mouvementée. Il a failli fondre en larmes en affirmant n’avoir jamais eu l’intention de plaisanter sur l’assassinat de Charlie Kirk, un influenceur conservateur tué par un jeune de 22 ans aux opinions de gauche, selon ses parents républicains. Il a d’abord remercié son public fidèle, ses amis animateurs qui l’ont soutenu (Stephen Colbert, Jimmy Fallon, Seth Meyers, John Oliver, Jon Stewart, Chelsea Handler, David Letterman, Jay Leno, etc.), ainsi que ses détracteurs dont le sénateur républicain Ted Cruz qui avait déclaré qu’il ne fallait pas que la télévision soit un média d’état.
Il a également salué le courage de ceux qui s’opposent à l’administration Trump, y compris certains républicains qui ont exprimé des réserves sur la suspension, défendant la liberté d’expression
L’animateur est ensuite revenu sur la polémique. Oui, ce qu’il a dit était inacceptable et ses propos ont été perçus comme douteux et malvenus mais il a affirmé qu’il n’a pas voulu minimiser les circonstances de la mort de Charlie Kirk. Il a reconnu d’ailleurs, à juste titre, que ses mots pouvaient sembler « mal choisis ou ambigus » et qu’ils visaient en réalité à dénoncer l’exploitation politique du meurtre par la droite américaine. De ce fait, il a présenté ses excuses à ceux qu’il a pu choquer. Ému, il a mentionné la veuve de Charlie Kirk, qui a publiquement pardonné au meurtrier, espérant que ce geste reste un enseignement des événements récents.
L’animateur a rappelé qu’il était chanceux de pouvoir de présenter une émission où il peut tout dire tout en mettant un taquet (un de plus) au président Donald Trump et au commissaire de la FFC Brendan Carr qui avaient remis en cause ce droit à la liberté d’expression. Avant l’émission, Trump avait attaqué ABC sur Truth Social, accusant la chaîne de favoriser les démocrates et menaçant de « mettre à l’épreuve » ABC, rappelant une précédente action judiciaire qui lui avait valu 15 millions de dollars. Kimmel a ironisé sur ces critiques, notant que Trump avait involontairement poussé des millions de personnes à regarder son émission. La polémique a impliqué Brendan Carr qui a sous-entendu une possible révocation des licences des chaînes diffusant l’émission.
La veille, une source chez Disney a indiqué à Deadline que Jimmy Kimmel dirait ce qu’il voulait durant son monologue d’ouverture. Disney, propriétaire d’ABC, avait suspendu l’émission temporairement pour éviter d’exacerber une situation tendue, tout en jugeant les commentaires de Kimmel « malvenus » et « indélicats ».
En revanche, les réseaux Nexstar et Sinclair ont annoncé qu’ils ne diffuseraient pas le Jimmy Kimmel Live ! pour le moment dans leurs stations locales. Rappelons que Nexstar avait choisi de ne plus diffuser l’émission vingt-quatre heures avant la suspension de l’animateur.
Après son monologue, Jimmy Kimmel a reçu ses deux invités du soir, le comédien Glen Powell pour la promotion de la série Chad Powers (disponible mercredi prochain sur HULU et Disney+) et la musicienne Sarah McLachlan pour le documentaire Lilith Fair Festival (disponible sur Disney+ et dont l’avant-première a été perturbée).
Jimmy Kimmel est à présent réintégré. Reste à savoir comment la tension va retomber et si l’animateur va pouvoir garder sa liberté de ton sans choquer une partie de son public. De l’autre côté, il va falloir du temps pour que Disney et Bob Iger redorent leur blason après la gestion hasardeuse de cette affaire qui aura laissé des traces. La suspension a provoqué des réactions contrastées : la gauche y a vu une tentative de museler un critique notoire de Trump, tandis que la droite a célébré la décision, bien que certains républicains aient défendu la liberté d’expression.
On notera également à quel point le tout Hollywood s’est passionné pour cette histoire en si peu de temps, au point d’en venir à des protestations dans les rues, des pétitions, des pertubations d’événements et des appels au boycott de l’entreprise enchantée. Ce même tout Hollywood sera-t-il sensible à la noble cause des infirmières de Disney menacées de licenciement ? Moins sûr…
