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L’Appel de la Forêt – Critique du Film 20th Century

La paisible vie domestique de Buck, un chien au grand cœur, bascule lorsqu’il est brusquement arraché à sa maison en Californie et se retrouve enrôlé comme chien de traîneau dans les étendues sauvages du Yukon en Alaska, pendant la ruée vers l’or, dans les années 1890. Buck va devoir s’adapter et lutter pour survivre, jusqu’à finalement vivre l’aventure de sa vie, à l’appel de la forêt, et trouver sa véritable place dans le monde en devenant son propre maître…

Buck à l’Appel de la Forêt

L’Appel de la Forêt est le film d’aventure de l’année 2020 des studios 20th Century. Epopée haletante et émouvante, elle n’en reste pas moins une adaptation d’envergure, fidèle au célèbre roman classique du début du XXème siècle. Contrairement au plan marketing du film somme tout bien ficelé, Harrison Ford n’est pas la véritable tête d’affiche de cette production ambitieuse, qui touchera avant tout un public familial. La vraie star du film est en effet Buck, un chien croisé Saint-Bernard / Scotch Collie représenté en images de synthèses générées par ordinateur tout comme ses congénères, de quoi d’ores et déjà différencier le film esthétiquement des précédentes adaptations du livre culte de Jack London, dont la plus notable reste encore à ce jour celle mettant en scène Charlton Heston et Michèle Mercier.

l'appel de la forêt

Cette nouvelle itération n’est pas à proprement parler un pur film réalisé en prises de vue réelles, puisqu’une grande partie de ses décors sont conçus quasi-totalement en CGI. La comparaison avec un (Le) Livre de la Jungle de Jon Favreau est toute trouvée, appuyée par ce souci du détail photoréaliste etcette impressionnante évasion qui nous est offerte durant deux heures. Une fois ce cadre posé, le public adulte mieux averti sera peut-être plus à même d’apprécier le travail présenté dans ce film, probablement déroutant à l’oeil au départ, mais finalement très harmonieux esthétiquement, un sentiment encore plus renforcé par le calibrage photographique particulièrement léché.

Un parti pris en CGI

Conçu avec une sensibilité technique et artistique d’un film d’animation à n’en point douter, L’Appel de la Forêt constitue le tout premier long-métrage “live-action” du cinéaste Chris Sanders, le papa du film d’animation Lilo et Stitch, où il assure d’ailleurs lui-même la voix de l’Expérience 626. L’un des thèmes forts de la marque Sanders demeure le parcours d’outsider, souvent semé d’embûches. En cela, l’histoire de Buck n’est pas si différente et illustre le parcours initiatique d’un animal de condition domestique initiale mais indiscipliné qui trouve une certaine forme d’aboutissement existentielle en se reconnectant à Mère Nature, en prenant en main sa vie et en retrouvant à travers une sorte de rite initiatique, l’essence même de son authenticité au milieu de ses ancrêtres. La faune présente dans le film ne parle pas, mais certains de ses personnages, en particulier, les chiens et les loups, proposent une palette expressive bien plus riche qu’un animal réel. Ce parti pris pourra dérouter dans certaines scènes compte-tenu de certaines actions anthropomorphes qu’autres choses, entreprises par les animaux, sans pour jurer.

critique appel de la forêt

Buck connaît au départ une existence insouciante dans sa maison victorienne en Californie du Sud. Le jour où il est enlevé et transféré dans des contrées reculées d’Alaska, où d’autres chiens de sa corpulence font souvent l’objet de rapts pour servir aux besoins de la folle ruée vers l’or, sa vie bascule. Le spectateur vit les événements à travers le prisme de ce personnage. L’Homme y est ainsi décrit de la pire des façons mais aussi de la meilleure. Montrer la sensibilité, les failles, les excès, les accès de colère ou les preuves d’amour de l’Homme à travers un personnage canin n’est en soi pas une révolution au cinéma. Mais cette approche se cristallise de la façon la plus honnête dans cette adaptation de ce chef-d’œuvre littéraire. Buck apprend à ses dépends que la cruauté de l’Homme est une fléau qu’il se doit d’éviter voire même combattre, juste avant de devenir un chien livreur de courrier et de comprendre le concept de meute, tout en s’y intégrant. C’est à ce moment là qu’il commence être guidé par une entité spirituelle extérieure, un esprit loup qui lui permet de trouver le chemin le plus adéquat dans les défis qu’il rencontre… Au point même de choisir entre deux vies, celle de rester meilleur ami de l’Homme ou de se laisser emporter par son destin.

Un destin hors-normes

Buck et tous les chiens sont entièrement animés par ordinateur, un point assez marquant visuellement et qui montre à quel point l’envie de représenter la nature de la manière la plus fidèle à l’écran est un point d’honneur fixé par Hollywood aujourd’hui, en espérant au passage réaliser des économies conséquentes de budget de production, tout en préservant les milieux sauvages du passage de l’homme. Les scènes où Buck interagit avec les humains sont disparates dans leur qualité et n’offrent pas toutes le même degré d’émotion. On pourrait très bien mettre ça sur le dos de contraintes éventuelles de délais de production ou d’un budget limité aux effets visuels, mais il semble assez évident parfois que certaines séquences auraient mérité davantage de peaufinage. La lumière est également un point qui peut déranger, certaines fois disproportionnée par rapport à la proposition dramatique. Passé ces quelques défauts d’interaction entre homme et animaux voire de manque de finesse sur les animaux (Buck mouillé manque clairement de subtilité), l’ensemble est plutôt de bonne facture.

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L’Appel de la Forêt est servi par une distribution d’acteurs et actrices de qualité, offrant toute l’étendue de leur talent au service d’un récit prenant. Harrison Ford incarne John Thornton, un personnage au cœur brisé qui s’est aventuré dans les eaux du Klondike pour vivre les rêves inachevés son fils qui l’a quitté il y a peu. Si l’arc émotionnel du scénario repose avant tout sur Buck, le personnage incarné par l’acteur de 77 ans, propose une prestation finale dans le film à la hauteur de son immense talent. C’est d’ailleurs dans cet exercice que Harrison Ford excelle au cinéma et le prouve encore ici, nous proposant une performance pleine de nuances et de profondeur. La communication autour du film aura sans doute mis tous les moyens en son pouvoir pour mettre en avant Harrison Ford, mais finalement, au bout du compte, les scènes les plus marquantes du film restent sans nul doute celles de John Thornton et Buck.

Buck et les humains dans L’Appel de la Forêt

Omar Sy et Cara Gee occupent à eux deux une grande partie du récit de L’Appel de la Forêt également et incarnent avec brio des mushers d’un groupe de chiens de traîneau du Klondike. Ce duo convaincant aide Buck dans son voyage et et lui permettent d’assurer une certaine forme de transition pour lui passant de la condition purement domestique à la vie sauvage. Dan Stevens (La Belle et la Bête) incarne le vice à l’état pur dans le film, bien que son personnage prétexte soit inédit, un rôle dépourvu de toute qualité rédemptrice, un grand écart par rapport à sa précédente collaboration avec les Walt Disney Studios, mais elle aussi réussie. Bradley Whitford (Dans l’Ombre de Mary : La Promesse de Walt Disney) et Karen Gillan (Nebula dans le Marvel Cinematic Universe) s’offrent des rôles mineurs dans le film.

appel de la forêt

En mettant de côté les quelques impairs au niveau du rendu visuel, il sera évidemment bien plus aisé de se plonger corps et âme dans cette histoire passionnante et pleine de sens. Emmenée par une composition musicale épique de John Powell (SOLO : A Star Wars Story, Shrek, Dragons), cette aventure promet également une belle déclaration d’amour à la Nature et incite, de par son évasion permanente, à s’y reconnecter de la façon la plus simple qui soit. L’histoire vibrante d’un chien extraordinaire saura probabement résonner dans le cœur du public. Merveilleux conte iniatique, transposé à l’écran avec une patte qui détonne, L’Appel de la Forêt tient aussi sa réussite des performances inspirées proposées par ses acteurs humains et animateurs. Seul le mariage parfois incongru de l’homme en chair et en os et de l’animal en images de synthèses pourra parfois vous sortir du film.

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